4 décembre 1994 : la France boit la tasse à la Méditerrannée

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    4 décembre 1994 : la France boit la tasse à la Méditerrannée
Publié le , mis à jour

A Béziers, l’équipe de France a vécu un véritable calvaire face à l’Australie (74-0). Le plus gros écart entre les deux nations. Retour sur un moment douloureux de l’histoire des bleus

En cette fin d’année 1994, un événement a agité le monde du rugby à treize hexagonal, celui de l’arrivée de Jacques Fouroux alors en disgrâce avec sa famille d’origine. Le « Petit caporal » a des idées pour relancer le mouvement treiziste. Il milite pour un championnat des Provinces, il insiste pour que la France inscrive une équipe au sein du prochain championnat de Super-League qui doit voir le jour en 1996. En un mot, il veut que la discipline se professionnalise. Son arrivée est appréciée par certains, d’autres sont sceptiques. Début novembre, l’ancien sélectionneur et capitaine de l’équipe de France à XV est déjà à l’ouvrage. Le 4 décembre, l’équipe nationale doit accueillir le champion du Monde australien qui effectue une tournée en Europe. En accord avec les dirigeants français, le comité directeur australien a accepté de disputer quatre rencontres sur l’hexagone dont un test-match. Ce dernier aura lieu à Béziers le dimanche 4 décembre au stade de la Méditerranée. Justement, Jacques Fouroux a insisté pour qu’elle se dispute dans l’enceinte biterroise. Il a cette idée car pour redevenir populaire, le XIII de France doit s’exporter et quitter ses bastions traditionnels. Dans un sens, il avait vu juste puisque dix mille spectateurs dont huit mille payants se sont retrouvés dans les gradins de la Méditerranée. Sur la pelouse, le spectacle promet d’être à la hauteur puisque l’encadrement australien a aligné son équipe type. Ce match de Béziers est le dernier rendez – vous de leur tournée sur le vieux continent ponctué par dix – sept rencontres dont seize victoires, trois en test face au Pays de galles (46-4), la Grande-Bretagne (38-8 et 23-4) pour une défaite face la Grande – Bretagne à Cardiff (4-8). Ce test biterrois a une saveur particulière pour le capitaine Mal Meninga. Le centre de Canberra dispute ce jour-là, son dernier match sous le maillot des « kangourous ». Pour son jublié international, ses coéquipiers lui ont promis un beau feu d’artifice. Il n’a pas été déçu. Ce test a été un véritable calvaire pour l’équipe de France qui a bu le calice jusqu’à la lie. À treize reprises, les « Kangourous » ont passé la ligne tricolore. À trois minutes du terme, c’est Mal Meninga qui a clôturé la marque pour sa dernière cape. Au coup de sifflet final, le tableau d’affichage était sans appel (74-0), plus gros écart de l’histoire entre les deux nations. Jusqu’en 2015 (défaite en Angleterre 84-4), ce fut la plus large défaite de l’équipe nationale depuis 1934.

« LE PLUS BEAU DES ENFERS »

Une rencontre qui reste un bien douloureux souvenir pour tous les joueurs de l’équipe de France dont l’ailier saint-gaudinois Claude Sirvent « Je suis rentré en cours de partie. Sur le banc, nous étions impressionnés par la vitesse d’exécution des Australiens. Ils allaient à 2000 à l’heure, ils n’ont tombé aucun ballon. Nous avons passé l’après-midi à défendre. Je n’ai touché qu’un ballon, j’ai fait à peine dix mètres. Il faut dire que nos adversaires étaient de véritables professionnels. A l’époque, en club, nous nous entraînions trois fois par semaine, plus le match du dimanche. Il est vrai que nous n’étions pas de taille pour lutter face à une telle équipe. Cette défaite a fait comprendre à nos dirigeants que nous ne pouvions plus évoluer dans un monde semi-amateur. Il fallait obligatoirement constituer un groupe de joueurs pros ou engager une équipe en Super – League. »

Le deuxième – ligne carcassonnais, Daniel Divet, qui évoluait à l’époque à Featherstone, avoue avoir vécu « l’enfer ». « Ce match, ce fut l’enfer. Mais dans un sens, ce fut le plus beau des enfers de se mesurer à une telle équipe. » Après ce camouflet, le président de la Fédération, Jean-Paul Ferret décida d’interrompre les relations avec l’Australie. L’équipe de France dut patienter dix ans avant de retrouver les Kangourous sur son chemin. Le 21 novembre 2004 au stade Ernest Wallon de Toulouse, les tricolores s’inclinèrent avec les honneurs (52-30) face aux Champions du monde en titre. Quant à Jacques Fouroux, il avait persuadé le président Ferret d’inscrire une équipe française en Super-League pour donner un peu plus d’épaisseur à la discipline. Le Paris Saint-Germain Rugby League a ainsi vu le jour. Or, ce projet fut monté à la hâte. Après deux participations à cette compétition européenne en 1996 et 97, les Parisiens et Jacques Fouroux jetèrent l’éponge.

La fiche technique

À Béziers – Australie bat France 74-0 (36 -0).

Australie : 13 essais Ettingshaussenn (9e, 23e, 64e), Mullins (14e, 50e), Daley (20e), Wishart (27e), Renouf (30e, 44e), Harragon (53e), Stuart (61e), Farleigh (73e), Meninga (77e), 11 T Wishart.

Australie – Mullins (Brasher 52e) ; Ettingshaussenn, Meninga (cap), Renouf, Wishart ; (o) Daley, (m) Stuart (Langer 70e) ; Fittler ; Clyde, Pay (Farleigh 56e) ; Lazarus, Roberts (Harragon 41e), Walters.

France – Martial (Saint-Estève) (Sirvent, Saint-Gaudens) ; Banquet (Featherstone), Serret (Pia), Chamorin (Saint-Estève), Fraisse (Bradford) ; (o) Garcia (Saint-Estève), (m) Entat (Leeds) ; Jampy (XIII catalan) ; Cabestany (XIII catalan) (cap), Divet (Featherstone) (Pech, Pia 63e) ; Boudebza (Saint-Estève), Valéro (Lézignan) (Khédimi, Saint-Estève 69e), Teixido (Limoux) (Jaavuo, Pia 52e).

Didier Navarre
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