Sébastien Minery : arbitrage en terre inconnue

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    Sébastien Minery : arbitrage en terre inconnue
Publié le , mis à jour

Remplacement au pied levé de Thomas Charabas, découverte de la Russie, arbitrage à -22°C, pensées pour les victimes de Paris, Sébastien Minéry nous raconte sa première au pays des Tsars.

C’est dans le train entre Toulouse et Paris qu’il a appris qu’il serait l’arbitre du premier match européen en terre russe. « Thomas Charabas était prévu pour officier mais il a eu un problème de passeport. Finalement, je n’ai pris l’avion pour Moscou qu’avec Arnaud Blondel.» Trois heures et demie plus tard, les deux hommes posent le pied en Russie : « Une première pour moi, raconte Sébastien Minery. Au moment de descendre de l’avion, il n’y avait pas de tunnel pour rejoindre l’aéroport, il a fallu descendre sur la piste. À cet instant, tu comprends à quel point il fait froid à Moscou…»

-24°, le sommeil et les attentats

Pourtant Sébastien Minery n’est pas au bout de ses peines. Moscou sera l’étape la plus chaude de son escapade Russie. Il faut très vite reprendre l’avion pour atterrir, quatre heures quarante plus tard, à Krasnoïarsk, en plein cœur de la Sibérie. Il est six heures du matin, (minuit en France) à leur arrivée. La température extérieure est de -24°C : « Au moment de sortir, le froid te saisit immédiatement, on a rejoint l’hôtel et on a dormi un peu.»

À leur réveil vers 11 h 30 les deux arbitres ne savent pas encore ce qu’il s’est passé en France. Ils ne l’apprendront qu’une heure plus tard. «Le réseau n’est pas top là-bas, du coup on a appris qu’il y avait eu des attentats à Paris que bien après, dans la nuit… Il devait déjà être six heures du matin en France. Ça te tombe dessus comme ça, pendant un moment j’étais perdu. J’ai beaucoup pensé aux victimes et à leurs familles tout le week-end.» Malgré tout, à 7 000 kilomètres des événements, Sébastien Minery a un match à arbitrer. Aussi difficile que cela puisse paraître, Arnaud Blondel et Sébastien Minery vont se resserrer, exercer leur passion malgré tout pour permettre cette fameuse « débauche » qui dérange tant les barbares.

«Il nous manquait un arbitre...»

Toute la ville est enneigée, avant d’espérer jouer il faut donc dégager la pelouse. « C’est assez étonnant car ils n’avaient pas d’équipements… Ils ont bricolé, assemblé quelques planches pour faire ce qui ressemble le plus possible à des pelles.» Faire contre mauvaise fortune bon cœur, en somme… Pendant ce temps Sébastien Minery est confronté à un autre problème : «Il nous manquait toujours un arbitre… Nous avons fini par le trouver et c’est donc un Russe qui a fait la touche !» Une fois le vert de la pelouse retrouvé et les lignes retracées, place au jeu. Enfin… «C’est forcément particulier, on avait -18 en première période, puis la température est descendue à -22 en seconde ! J’avais les mains complètement gelées… » Quatre-vingts minutes plus tard, Sébastien Minery renvoie tout le monde se réchauffer aux vestiaires. Il vient de vivre le match le plus particulier de sa carrière d’arbitre. : « Le seul à se jouer en Sibérie en plus ! Les prochains se joueront plus au sud, à Sotchi. »

Place désormais à un voyage retour loin d’être de tout repos. « Avec les événements en France notre vol retour a été annulé. Il a fallu attendre 1 h 30 avant de pouvoir décoller depuis Moscou. Entre-temps, l’aéroport avait perdu mes bagages… » Finalement, Sébastien Minery et sa valise finissent par rentrer. À Paris, les contrôles de police renforcés le bloquent 1 h 30 à la douane, et ce n’est que vers quatre heures du matin que l’arbitre arrive enfin chez lui. Il peut alors se coucher, exténué. P.-O.C.

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