Gosper : « Jamais la Coupe du monde n’avait pris autant d’ampleur »

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    Gosper : « Jamais la Coupe du monde n’avait pris autant d’ampleur »
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Deuxième volet de l’entretien : la Coupe du monde

Propos recueillis par Pierre-Olivier Chirol

Quel regard portez-vous sur la dernière Coupe du monde ?

Je pense que cette Coupe du monde s’est située à un autre niveau que les précédentes. Bien sûr, concernant les indices bruts que sont le nombre de spectateurs, les audiences de télévision jamais une Coupe du monde n’avait pris autant d’ampleur. Sur le plan du jeu c’était une Coupe du monde extraordinaire du début à la fin. Les écarts se sont réduits entre les équipes du tiers 1 et celles du tiers 2. Il y a une vraie compétitivité de toutes les nations, jusqu’au bout où on a vu, c’est ce qu’en disent les experts, la meilleure finale en termes de jeu. De nombreux essais et une véritable lutte entre les deux équipes. La finale était à l’image de la Coupe du monde c’était un succès sur plein de critères. On a eu 2,4 millions de spectateurs dans les stades mais aussi plus d’un million de personnes dans les fans zones en dehors. Nous avons établi des records sur les médias sociaux, de l’ordre des jeux olympiques de 2012. Pour l’anecdote, on a fait quelques réunions avec ASOIF (ndlr, fédération des sports olympiques d’été) à Lausanne. Je me suis rendu compte que même dans des pays où on ne s’intéresse pas du tout au rugby, il y a eu un vrai suivi. On n’avait pas eu ça dans le passé. Ça a touché en dehors des pays et des roulements habituels, disons en dehors de la zone de confort du rugby. L’un des rôles d’une Coupe du monde est de capter une audience nouvelle et je pense qu’elle a joué ce rôle à merveille.

Le directeur de World Rugby a-t-il eu peur quand il a vu le pays hôte éliminé dès le premier tour ?

Nous n’avions jamais vécu ce genre de situation. Pour l’événement et les organisateurs c’est toujours un souhait de voir l’équipe hôte bien progresser dans un tournoi. C’est vrai qu’une fois la déception de l’Angleterre passée, je pense que ça ne s’est pas fait ressentir sur le plan global ce qui était notre principale préoccupation. Les fans continuaient de venir et les audiences télés, que ce soit en Angleterre ou chez vous en France, même après l’élimination en quarts, ont toujours été bonnes. Il n’y a pas eu de grand effet sur le tournoi. L’Angleterre est un marché sportif très mûr, très mature. Le pays est avant tout passionné de sport, de rugby et puis si ça se passe bien avec leur équipe c’est encore mieux. Ça s’est bien déroulé dans un pays qui aime le sport. Je ne sais pas si cela aurait été le cas ailleurs mais ce fut le cas en Angleterre.

Pensez-vous que l’on ait assisté à la fin d’un rugby de destruction pour l’avènement d’un rugby de mouvement ?

Je l’espère ! On a vu une tendance en tout cas, le style de jeu pratiqué était attirant, apprécié autant par les connaisseurs que les non-connaisseurs. Je laisse le soin aux experts de tirer les tendances de cette volonté de jeu. Les deux équipes en finale sont en tout cas de superbes représentants d’un rugby attractif. On verra dans le futur mais quand la Coupe du monde, qui est la vitrine de ce sport, montre l’exemple, on ne peut qu’espérer aller dans cette direction. Nous sommes dans un cycle de changement des lois du jeu. Sur trois, quatre ans, on expérimente des règles qu’on fixe environ un an avant la Coupe du monde. On essaye ces changements dans plusieurs championnats et on en tire les conséquences. La satisfaction c’est de voir que l’état du jeu est meilleur en sortant de cette Coupe du monde qu’en y entrant. Le rugby n’est pas qu’une question de gabarit mais de talent. Que ce soit les petits, les grands, aujourd’hui la mobilité est devenue primordiale.

Quels sont ces projets de changements de loi actuellement à l’étude ?

Il y a des tests dans certaines compétitions. Vingt-cinq changements de loi sont expérimentés sur des aspects différents du jeu. Simplifier et rendre attractif, voilà les deux pôles du briefing. Le travail a déjà commencé mais je ne peux pas encore vous dire quels changements interviendront. Nous essayons par exemple de donner plus de points pour les essais, de modifier les mauls, les rucks, en somme de simplifier le rôle des joueurs comme des arbitres.

En parlant de l’arbitrage, qu’avez-vous pensé du seul Français présent en finale, Jérôme Garcès ?

Il a été immense ! Il a fait un travail superbe mais le niveau de l’arbitrage général a été très bon. Nous sommes très satisfaits des prestations des arbitres. Il y a toujours des erreurs humaines. Le patron des arbitres à l’IRB est un Français, Joël Jutge qui fait un immense boulot. C’est vrai que Garcès a été très bon, comme les autres.

Il y a eu une polémique autour du TMO. (arbitrage vidéo) Pensez vous que son utilisation quasi systématique ait cassé le rythme de certains matchs ?

Au début du tournoi, je pense que les arbitres n’avaient pas l’habitude. Nous avons expérimenté une nouvelle technologie, le « Hawk eye » qui était l’utilisation de plusieurs écrans synchronisés pour un arbitrage vidéo plus facile. L’objectif était de donner des informations en temps réel, plus de précision et normalement, puisque l’image arrivait en même temps, plus de rapidité. Je reconnais qu’au départ ce n’était pas le cas, il y a eu une forme de rodage sur les premières rencontres. Assez rapidement ce problème de lenteur et de surutilisation a été surmonté à un point qu’avant la fin du tournoi les gens réclamaient plus de TMO que moi ! (rires) Les protocoles technologiques ont évolué et continueront encore d’évoluer. Nous sommes en train de reprendre chaque aspect du tournoi pour voir ce qui a été fait, voir si des améliorations sont possibles, pas uniquement pour la prochaine Coupe du monde mais pour l’ensemble des matchs.

Comment voyez-vous la prochaine édition au Japon dans quatre ans ?

La Coupe du monde en Angleterre est celle de tous les records. La Coupe du monde au Japon, si elle peut battre des records, est là pour les différences qu’elle va faire. Ça va être une Coupe du monde unique. C’est une expérience différente des autres éditions. Ce sera la première au Japon, dans un pays asiatique, et dans un pays du tiers 2. Culturellement elle va véritablement apporter quelque chose de différent au rugby. Nous sortons de notre zone de confort, et c’est une confirmation du progrès fait par le rugby en peu de temps. L’aspect pionnier du Japon va encore donner une nouvelle dimension au rugby. On verra s’il est possible de vendre autant de billets, de faire autant d’audience mais l’enjeu de cette Coupe du monde est ailleurs.

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