Trinh-Duc : «Galthié n’a pas influencé mon choix»

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    Trinh-Duc : «Galthié n’a pas influencé mon choix»
Publié le , mis à jour

En marge de la conférence de presse qu’il a donnée en début d’après-midi, lundi, l’ouvreur international de Montpellier François Trinh-Duc (29 ans, 50 sélections) a accepté de répondre à nos questions sur son choix d’aller à Toulon, mais aussi de revenir sur son éviction du groupe tricolore avant le Mondial et son retour au MHR.

Vous avez décidé d’aller au devant des media pour expliquer votre choix en convoquant une conférence de presse. Ressentiez-vous le besoin de vous justifier ?

Je n’ai rien dit à ce sujet jusqu’à maintenant parce que j’ai pris ma décision la semaine dernière seulement. Je n’ai pas fait languir tout le monde par plaisir ... Mais j’avais besoin de parler parce que tout le monde le faisait pour moi. En général, les gens qui s’expriment n’ont pas tous les tenants et les aboutissants alors ils disent souvent des choses erronées. Ça fait partie du jeu et j’ai pu avoir l’avis de beaucoup de personnes comme ça... (sourire) Mais je suis content de pouvoir enfin m’expliquer.

Etes-vous soulagé que la situation soit réglée ?

C’est toujours une période dure à vivre, avec un choix difficile à prendre. Le fait de l’avoir enfin arrêté et de l’assumer me permet de passer à autre chose, même si je ne peux pas le faire sur le terrain puisque je suis actuellement blessé. En tout cas, cela me permet de retrouver beaucoup d’appétit et d’envie pour revenir plus vite à la compétition. Parce que j’ai passé des nuits compliquées à me demander ce qui était le mieux pour moi. J’ai beaucoup gambergé.

Le mieux pour vous est donc Toulon ?

Je le pense. Je peux encore progresser et rien que le fait de changer de club me fera le plus grand bien. Pouvoir travailler avec deux références du rugby mondial à mon poste que sont Jonny Wilkinson et Diego Dominguez va beaucoup m’apporter aussi. L’ouverture est un poste à maturité tardive et j’arrive dans la force de l’âge. Jusqu’à présent, j’ai bien évolué à Montpellier et je pense avoir évolué chaque année. Mais il me faut partir, il me faut disputer des matchs de haut niveau, de phase finale et de Coupe d’Europe régulièrement pour franchir un palier. Et je le répète : travailler avec ces deux monuments m’enthousiasme beaucoup. Je les ai sentis enthousiastes eux aussi et confiants dans le fait que je puisse continuer à progresser. Je sais que ça va être dur et que je vais connaître des moments difficiles, mais j’assumerai toujours mon choix.

Avez-vous directement échangé avec eux ?

Nous avons mangé ensemble sur la côte et le repas s’est très bien passé. Nous avons parlé de tout et de rien. J’ai pu avoir leur avis sur mon niveau actuel et sur ce qu’ils peuvent m’apporter, c’est très motivant. Avec Jonny Wilkinson, il s’agira probablement beaucoup d’entraînements techniques, sur le jeu au pied notamment. Mais ils m’aideront aussi sur la façon d’appréhender et de gérer les matchs, sur le rôle du numéro 10 dans sa globalité. Je n’oublie pas que Toulouse m’avait aussi montré un intérêt certain. J’ai beaucoup échangé avec Ugo Mola, qui a une très belle philosophie du jeu. Ça s’était bien passé aussi mais il y a deux ans déjà, j’avais longuement hésité à quitter Montpellier pour Toulon.

Qu’est-ce qui a fait la différence en faveur de Toulon au final ?

L’apport d’expériences que me donneront Jonny Wilkinson et Diego Dominguez. Je suis sûr que le projet toulousain est aussi ambitieux mais, concernant mon poste, j’ai pensé que j’évoluerai plus à Toulon.

On parle de la venue de Fabien Galthié, votre ancien coach au MHR, au RCT. Cela a-t-il joué dans votre réflexion ?

Non parce que rien n’est fait. Je n’ai aucune certitude qu’il signe à Toulon. Honnêtement, Fabien Galthié n’a pas du tout influencé mon choix.

Il y a deux ans, vous aviez choisi de rester à Montpellier pour gagner des titres et progresser. Regrettez-vous de ne pas être parti à ce moment-là, sachant que vous n’avez rien gagné et pas disputé la Coupe du monde ?

Je ne le regrette pas, non. A l’époque, j’avais des objectifs, j’avais envie de continuer à jouer et à m’épanouir. En restant à Montpellier, j’ai pu être buteur, numéro 1, capitaine aussi. Beaucoup de choses ont évolué, il y a eu un changement d’entraîneurs, j’ai découvert une nouvelle vision du rugby, un nouveau projet de jeu. J’ai pu connaître autre chose, ça m’a été profitable.

Avez-vous également décidé de partir parce que ce nouveau projet de jeu convient moins à votre façon de jouer ?

Non. C’est vraiment un choix personnel, concernant mon évolution en tant que joueur. Les jeux prônés par Jake White ou Fabien Galthié ne sont pas les mêmes mais on ne peut pas dire que l’un est meilleur que l’autre. Celui de Jake White porte ses fruits d’ailleurs, parce que, même si on pourrait mieux faire, on est bien sur le plan comptable.

Jake White n’a jamais caché qu’il envisage de vous faire jouer au poste de centre. Qu’en dites-vous ?

Il ne m’en a jamais vraiment parlé, si ce n’est vaguement quand il est arrivé. Pour l’instant, la chose ne s’est jamais présentée puisque Demetri (Catrakilis) ou moi avons été blessés et avons alterné les matchs. J’ai toujours dit que ça ne me dérangerait pas de jouer en 12, mais juste pour dépanner. Le poste où j’ai envie d’évoluer et de grandir, c’est celui de numéro 10.

Avez-vous trouvé votre statut changé quand vous êtes revenu du stage avec les Bleus ?

Ça a a été un peu rude parce que j’arrivais en retard sur les autres et que l’équipe avait déjà fait une préparation. En plus, il y a eu ma blessure... Mais quand je n’étais pas blessé, j’ai fait tous les matchs. J’adhère au projet, il y a des bonnes choses et des moins bonnes. J’essaie d’en faire évoluer certaines pour gagner le maximum de matchs et faire une belle fin de saison parce que je voudrais vraiment partir de la meilleure des manières. Nous souhaitons jouer à fond le championnat et la Challenge cup, alors il faut pouvoir alterner. Je trouve ça bien que ce soit le cas avec Demetri. Les années précédentes, j’ai énormément joué et j’avais toujours des coups de moins bien en hiver. Alors je me dis que c’est bénéfique de pouvoir partager le temps de jeu, même si je suis blessé actuellement.

Et le club, était-il changé ?

Oui, car il y avait eu beaucoup d’arrivées dans l’effectif. C’est pour cela que mon intégration s’est faite progressivement. Certaines recrues ne sont pas encore arrivées d’ailleurs... Le début de saison a été difficile parce que nous manquons de cohésion collectivement, ce qui est logique. Les joueurs recrutés sont excellents et ils amènent un plus mais cette cohésion manque encore sur le terrain, même si les résultats sont là.

Avec un peu de recul, comment avez-vous vécu votre retour en club après votre désillusion avec l’équipe de France ?

C’était tout sauf facile, évidemment. J’étais déçu et entamé mentalement parce que la préparation avait été dure. J’avais énormément donné. Finalement, le fait de pouvoir être aligné directement la semaine d’après à Pau m’a permis de me remettre en jambes immédiatement, même s’il m’a fallu un peu de temps.

Pensez-vous avoir digéré cette non-sélection pour la Coupe du monde aujourd’hui ?

Je le crois. La fin de la Coupe du monde, le soir de la finale, m’a bien aidé à passer à autre chose. La compétition était enfin terminée...

Cette Coupe du monde chez vous a-t-elle été plus ou moins difficile à vivre que ce que vous pensiez ?

Au début, je ne regardais pas trop les matchs, si ce n’est ceux des équipes comme le Japon et la Géorgie, qui me faisaient rêver. Petit à petit, je me suis mis à regarder ceux des phases finales. De l’équipe de France aussi, mais plutôt des derniers, contre l’Irlande et la Nouvelle-Zélande. Ce n’était pas évident de suivre la Coupe du monde alors que c’était mon objectif et que je m’étais préparé pendant deux mois. Mais j’ai moins de regrets parce que j’ai fourni énormément de travail. Je vois difficilement, avec le recul, ce que j’aurais pu faire de plus.

Cette signature à Toulon, dans la meilleure équipe d’Europe, est-elle aussi un moyen de vous repositionner pour l’équipe de France ?

Le XV de France reste forcément un objectif pour moi mais il n’est pas d’actualité pour l’instant malheureusement. J’ai énormément de challenges avant de retrouver les Bleus. Pour l’instant, j’ai d’abord envie de me soigner, de rejouer et de faire une bonne fin de saison.

Où en est votre blessure d’ailleurs ? Serez-vous remis pour le Tournoi des 6 Nations ?

Je ne sais pas. C’est difficile de programmer et je n’aime pas trop ça. On m’avait dit que cette blessure impliquait deux mois d’absence mais c’est un peu aléatoire. Je table là-dessus et on verra. Pour l’instant, je fais de la rééducation en piscine, des soins et de la musculation du haut du corps. Je vais essayer de revenir le plus vite possible, comme je l’avais fait après ma fracture l’an passé.

Emilie Dudon
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