Passions ovales

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Publié le , mis à jour

Le réalisateur agenais Christophe Vindis dresse un état des lieux exhaustif sur l’évolution de notre sport depuis son passage au professionnalisme en 1995. Entre ce rugby pro et le rugby amateur que tout semble opposer, un vecteur commun : la passion dévorante de ses acteurs.

Quel est le point commun entre un berger menant ses moutons aux pâturages et Matthieu Bastareaud ? Un ballon ovale ! D’un terrain aux allures champêtre des Hautes-Pyrénées au mythique stade Mayol à Toulon, qu’est-ce qui relie encore aujourd’hui ces deux visages du rugby, l’amateur et le professionnel ? C’est la question que se posent Christophe Vindis (Fono et ses frères) et Gilles Rof (Les rebelles du foot) dans ce documentaire de 50 minutes diffusé hier soir sur France 3.

Depuis son passage dans l’ère professionnelle en 1995, le rugby a évolué et se trouve désormais à des années-lumière de ce qu’il était au début des années 1990. Aucun sport n’a tant changé en un laps de temps aussi court. Que reste-t-il aujourd’hui du « rugby à papa » ? Vindis et Rof convoquent des « vieux de la vieille » tels Pierre Albaladejo, Henri Broncan ou encore Pierre Villepreux, mais aussi le président du RCT Mourad Boudjellal, Matthieu Bastareaud, Laurent Quagla, agent de joueurs, et Michel Marfaing en charge de la formation au Stade Toulousain. Côté amateur, le capitaine de l’ES Baronnies Guillaume Pambrun ou de jeunes espoirs de Tarbes et du Stade Toulousain.

Une ferveur partagée

Chacun apporte sa vision du rugby. Et le constat du changement est sans équivoque. Le jeu, le corps des joueurs, la structure des clubs. Tout a changé. D’équipes gérées par un entraîneur éventuellement secondé par un préparateur physique il y a 30 ans, le rugby est passé à un environnement aux multiples spécialistes et analystes. Le rugby professionnel est dur sur l’homme comme le souligne Matthieu Bastareaud, d’une grande lucidité. « Je ferai un mauvais vieux » confie-t-il à la caméra de Vindis. Machine à rêves, machine à fric, un club de rugby professionnel répond à des impératifs économiques immédiats qui laissent finalement peu de place à l’humain. Joueurs et entraîneurs sont soumis à une pression de tous les instants, à rebours de ce que vivent les rugbymen amateurs.

Le rugby des potes est-il mort pour autant ? Non. Derrière ce constat de la professionnalisation, tous insistent : il y a cette passion, cette ferveur partagée. Une passion qu’a retrouvée Carl Hayman en entraînant le RC Vallée du Gapeau à Solliès-Pont dans le Var. La ferveur de joueurs de division honneur ou celle des « Fadas » un jour de match à Mayol autour de ce ballon ovale.

Du rugby à tout prix dresse un portrait contrasté du jeu et de ceux qui le pratiquent. L’intelligence du documentaire de Vindis et Rof est de ne pas opposer de manière artificielle ces deux mondes, même si l’on comprend à demi-mot avec M. Boudjellal que rugby pro et rugby plaisir, ce n’est pas le même sport.

Jérôme Fredon
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