Tutorat : dans l’intérêt supérieur du jeune joueur

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    Tutorat : dans l’intérêt supérieur du jeune joueur
Publié le , mis à jour

FORMATION Y a-t-il en France deux rugbys aux desseins opposés, où le quotidien de l’un contrarierait l’avenir de l’autre ? Non, pas si l’on en croit les passerelles aujourd’hui institutionnalisées entre les clubs professionnels et leurs satellites amateurs.

Il y a quelque temps encore, le long des mains courantes des terrains amateurs de la banlieue toulousaine ou d’ailleurs, on pouvait croiser, au gré de leurs besoins immédiats, ces sergents recruteurs des clubs professionnels, venus chaparder sans autre forme de négociation, les meilleurs éléments du cru. Aujourd’hui, ces pratiques, même si elles n’ont pas complètement disparu, ont laissé place à un système institutionnalisé, où l’on partage le savoir-faire de chacun en matière de formation.

Club amateur ou, plus vrai encore, club formateur et structure professionnelle collaborent désormais à l’épanouissement des jeunes joueurs les plus prometteurs.

« Notre club a pour ambition de faire grandir les jeunes - au moins - autant en tant qu’homme qu’en tant que joueur », explique Michel Tortelli, ancien responsable technique en charge du sportif au Grenade Sports. Le club évolue en Fédérale 3, compte 230 jeunes à l’école de rugby, un titre de champion des Pyrénées juniors l’an passé, un titre de champion de France Bélascain et une équipe seniors qui a joué la montée en Fédérale 2. Le club a mis en place voilà quatre saisons un système de tutorat avec le Stade toulousain, Colomiers ou encore Montauban.

L’état d’esprit doit servir la cause

Mais, « faire grandir », ça sert à quoi pour un club professionnel ? Michel Tortelli explique : « La dimension sociale et humaine au sein du club et dans notre investissement en tant qu’éducateur ou entraîneur a une importance première. Ainsi, parler de formation chez nous, revient à parler de l’aspect technique, physique de notre jeu, mais aussi de l’état d’esprit dans lequel il est pratiqué. » Car c’est aussi cela que recherche une structure professionnelle comme celle du Stade toulousain, l’évolution et la progression du jeune dans un cadre qui permette son épanouissement personnel de joueur vers le haut niveau. « Notre partenariat avec le Stade toulousain a permis l’éclosion de joueurs, aujourd’hui, aux portes du monde professionnel (La catégorie Espoirs) dans le respect du travail de nos éducateurs. La base a été d’assurer en accord tripartite entre la famille, le centre de formation du Stade toulousain (Dirigé par Michel Marfaing) et notre club, les étapes incontournables à la construction du gamin. »

Des étapes consenties et respectées, par exemple, par le jeune pilier espoir toulousain Kevin Tougne. « Première étape, repéré en U15, le jeune joueur a intégré le pôle espoirs de Jolimont à Toulouse, est resté dans son club de formation (il a effectué la saison à Grenade et disputé trois matchs avec le Stade toulousain) en tenant compte des exigences de tous : aptitudes au poste, attitudes de leader, comportement irréprochable hors et sur le terrain, tout en poursuivant un très bon niveau d’études. Deuxième étape, en U16 2e année il a intégré le Stade toulousain et a évolué toute la saison avec lui (titre de champion Alamercery à la clé). Et d’ajouter : « Ce cheminement a permis au joueur d’avancer, avec une progression dans sa construction, psychologiquement et physiquement : il a pris une autre dimension dans son club avant de s’affirmer au Stade toulousain, le tout en jouant beaucoup (ce qui n’aurait pas été le cas en partant trop tôt). Cette nouvelle dimension est le fruit d’une réflexion et de volontés de trois entités différentes, quatre avec la famille et dans l’intérêt premier du jeune joueur. »

Un niveau de compétition à relever

Un intérêt pas forcément mis en avant lorsque l’on regarde de plus près les compétitions dans lesquelles ces jeunes évoluent, Michel Tortelli : « En prenant un exemple précis, la catégorie Bélascain (catégorie non obligatoire), l’an passé 152 clubs étaient engagés pour 115 à peine cette saison. Cette compétition est tronquée et sert trois objectifs différents, parfois apposés, souvent opposés voire antinomiques. Premièrement, avoir un réservoir de joueurs suffisant au cas où les effectifs seniors (il faut deux équipes obligatoirement en Fédérale) auraient besoin d’y piocher quelques joueurs. Le forfait en Bélascain étant moins pénalisant que le forfait d’une équipe B de seniors en Fédérale… Deuxièmement : amener les joueurs à maturité pour qu’ils intègrent les effectifs seniors à terme. Et, troisièmement, jouer la compétition à fond. »

« À la lumière de ce constat, il paraît évident que deux niveaux sont nécessaires pour éviter les déséquilibres entre les équipes. Mais le coût, pour créer deux niveaux, refroidit la FFR. Ainsi, les forfaits généraux augmentent et un désintérêt pour la compétition apparaît. Cet exemple met en exergue les manques en termes de formation à plusieurs niveaux : les meilleurs joueurs de ces catégories vont rencontrer des difficultés à alimenter les clubs de haut niveau car ils « matchent » moins et donc ne progressent pas autant que souhaité.

Allons plus loin avec le haut de la pyramide qui accroît cette déperdition de potentiels : les joueurs formés dans les centres de formation des 30 clubs pros ne jouent pas ou trop peu. Donc ils jouent avec les Espoirs. Mais les effectifs des catégories Espoirs oscillent entre 30 et 35 jeunes qui s’ajoutent donc aux 35 contrats pros de moyenne. Ceci laisse chaque dimanche beaucoup de monde au « repos »… Les tutorats, institutionnalisés à la catégorie, devraient donc permettre aux jeunes de jouer et donc d’augmenter les compétences et les niveaux des clubs de fédérales in fine. Et donc du rugby français en général.»

La vitrine qu’est le XV de France, a volé en éclats ces dernières semaines et le rugby français ne peut pas s’offrir le luxe d’une guerre de religion entre pros et amateurs, Ligue et fédération, physique et technique, intelligence situationnelle et temps de jeu programmés. On laissera à notre technicien le mot de la fin, Michel Tortelli : « Formation ne s’écrit-il pas à la FFR, à la Ligue ou dans les clubs amateurs, à peu près de la même façon ? »

Kevin Tougne, jeune Espoir du Stade toulousain, formé au Grenade Sports.
Cédric Cathala
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