Castaignède, le braconnier des Bleus

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    Castaignède, le braconnier des Bleus
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La carrière de Stéphane Castaignède, l’ancien demi de mêlée du XV de France, se confond avec le Mondial 1999. Retour sur le destin insolite d’un joueur qui découvrit les Bleus à trente ans pour deux mois inoubliables.

Il y a finalement bien des façons de vivre une carrière internationale, celle de Stéphane Castaignède fut un modèle de brièveté et d’intensité. Ce demi de mêlée landais n’a connu que sept sélections, dont deux seulement comme titulaire, toutes en 1999 entre août et novembre : une trajectoire assez extraordinaire qui épouse totalement la Coupe du monde. Aujourd’hui, même en Corse où il a élu domicile après avoir entraîné Ajaccio, on lui reparle de cette tranche de vie magnifique. Inconnu du grand public un an auparavant, il se retrouva en train de plaquer Jonah Lomu durant la demi-finale mythique : « Je me suis même permis, avec mon gabarit de lui dire : good game. À l’époque, il n’y avait pas beaucoup de colosses., il nous impressionnait vraiment. » Si l’on ajoute qu’il était l’homonyme de la star de l’époque, Thomas Castaignède, on se dit que son parcours chez les Bleus ressemble à celui d’un braconnier du rugby international. « C’est sûr que je ne m’attendais pas à tout ça. Jamais je n’avais eu l’ambition de me retrouver en Coupe du Monde. Mais voilà, dans la deuxième partie de la saison 1998-1999, je réussissais tout ce que j’entreprenais. »

Une année magique

Depuis trois ans, Stéphane Castaignède jouait à Clermont dans une équipe menée par Jean-Marc Lhermet qui vivait sa dernière année de joueur, aux côtés des Azam, Merceron, Ribeyrolles, Costes, Marlu et Azéma. L’ASM s’était hissée en finale du championnat contre Toulouse et elle avait conquis le challenge européen aux dépens de Bourgoin, 35-16 en finale à Lyon devant 31 000 spectateurs. Sa performance personnelle fut étincelante. Tous les supporteurs auvergnats sont formels, ce jour-là même Gareth Edwards n’aurait pas fait mieux. « Mais je ne pensais toujours pas à l’équipe de France. Je n’étais même pas de la tournée estivale en Nouvelle- Zélande mais je suis quand même parti avec les Barbarians en Argentine, un autre super-souvenir, tout s’est super-bien passé pour moi avec Christophe Deylaud à l’ouverture. J’ai débuté les deux matches. » Pour lui, cette escapade en Amérique du Sud était déjà un bâton de maréchal car il avait déjà trente ans. En plus, il avait déjà choisi de quitter Clermont pour revenir dans les Landes, à Mont-de-Marsan, sa ville natale, un cadre moins propice à une consécration internationale. « J’avais décidé depuis longtemps que je rentrerais au pays dans le premier club landais qui m’appellerait. Ce fut Mont-de-Marsan et nous avions débuté par un derby contre Dax à Dax dans un stade plein. On prend un carton rouge d’entrée, on est menés 9 à 3 d’entrée et pourtant, on gagne et là, sans me vanter, je sors LE match et on gagne. Dans les tribunes, il y avait Blanco et plusieurs gars des Barbarians. Philippe Carbonneau se blesse gravement à un genou durant la préparation des Bleus. Pierre Villepreux et Jean-Claude Skrela se refusent à appeler Fabien Galthié avec qui ils sont en froid. « C’est là que Blanco a déclaré : ne cherchez pas de 9 ! Il y a Castaignède, je l‘ai vu avec les Barbarians, je l’ai vu à Dax. Je me suis ainsi retrouvé pistonné. »

Première cape à trente ans

Il rejoint donc les Bleus aux côtés des Ibanez, Pelous, Dourthe, Dominici comme second de Pierre Mignoni, 22 ans : « Je n’avais aucune pression, j’y allais pour prendre du plaisir, pour donner le meilleur de moi-même, si on me donnait du temps de jeu. Pierre représentait l’avenir. Moi avec mes trente ans, je n’étais pas dans la même optique. » Au sein de l’équipe nationale, il se vit comme un marginal, à cause de son âge avancé et de son parcours moins balisé que les autres. Junior à Dax, il n’avait pas pu s’imposer, il avait dû partir à Marmande pour devenir titulaire en senior et montrer vraiment ce qu’il valait : « Je n’avais pas vécu le cursus habituel des sélectionnés, les filières des jeunes et tout ça. Je ne venais pas avec l’esprit de faire une carrière et de revenir coûte que coûte. » Stéphane Castaignède a donc vécu comme cette Coupe du monde comme un observateur super-privilégié. « Pour moi, tout était nouveau. Je me souviens d’avoir coupé les cheveux à Raphaël Ibanez, je crois que je suis le seul à pouvoir le dire. Normalement, il n’y avait que sa maman qui pouvait le faire… Je me souviens d’avoir parlé à Abdelatif Benazzi pour le rassurer. Je lui disais : « Tu verras Abdel, on n’a peut-être pas les meilleurs joueurs du monde. Mais on a un bon groupe. » Je me trompe peut-être car j’étais nouveau, mais je percevais quelques problèmes, quelques clans, des gars qui étaient là vraiment pour le rugby, d’autres simplement pour la sélection. Disons que les débuts avaient été poussifs avant que nous ne trouvions notre unité. » Un mondial, même quand on le prend avec détachement ce n’est jamais un long fleuve tranquille. Stéphane Castaignède vécut aux premières loges d’un maelström. Le forfait de Pierre Mignoni touché à une cuisse et le rappel de Fabien Galthié, destiné à retrouver tout de suite sa place de numéro 1. « Je savais que ça s’était mal passé avec lui durant la tournée estivale mais la situation ne m’a posé aucun problème, Pierre Villepreux et Jean-Claude Skrela m’ont convoqué pour m’expliquer la situation. En fait, c’est moi qui ai parlé dans le bureau. Je leur ai dit : ne m’expliquez rien, je comprends la situation, il n’y aucun problème. Je ne serai ni vexé, ni aigri. Fabiena déjà fait deux Coupe du monde, ça lui en fera trois et tant mieux pour lui. Je ne suis pas là pour vous mettre des bâtons dans les roues. Les sélectionneurs m’ont d’ailleurs remercié. Ils ont été corrects avec moi en me faisant débuter contre les Fidji, puis Fabien a joué et il a mis tout le monde d’accord. »

La noblesse de Mignoni

Même en étant doublure, il emmagasina un wagon d’émotions durant ces deux mois inoubliables : le forfait précoce de son homonyme qui le laissa comme le seul Castaignède du groupe, une première satisfaction. « Nous n’avions aucun lien de parenté. Mais il était arrivé dans certaines circonstances, par jeu, d’entretenir la confusion, quand je pouvais profiter de la situation. » confie-t-il sans s’étendre ; il vécut aussi cette incroyable demie 76 minutesdepuis les tribunes, quatre sur le terrain, un match marqué par la peur : « Notre peur de prendre une raclée puis la peur des All Blacks quand le match a basculé. Mais ce match m’a aussi marqué par la préparation hyperpointue de Pierre Villepreux, la façon dont il a décortiqué le jeu adverse. L’essai de Dourthe sur coup de pied par-dessus, je peux vous dire qu’on l’avait répété. » Il traversa aussi de vrais moments d’intimité : comme cette longue discussion nocturne avec Pierre Mignoni dont il partageait la chambre. On se souvient que le départ de ce dernier fut entaché d’une certaine controverse. Sa blessure fut mise en doute par certains persifleurs qui imaginaient des sélectionneurs contraints d’appeler Galthié. Stéphane Castaignède dément tout coup fourré : « Pierre était vraiment blessé bien sûr. Nous en avons longuement parlé cette nuit-là. Mais je peux vous dire qu’il a été d’une rare noblesse, il n’a pas cherché à cacher sa blessure alors qu’il aurait pu ne rien dire en espérant qu’elle reste supportable ou qu’elle se guérisse toute seule au bout d’une semaine. Il est allé en parler aux entraîneurs et le lendemain, il était parti. Je peux vous dire que j’ai croisé d’autres joueurs dans ma carrière qui eux, n’auraient rien dit. » Mignoni allait retrouver le maillot bleu tandis que lui savait que tout s’arrêterait après la finale perdue contre l’Australie — « Nous n’avons pas eu le temps de bien la préparer et puis les Australiens étaient un peu plus professionnels que nous. » Il ne se voyait pas chasser une poignée de capes en plus. — Quand il est arrivé aux affaires Bernard Laporte m’a appelé pour me faire jouer un match avec France A contre l’Irlande. je lui ai répondu : « Bernard, à mon âge, je ne vais pas aller jouer avec les A. Prends plutôt des jeunes. »

Jérôme Prévot
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