Palisson : «Encore l’impression qu’on s’est fait voler...»

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    Palisson : «Encore l’impression qu’on s’est fait voler...»
Publié le , mis à jour

Il était titulaire à l’aile du XV de France battu de justesse par la Nouvelle-Zélande en finale du Mondial 2011. Depuis, Alexis Palisson a poursuivi sa carrière, de Toulon à Toulouse, sans revoir la vie en bleu. Pour lui, la plaie ne s’est pas encore refermée et l’ailier bondissant conserve un goût amer, avec le sentiment d’avoir été privé d’un sacre inespéré. L’ancien briviste porte un regard lucide sur les retrouvailles entre l’équipe de France et les All Blacks. Il livre aussi sa motivation à l’aube de retrouver le Top 14 après de longs mois passés à l’infirmerie. La passion selon Palisson.

Il y a quatre ans à la même époque, vous vous apprêtiez à disputer une finale de Coupe du monde. Comment vivez-vous celle-là ?

Je suis le premier supporter des Bleus évidemment, je suis à fond derrière eux. Ils sont beaucoup critiqués, comme nous l’avions été il y a quatre ans. Je suppose que c’est un mal français... Mais il faut qu’ils continuent et qu’ils croient en eux. Ils ont un super quart de finale à jouer contre la Nouvelle-Zélande et c’est une équipe qui nous réussit plutôt en Coupe du monde. Certes, ils sortent d’une défaite contre l’Irlande mais quand on est Français, tout est possible.

Le parcours de l’équipe de France en ce moment vous fait-il penser au vôtre en 2011 ?

Non, ce n’est pas pareil car quand on était en Nouvelle-Zélande, il y avait vraiment un décalage. D’horaire d’abord... Mais on était tellement loin que les critiques ne nous atteignaient quasiment pas. On s’en est juste servi à la fin pour se resserrer.

L’équipe de France avait pris ses responsabilités en s’éloignant du staff il y a quatre ans. Pensez-vous qu’elle devrait le faire aussi avant ces phases finales ?

Je ne sais pas si c’est ce qui nous avait sauvé. J’avais vécu ça dans la peau d’un spectateur, ou presque, et laissé faire les anciens. J’étais jeune et je jouais à un poste où on n’a pas forcément autant de responsabilités qu’un 9, qu’un 10 ou qu’un capitaine. Donc tu suis le mouvement et tu fais ce qu’on te dit dans ces cas-là. Après, j’ai eu Sébastien Tillous-Borde au téléphone ces derniers jours, qui m’a dit que malgré tout l’ambiance est bonne et qu’il se régalait (...) On prend les All Blacks en quart, il n’y a pas de raison qu’on ne puisse pas passer. On a des arguments quand même. Je préfère y croire...

Vous n’entriez pas dans les plans de Philippe Saint-André ces dernières années et comptez seulement une sélection depuis cette finale de Coupe du monde 2011. L’équipe de France est-elle loin pour vous aujourd’hui ?

Je suis conscient d’avoir eu beaucoup de chance de jouer avec Marc Lièvremont. J’entrais dans le système qu’il voulait mettre en place. Avec le changement de staff, les cartes ont été redistribuées, il y a beaucoup de très bons joueurs à l’aile et à l’arrière. Disons que c’est une remise en question perpétuelle.

Marc Lièvremont, au contraire, vous accordait beaucoup de crédit. Vous étiez notamment resté avec le groupe malgré une blessure à votre arrivée en Nouvelle-Zélande et une indisponibilité d’un mois. Quels souvenirs en gardez-vous ?

Je me rappelle que je m’étais blessé à la descente de l’avion : je m’étais claqué au psoas lors du premier entraînement. Une blessure complètement improbable ! Je m’étais alors dit que c’était fini pour moi et, immédiatement, le staff m’avait assuré qu’il allait me conserver et que je devais simplement me soigner. Juste après, David Skrela était parti sur blessure et j’avais réalisé la chance qui était la mienne. Et puis, j’avais repris pour la défaite contre les Tonga. Un super retour ! (rires)

Vous n’avez jamais été un titulaire indiscutable en équipe de France, mais vous n’êtes pour autant jamais passé à côté d’un match. Un peu paradoxal, non ?

Ugo (Mola, N.D.L.R.) a tendance à dire que j’ai un instinct de survie (sourire) Plus la barre est haute, plus je me transcende. C’est une force. Je ne pense pas avoir besoin de prouver quoi que ce soit à qui que ce soit. Avant d’être un métier, le rugby est une pour moi, et je ne dois rien à personne. Si je fais un mauvais match, je ne m’en prends qu’à moi-même. Je n’en dors pas de la nuit mais je me fiche de ce qu’en pensent les autres.

Vous êtes un stressé ?

Je suis un angoissé. Pas avant les matchs mais après. Je rejoue cent fois dans ma tête chaque action que je considère négative. Ce n’est pas bien mais c’est dur de faire abstraction.

Quel regard portez-vous sur votre parcours depuis quatre ans ?

J’ai eu du mal à me remettre de la finale face aux All Blacks. Je n’ai toujours pas visionné le match d’ailleurs. Même quand je revois des images à la télé, ça me fait un truc. C’est une grosse blessure parce que j’ai encore l’impression qu’on s’est fait voler. Nous avions le sentiment d’avoir pris le dessus sur cette équipe et attendions une pénalité qui n’est jamais venue. C’est ce que j’en garde aujourd’hui. Peut-être que je penserais autre chose si je revoyais le match mais ça reste douloureux. Pour le reste, j’ai vécu de belles années à Toulon même si j’ai senti à un moment que le vent avait tourné et que de gros joueurs arrivaient à mon poste.

Ne pas être utilisé en club après avoir été international ne doit pas être simple à vivre ?

Ça a été dur, je ne m’en cache pas. Mais nous étions beaucoup pour peu de temps de jeu. Face à ce constat, j’ai préféré partir tout en me rapprochant de ma famille et en restant dans un club qui nourrit de grandes ambitions.

Gardez-vous des regrets de ce passage au RCT ?

Pas du tout. Je n’ai véritablement perdu qu’une saison, la dernière, durant laquelle je n’ai pas eu beaucoup de temps de jeu. Et puis je dis « perdu », mais ce n’était pas complètement le cas non plus, car je me régalais à l’entraînement et qu’il y avait un réel engouement autour de l’équipe et du club. C’était extraordinaire. Cette équipe n’était faite que de stars mais je peux vous dire que les fameuses valeurs, on les avait. Même si je ne jouais pas, je me sentais bien dans l’équipe. Personne ne jugeait personne. Certains mecs avaient eu des problèmes en sortie de boîte par exemple, mais quand ils arrivaient à l’entraînement le lundi matin, on venait juste les voir en leur demandant si ça allait et en disant simplement qu’on espérait que ça allait s’arranger. Pas plus, pas de jugement. Ce genre de choses est inhérent au rugby et j’espère pour notre sport que ça va durer... Ensuite, je n’ai pas eu de chance en arrivant à Toulouse, parce que je me suis blessé au moment où j’ai acquis la confiance des entraîneurs. Mais ça va mieux maintenant et j’espère que c’est le début d’une belle histoire. Je ne vais pas me morfondre et me replier sur moi-même. Ce n’est pas dans mon caractère.

Vous avez repris la compétition avec les Espoirs ces dernières semaines. Quelles ont été vos sensations ?

J’ai complètement récupéré de ma blessure et je suis à 100 % physiquement. Il me manque simplement un peu de temps de jeu et de repères sur le terrain. J’ai disputé deux matchs avec les Espoirs, contre Clermont où j’ai joué 50 minutes à l’aile avant de passer à l’arrière, puis à Albi le week-end dernier, j’ai alterné à l’aile et à l’arrière durant une heure. Je me suis rassuré physiquement parce que j’avais été un peu fatigué face à Clermont. Là, j’ai pu enchaîner et je me sentais vraiment bien. Maintenant je n’ai qu’une envie : jouer. Avant d’être mon métier, le rugby est resté une passion. Etre sur un terrain, c’est ce qui me fait avancer dans la vie, ce qui me fait me sentir bien.

Sentez-vous une pression particulière ici à Toulouse qui, habitué à gagner des titres, traverse une période de disette ?

Les gens appécient le beau jeu ici et ils n’aiment pas voir gagner petit bras. Ce n’est pas une pression, ça a plutôt tendance à me motiver, parce que mon papa a joué ici. C’est lui qui m’a appris les bases du rugby alors le Stade est un club particulier pour moi. J’ai grandi avec les valeurs des rouge et noir, la vitrine de mon père, les trophées... Cela veut dire quelque chose pour moi.

Ugo Mola, qui est arrivé à Toulouse cette année, est quelqu’un que vous connaissez bien...

C’est quelqu’un que j’ai rencontré à Brive, et qui m’a beaucoup fait confiance. C’est grâce à lui que j’ai obtenu des sélections en équipe de France. Il m’a offert du temps de jeu même et m’a conservé cette confiance même quand je ne faisais pas des bons matchs. J’étais resté en relation avec lui après notre passage à Brive, je lui demandais des conseils et on s’écrivait souvent des messages. Son arrivée à Toulouse a été une grosse surprise. Une bonne surprise parce que c’est quelqu’un que j’apprécie. Dans la vie mais aussi sur le terrain. Il a beaucoup de choses à nous apporter à Toulouse.

Qu’a changé sa venue pour vous ?

Il y a beaucoup de joueurs talentueux au Stade toulousain et il va falloir batailler pour avoir du temps de jeu. Il fera jouer les meilleurs. En fait, cela change surtout dans le mode de fonctionnement par rapport à Guy (Novès, N.D.L.R.), concernant l’organisation de la semaine, le jeu, les entraînements. Guy était un peu plus loin du terrain alors qu’Ugo est très impliqué. Ce sont vraiment deux types de management très différents.

Personnellement, que vous a-t-il apporté ?

Il m’a permis d’évoluer, de progresser. Il m’a mis en confiance en appuyant sur mes qualités mais en sachant aussi pointer mes défauts. Je me rappelle d’une saison durant laquelle j’avais passé les quatre ou cinq premiers matchs à faire uniquement de la musculation et à travailler mon jeu au pied. Il m’a refait jouer par la suite et cela m’avait fait progresser. Je continue à bosser mon jeu au pied aujourd’hui, évidemment, mais je l’ai acquis grâce à lui et à ses conseils. Ce sont des petites choses dans une carrière qui ne s’oublient pas.

Emilie Dudon
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