Les coulisses de l’exploit

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Retour sur les avant-matches des exploits de 1986, 1999 et 2007 contre les All Blacks. Trois moments finalement assez différents.

Tout le monde le sait, l’équipe de France a déjà réussi des exploits contre la Nouvelle-Zélande. Deux en coupes du monde 1 999 (43-31) et 2 007 (20-18) plus celui de 1986, à Nantes (19-3), qui avait été vécu comme un authentique exploit à l’époque car le Mondial n’existait pas encore et les All Blacks nous avaient battus sèchement lors du premier test-match à Toulouse.

Nantes 1 986 L’hypermotivation de Fouroux

Jamais Jacques Fouroux n’avait été aussi tendu. Et encore, tendu le mot est faible. Engueulades à tout va, privation de téléphone, de dessert. La préparation avait été totalement hors norme jusqu’aux dernières minutes, jusqu’à braquer les joueurs contre lui : « Vous me demandez si on lui en voulait avant le match ? C’était plus que ça. Au début, ça nous a fait rire, mais ensuite ça nous a mis en rogne. Personne n’aime se faire bouger comme ça devant les autres, presque insultés même. Je ne sais pas d’ailleurs si les joueurs d’aujourd’hui accepteraient ce genre de méthodes. Moi j’étais un jeune international et ça m’avait d’autant plus impressionné que je venais d’un club, le Stade Toulousain où l’on pratiquait des méthodes opposées avec Pierre Villepreux et jean-Claude Skréla » explique Eric Bonneval. Pascal Ondarts n’est pas près d’’oublier sa première cape : « Fouroux c’était un sacré meneur d’hommes et nous n’avions pas besoin de drogues comme ça a été écrit dernièrement. Et nous, nous étions une vraie équipe où tout le monde touchait le même salaire, c’est-à-dire rien. Oui, Fouroux nous avait motivés en nous énervant contre lui. On avait peur de lui, on n’osait pas aller de chambre en chambre le soir pour pas qu’il nous surprenne. À moi, il m’avait lu un télégramme envoyé par mon ami Alain Lansaman d’Hagetmau, un joueur d’exception qui n’avait jamais été international. Dans les vestiaires, juste avant la rencontre, il m’avait demandé de lire les quelques lignes de ce télégramme en me disant : « Oui, il aurait dû être là. Je suis un enfoiré, je ne l’ai pas sélectionné… ;. Dans les vestiaires, on avait fait des mêlées, il s’était mis avec nous, on l’avait cabossé, il avait saigné. C’était terrible. Le footballeur José Touré qui avait suivi notre préparation avait été tellement impressionné qu’il s’était réfugié dans les toilettes. Fouroux voulait qu’on soit tellement énervés qu’on entre sur le terrain avec l’envie de se venger de tout ce qu’il nous avait fait endurer. »

Twickenham 1999 : la stratégie avant tout

Olivier Magne a vécu de l’intérieur la fameuse victoire des Bleus contre les All Blacks. Il en garde un souvenir extraordinaire évidemment, mais dans son souvenir, la préparation n’avait pas été chaude-bouillante : « Nous sortions d’un match très accompli contre les Pumas, nous n’étions pas sur la revanche. En fait, nous avions surtout parlé de stratégie. Pierre Villepreux avait bien préparé l’affaire : il nous avait bien expliqué les quelques failles du jeu des All Blacks, leur défense sur un seul rideau par exemple. Il avait aussi sur la nécessité de mettre la main sur le ballon pour les déstabiliser en jouant les premières pénalités à la main par exemple. En fait, Villepreux et Skréla ont amené les joueurs à prendre les décisions eux-mêmes et à s’approprier le jeu, c’était leur force. Raphaël Ibanez n’était pas un capitaine énormément porté sur le jeu, il était plus sur le relationnel et sur l’affect. Sur l’aspect stratégique, Émile Ntamack, Christophe Juillet apportaient leur réflexion, j’essayais d’ajouter la mienne. Et nous avions peu parlé du phénomène Lomu. »

Cardiff 2007 La colère de Bonnaire

Julien Bonnaire était le troisième ligne aile de cette équipe assommée d’entrée de jeu par les Pumas. Il a vécu de l’intérieur le désir de rachat des Français obligés de s’exiler à Cardiff pour affronter les All Blacks en quart de finale, une humiliation supplémentaire pour une équipe censée jouer à domicile. « Pendant la semaine, nous nous sommes beaucoup servi de la défiance à notre égard. À part nous-mêmes, personne ne croyait en nous. Les médias nous voyaient perdants, beaucoup de supporters également. Nous nous sommes servis de cela, nous en avons beaucoup discuté entre nous pendant la semaine pour nourrir notre colère. C’est un paramètre essentiel face aux All Blacks. Pour espérer les battre il faut être à la limite dans beaucoup de domaines, y compris dans l’agressivité. C’est ce que nous avons réussi à faire. Mais pour y parvenir, il faut de la colère. » Jérôme PREVOT avec Léo FAURE

Jérôme Prévot
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