Didier Bes : « La Géorgie n’a pas le réservoir »

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    Didier Bes : « La Géorgie n’a pas le réservoir »
Publié le , mis à jour

De retour de la Coupe du monde, Didier Bes se confie. Sur les performances et les perspectives géorgiennes, mais aussi son nouvel environnement de travail. Sans oublier son départ douloureux du MHR.

La Géorgie a terminé troisième de sa poule à la Coupe du monde. Pouvait-elle espérer mieux ?

Non, je ne crois pas. Nous avons les résultats que nous méritions. Sincèrement, il était difficile d’espérer plus. Nos objectifs étaient fixés, à commencer par ce match contre les Tonga. C’était le premier mais aussi notre match charnière et nous en sortons bien. Après, je crois que nous sommes à notre place. En toute objectivité. Cette Coupe du monde est même une réussite.

À l’horizon 2019, que doit entreprendre la Géorgie pour se transformer en candidat à une qualification en phases finales ?

Il faut plus d’homogénéité et d’équilibre dans cette équipe. Il y a encore une grosse différence entre les avants et les trois-quarts. Une différence de potentiel, une différence technique. Aujourd’hui, le fait d’être déjà qualifié pour la prochaine édition de la Coupe du monde doit nous aider. Parce qu’il y aura quatre années de développement et de recherche, pour trouver le potentiel humain qui comblera ce déficit d’équilibre.

Ce potentiel existe-t-il en Géorgie ?

Oui, je le crois. L’équipe à VII permet à de nouveaux joueurs d’émerger, avec des gabarits et des profils intéressants. Il y a aussi quelques jeunes qui se débrouillent bien. On l’a vu avec notre jeune numéro neuf, que nous avons lancé à même pas 19 ans. Donc oui, ce potentiel existe. Mais il faut un travail de recherche pour le dénicher et, ensuite, le développer.

Le VII est-il un tremplin ?

Oui, sur certains postes. Notamment les ailiers où ils développent de la vitesse. Mais pas sur tous les postes. Si je récapitule, nous avons déjà trouvé ce demi de mêlée. Il faut désormais trouver un dix, un arrière… Presque une ligne de trois-quarts complète ! Il faut que les dirigeants géorgiens se mettent au travail.

Le font-ils déjà ?

Il faudra qu’ils le fassent (il sourit). Ce qu’ils font ou pas, on s’en fout. C’est ce qu’ils doivent faire dans les quatre prochaines années qui m’intéresse. Ils ont quatre années devant eux pour développer leur rugby. Il ne faut pas les gâcher.

Il a beaucoup été évoqué l’idée que la Géorgie puisse intégrer le Tournoi des VI nations…

Nous sommes à la charnière. Je nous pense au-dessus du Tournoi B, mais inférieurs au VI nations. Il faut être objectif : pendant cette Coupe du monde, nous avons existé parce que, comme toutes les autres équipes, nous avons bénéficié d’une préparation de 3 mois et demi. Le Tournoi, c’est différent. Il arrive en plein milieu d’une saison où les meilleurs géorgiens sont très sollicités. Ça complique la chose. En intégrant le Tournoi, on pourrait faire un coup de temps en temps. Mais derrière il reste des matchs. Objectivement, ce serait compliqué pour nous d’exister.

L’Italie a globalement élevé son niveau depuis son intégration…

Oui mais les Italiens ont un plus grand réservoir que nous. Aujourd’hui, il faut au minimum 30 joueurs de haut niveau pour faire le Tournoi. Nous n’avons pas ce réservoir. Si c’est pour intégrer le Tournoi et ne pas y exister, cela n’a aucun intérêt.

À court terme, quelles solutions s’offrent à cette sélection géorgienne pour qu’elle élève son niveau ?

On s’aperçoit que les tests de novembre sont pour nous très riches en apprentissage. C’est le temps le plus fort dans notre calendrier. En juin, il y a la Tbilissi Cup face à l’Italie B, l’Irlande B… Mais nous aussi, nos meilleurs joueurs sont en vacances et nous alignons une Géorgie B. C’est très bien pour le développement. Mais pour aller plus haut, il ne faut pas être trop pressé.

Ce Mondial, au milieu des réjouissances, a aussi été marqué par des polémiques sur le traitement des petites nations. L’avez-vous aussi ressenti ?

Sur l’accueil et les conditions d’hébergement, franchement, non. L’arbitrage ? Il est difficile, quand on est coach, d’être objectif. Mais regardez : face aux Blacks et aux Argentins, nous avons tout de même été très souvent sous pression. Il est normal de se retrouver pénalisé. Il y en a quelques unes un peu litigieuses, sur lesquelles je me dis qu’on ne prête qu’aux riches. Mais ce n’est jamais cela qui nous a fait perdre. La différence ne s’est jamais faite là-dessus. Il n’y a pas eu de scandale.

Pour en venir à Clermont : pourquoi avoir choisi de rejoindre l’Auvergne cet été ?

Quand un club comme Clermont vous contacte, il est difficile d’être insensible. À Montpellier, j’avais fait le tour. Humainement, ce n’était plus l’état d’esprit que je recherchais. Je n’étais plus en phase avec ce club et cet état d’esprit nouveau.

Suite à l’arrivée de Jake White ?

Pas du tout. J’ai travaillé six moi avec lui et je n’ai jamais eu de soucis. Le problème, ce n’était pas lui. C’était un tout. Ce n’était plus l’image que je me fais des rapports humains dans le travail. Cela ne me plaisait plus.

Avez-vous retrouvé ces relations en arrivant à Clermont ?

Oui, vraiment. Ici on me parle d’humilité, de respect, de relations humaines. Clermont est une énorme machine mais qui a su préserver ses valeurs. Ici, on n’efface pas le passé. À l’inverse, on rend hommage à ceux qui ont construit ce club. À Montpellier, j’ai trop entendu ces discours : « le passé n’existe pas ». À une époque, des gens voulaient tuer le rugby à Montpellier et d’autres se sont battu pour qu’il existe. Il ne faut surtout pas les oublier. Ceux qui paradent aujourd’hui devant les caméras avec le blazer du MHR, ils le doivent à ceux qui se sont battus il y a vingt ans pour ce club. Qu’ils ne l’oublient pas. Mais malheureusement, il y a des profiteurs.

Comment se sont faits les premiers contacts avec Clermont ?

Par Franck (Azéma, N.D.L.R.) puis Jean-Marc (Lhermet, N.D.L.R.). En fait, les premiers contacts remontent à la saison dernière. J’étais même de ceux qui avaient rencontré Jonno Gibbes en Irlande, avant son recrutement. J’avais déjà eu des rencontres. Finalement, ça ne s’est pas fait en 2014-2015. C’est venu cet été.

Quel est votre rôle exact ?

J’interviens les lundis et mardis, sur les grosses séquences d’entraînement. J’ai aussi pu venir à quelques matchs. Je prends mes marques et tout se passe bien.

Intervenez-vous seul sur le secteur de la mêlée ou en collaboration avec Jonno Gibbes ?

Je suis seul sur la mêlée. C’est un aspect qui me plaît parce que nous évoluons en toute confiance. Quand j’avais rencontré Jonno il y a un an, en Irlande, nous avions eu un bon feeling. Je suis aujourd’hui le responsable de la mêlée et les choses sont logiques.

Comment avez-vous fonctionné pendant la période de la Coupe du monde ?

Par vidéo. Je préparais tous les montages, toute la préparation et toutes les séances d’entraînement. Je les envoyais à Jonno qui les faisaient passer mots pour mots aux joueurs. Ils faisaient les séances qui étaient filmées. Les analystes vidéos me transféraient toutes les images pendant la journée, je faisais les montages et je renvoyais tous les commentaires.

Léo Faure
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