C’est son heure !

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En quelques semaines, Matt Giteau a révolutionné le jeu des Wallabies. Portrait.

Samedi soir, à Twickenham, le trois-quarts centre du Rct Matt Giteau disputera la deuxième finale de Coupe du monde de sa carrière. La deuxième ? Oui, puisqu’il était déjà de celle de 2003, en tant que remplaçant cette fois-là. À ce sujet, son entraîneur de l’époque Eddie Jones raconte : « J’avais un gros dilemme, en ce temps-là. Le rugby international exigeait un buteur de précision optimale et nous ne disposions que d’Elton Flatley dans ce rôle-là. Il a donc fallu lui trouver une place dans le XV de départ. Je l’ai mis aux côtés de Stirling Mortlock au centre du terrain. J’aurais pu placer Matt en numéro 10. Mais nous avions déjà Stephen Larkhamp à ce poste… » Douze ans plus tard, Matt Giteau est indiscutable au sein de la ligne de trois-quarts des Wallabies. Juan Hernandez, qui l’a affronté le week-end dernier, analyse : « Matt, c’est une menace permanente : par son jeu au pied, sa longue passe, ses appuis… Balle en mains, il fixe toujours au moins deux défenseurs. C’est une plus-value exceptionnelle pour eux. » Lorsqu’il est question de la vedette du RCT, les éloges pleuvent. L’an passé, Jonny Wilkinson expliquait au sujet du premier centre des Wallabies : « C’est grâce à des mecs comme Matt que j’ai survécu à Toulon. Il m’a enlevé une telle pression des épaules… Il est le cinq huitième par excellence. » Giteau prend la balle au rebond, fidèle à l’insolence qui le caractérise volontiers : « En théorie, je devrais détester Jonny. Je vous rappelle qu’il a sorti l’Australien du Mondial à deux reprises (2003 et 2007). Mais je n’y arrive pas. Wilko est quelqu’un de si pur… Dans un jeu d’échecs comme le rugby a toujours eu besoin de stratèges tels que lui. » À l’automne 2015, Matt Giteau est probablement plus fort qu’il ne l’a jamais été. Et il assure ne pas le devoir seulement à la préparation physique intense à laquelle les Wallabies ont été soumis avant le Mondial. « Pour réussir en Top 14, expliquait-il récemment, ou tu nages, ou tu coules. Physiquement, je suis plus frais que jamais. Le championnat français n’y est probablement pas étranger. »

XIII, XV, son dilemme

Sans prévenir, Matt Giteau bascule à présent vers une tout autre thématique. Du haut de ses 178 centimètres, il a donc découvert l’ovale par le biais du jeu à XIII, considéré à bien des égards comme le plus violent des deux. « Je n’étais pas un criminel, s’amuse-t-il. Mais j’étais un peu hyperactif. À 11 ans, mes parents ont eu peur que je tourne mal. Mes fréquentations n’étaient pas les meilleures, à l’époque. » Alors, monsieur et madame Giteau ont décidé de soutirer leur môme à l’école publique de Canberra où il était scolarisé jusque-là (en Australie comme en Angleterre, le XIII est le sport des classes populaires) pour placer leur fils dans un institut privé, où le rugby à XV, celui des collèges anglais et du sud-ouest de la France, était obligatoire. « Mon père (Ron) était un célèbre joueur de XIII, au pays. Au départ, j’ai donc détesté le rugby à XV. Je l’ai même haï. Le samedi, je faisais donc mon match de XV pour faire plaisir à mes professeurs. Et le lendemain, je prenais mon pied avec la rencontre de XIII. Pour tout vous dire, c’est à cette époque que j’ai vraiment appris à plaquer. » Car c’est ce qui interpelle le plus, chez Giteau. Cette capacité à rivaliser physiquement avec les trois-quarts centre les plus épais de la planète, qu’ils se nomment Rémi Lamerat, Jean de Villiers ou Ma’a Nonu. Peu avant la finale de H Cup, l’ancien entraîneur du XV de France Emile Ntamack nous confiait à ce sujet : « Dès qu’il y a un déséquilibre au milieu de terrain ou s’il arrive que Mathieu (Bastareaud) soit pris de vitesse, Giteau place une accélération pour combler les manques. Malgré son gabarit modeste, il n’est pas considéré comme une zone faible. » Pourquoi, au juste ? « Parce que j’ai toujours voulu prouver qu’une morphologie comme la mienne pouvait jouer ailleurs qu’à l’ouverture ou à la mêlée ! », glissait-il dimanche, avant de surenchérir sur la dualité qui le poursuivit si longtemps, cette schizophrénie largement entretenue par le pater familias : « Je soupçonne mon père de regarder le rugby à XV en cachette et de zapper sur les émissions de XIII dès que j’entre dans le salon. Quand on regarde ensemble un match de coupe d’Europe ou de Super Rugby, il en fait des tonnes : « ces mecs du XV ne savent pas plaquer, c’est nul ». Et quand on tombe sur la NRL, je me venge : « Ces treizistes ne savent ni faire une passe, ni attraper un ballon, c’est ridicule » On se taquine, vous comprenez… »

Marc Duzan
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