La parole aux centres de formation

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Publié le , mis à jour

Deuxième volet de notre saga consacrée à la formation du rugby français, forcément remise en cause par le cuisant échec des Bleus au Mondial anglais. Cette fois, le problème est présenté depuis le point de vue des clubs et des centres de formation, avec le témoignage de Christophe Mombet, directeur de la formation du Racing 92.

Moins de deux semaines après la claque, le rugby français est encore sous le choc. La véritable leçon de rugby reçue en quart par les tout-puissants All Blacks a déclenché un véritable tremblement de terre qui, espérons-le, permettra au rugby français d’assainir ses bases pour reconstruire un édifice qui atteindra à nouveau les sommets du rugby mondial. Si, comme l’indique Christophe Mombet, les facteurs expliquant ce Mondial catastrophique pour les Bleus sont « multiples », il permet tout de même de mettre en lumière les problèmes de la formation française. Et pour le technicien, ses carences sont au nombre de trois : le déclin du sport scolaire, la vision de l’apprentissage, et les modèles de compétitions.

Le sport à l’école : on s’y remet quand ?

À l’évocation du sujet, le technicien s’emporte : « Les Anglo-saxons font de la pratique sportive une priorité de l’école, alors que nous, de notre côté, avons de moins en moins de sport à l’école ! Résultat, en termes de formation physique, motrice et sportive, les Anglo-saxons sont dix fois plus avancés que nous. Chez nous, le club remplace le club. Mais le club ne peut pas tout assumer. La formation motrice, la coordination, doivent être assumées par l’école. Résultat, nous sommes en retard sur le plan de l’éducation physique de nos enfants ». Quiconque s’est rendu en Angleterre et en Nouvelle-Zélande pourrait en témoigner : l’on ne peut s’approcher d’une école sans y voir des colonies d’enfants s’adonnant à des activités physiques en pleine journée. En France ? La multiplication des enseignements facultatifs et la phobie des rythmes scolaires font qu’aujourd’hui, on pratique beaucoup moins de sport à l’école que par le passé.

La vision de l’apprentissage

Les Anglo-saxons ne conçoivent pas l’apprentissage du rugby de la même façon que nous : « Eux, ils entrent dans l’activité par la technique avant d’arriver au jeu. En clair, ils travaillent les « core skills », c’est-à-dire les aptitudes de bases, comme la passe, attraper le ballon, plaquer, etc... et ensuite les appliquent au jeu. En fait, ils constituent une panoplie d’outils avant de les mettre totalement en pratique dans le jeu. En France, le jeu vient en premier, et ce n’est que plusieurs années après que l’on travaille la technique. À mon sens, nous devrions garder notre culture, qui est celle de l’intelligence situationnelle, mais nous ne devrions pas craindre de travailler la technique dès l’âge de 12 ou 13 ans, et non 16 ou 17. » La différence de niveau technique séparant nos Bleus avec les autres nations majeures (qui sont, comme par hasard, anglo-saxonnes) ne peut donner que raison au technicien.

Réformer les compétitions jeunes

L’expression serait même presque réductrice tant le problème est profond : la France du rugby est rongée par un mal qui s’appelle la championite. Dans tous les niveaux jeunes, même dans les plus bas, l’obsession de victoire nuit à la qualité du jeu. Là encore, Christophe Mombet est intarissable : « En France, on ne joue pas pour prendre du plaisir ou pour mettre de l’intensité, on joue pour ne pas perdre. Même chez nous, au Racing, après deux défaites chez les moins de 18 ans j’entends des voix qui disent : « Oh les mecs, ce week-end il ne faut absolument pas perdre ! » Où est le plaisir là-dedans ? La compétition doit être un support de la formation, et non sa finalité. »

Autre problème, le rythme des compétitions, souvent jugé trop faible pour stimuler les jeunes : « Si un jeune n’est pas convoqué par sa sélection régionale, il ne joue pas assez. À l’heure ou je vous parle, mes cadets n’ont joué que quatre matchs depuis le début de la saison. Les juniors, les Crabos en ont disputé cinq ou six, tout au plus… C’est trop peu. »

Simon Valzer
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