Gleyze : « Ce n’est que bénéfique à notre progression ! »

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    Gleyze : « Ce n’est que bénéfique à notre progression ! »
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L’entraîneur des filles du Stade toulousain, Philippe Gleyze, nous parle du recrutement des joueuses étrangères dans le Top 8.

Le Stade toulousain féminin vient tout juste d’accéder au Top 8, pourtant vous avez déjà reçu de nombreux CV, notamment de joueuses étrangères. Qu’en est-il exactement ?

Nous avons reçu quelques CV c’est vrai. Une pilier des Saracens est venue s’essayer cet été mais a finalement été en Espagne pour des raisons personnelles. Il y a eu aussi quelques Néo-Zélandaises mais qui n’ont pas donné suite : ce n’est jamais facile de traverser le monde, de changer de culture, de quitter sa famille, ses amis. Finalement, nous avons gardé au sein de notre effectif deux Irlandaises, Paula Fitzpatrick et Heather O’Brien, une Suédoise, Rebecca Kearney qui était déjà à l’Usap l’an dernier, et Latoya Blackwood arrivé tout droit du Canada.

Comment expliquez-vous cet engouement. Est-ce le fait que désormais vous portiez la marque du Stade toulousain ?

Je pense que c’est une conjonction de plusieurs éléments. Il faut préciser que les deux Irlandaises avaient dans un premier temps postulé à l’Usap mais ont finalement eu le nez creux et se sont tournées vers nous plutôt que des clubs comme Lille, Caen ou encore Bobigny. La marque du club a donc dû jouer en notre faveur, c’est sûr ! Mais il ne faut pas oublier que le Stade toulousain a toujours prôner cette notion d’ouverture : déjà, en 1991, Rob Andrew avait été un des premiers a traversé la Manche pour venir s’essayer au rugby du Sud-Ouest. D’autre part, les villes comme Montpellier ou Toulouse restent très attirantes sur le plan universitaire. Je crois que ce critère est également à prendre en considération.

Actuellement vous disposez de quatre joueuses étrangères, deux Irlandaises, une Suédoise et une Canadienne. Quelles ont été les critères pour les recruter ?

Je tiens à préciser que ces quatre joueuses se sont proposées d’elles-mêmes. Rebecca (Kearney) venait de l’Usap et tenait à rester en France. Il faut pourtant avouer que recruter des joueuses étrangères était un gros avantage pour nous au vu de la moyenne d’âge de notre effectif : actuellement, nous sommes tenus d’aligner au minimum quatre joueuses issues du club contre 7 licences jaunes équivalentes aux joueuses ayant muté dans le club depuis moins de quatre ans. L’avantage des joueuses étrangères et que nous avons le droit à 8 licences oranges (licence étrangère) sur la feuille de match. Ce qui nous laisse le champ large ! Outre cela, pouvoir simplement compter dans notre effectif des joueuses capables de nous apporter sur le plan culturel et rugbystique nous tenait à cœur. Le choix n’a donc pas été difficile à faire !

Accèdent-elles à des contrats particuliers où sont-elles considérées comme toutes les autres joueuses, sous le statut amateur ?

Dans le rugby féminin je crois que le terme « contrat » n’existe même pas tellement ce monde est amateur (rires). Elles n’ont donc bénéficié de rien de particulier à part d’un peu d’aide en favorisant notamment les démarches administratives pour qu’elles puissent bénéficier facilement d’un toit et de quoi se nourrir. Pour ce qui est du reste, elles ont toutes été logées à la même enseigne que les Françaises déjà sur place. Seules Paula (Fitzpatrick) et Heather (O’Brien) ont une situation professionnelle déjà établie puisqu’ayant bénéficié des avantages irlandais elles ont pu prendre une année sabbatique sur leurs carrières professionnelles pour pouvoir s’ouvrir au monde et préparer au mieux la Coupe du monde 2017.

Finalement, quel est l’intérêt pour elles de quitter leur pays pour venir jouer en Top 8 ?

Leur objectif à toutes a été bien clair dès le départ : elles sont venues en France pour préparer la Coupe du monde. C’est d’ailleurs ce qui est ressorti en premier sur le CV. Latoya Blackwood avait noté en haut de page « pour être la meilleure joueuse possible au Mondial 2017 », avant de nous joindre une vidéo de ses performances sur le terrain et en musculation. Leur objectif est clair, elles sont là en vue du mondial. Pour vous donnez un exemple clair, nous sommes chaque semaine en contact avec le sélectionneur canadien François Ratier, à qui Latoya doit envoyer chaque semaine un rapport complet de sa progression. Elle a d’ailleurs de nouveaux objectifs à remplir chaque semaine. Elles sont donc clairement venues au Stade dans une dynamique de préparation et d’optimisation.

A contrario, quels sont les principaux inconvénients ?

Il y a des cas différents en fonction de chacune. Pour Latoya par exemple, le problème principal qui se pose est celui du Visa puisque pour le moment elle ne dispose que du Visa touristique. Nous sommes donc en train de lui rechercher un travail pour qu’elle puisse obtenir le Visa correspondant. Mais dans son cas la barrière de la langue n’a en aucuns cas été un problème majeur, au contraire, elle n’a eu besoin que de six jours pour s’adapter à sa nouvelle équipe ! Pour ce qui est de Rebecca, elle parle quatre langues et était déjà en France dernière. Désormais elle est presque française ! (rires) Paula et Heather, elles sont plus gênées par le Français même elles sont dans une démarche d’apprentissage de la langue donc ce ne sera bientôt qu’une simple formalité. Dans l’ensemble, elles s’adaptent très facilement.

Comment évoluent-elles au sein du groupe, s’intègrent-elles facilement ?

La particularité de ce groupe est qu’il est composé de filles très jeunes qui manquent encore de maturité à 20 ou 21 ans. Rebecca, Heather et Paula approchent la trentaine et ont déjà un certain recul surtout ça. Elles sont donc vite devenues les grandes sœurs, les exemples à suivre. Elles apportent le calme nécessaire à ce groupe un peu affolé par rapport à certaines situations de jeu, elles ont l’expérience que les plus jeunes n’ont pas. Je pense que les valeurs du Stade toulousain sont toujours celles que j’ai connues quand je suis arrivée de mon Gers natal à 21 ans : ici tu t’intègres de par ta compétence. Elles se sont donc imposées de fait.

Quel compte y trouvez-vous en recrutant des joueuses étrangères ?

Elles nous apportent tout naturellement de par leur niveau de jeu : elles ont déjà connu des Coupes du monde, sont prêtes à s’ouvrir au monde, ont soif d’apprendre, même à leur âge. C’est un fait, elles apportent la maturité nécessaire à ce groupe et ce n’est que bénéfique à notre progression ! Une seule chose me fait peur : que l’on devienne dépendant de ces joueuses étrangères. Pour être plus précis, tout le monde attend le fameux derby face à Blagnac-Saint-Orens. Ce jour-là, Heather et Paula seront en préparation avec l’équipe d’Irlande. J’espère que nous réussirons à nous passer d’elles. J’ai bien peur que non. Propos recueillis par R. P.

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