Docteur Dusfour « Appliquons déjà le règlement »

  • Docteur Dusfour « Appliquons déjà le règlement »
    Docteur Dusfour « Appliquons déjà le règlement »
Publié le , mis à jour

Le Docteur Bernard Dusfour, président de la Commission médicale de la LNR, analyse l’augmentation des commotions qui touche le rugby français depuis plusieurs saisons.

L’augmentation du nombre de commotions cérébrales n’est-elle pas la première dérive du rugby professionnel ?

Je n’apprécie pas le terme de « dérive ». Mais il faut admettre que la professionnalisation de ce sport est la principale cause des augmentations des blessures, parmi lesquelles on retrouve les commotions cérébrales. La raison ? L’augmentation de la masse musculaire, du nombre de temps de jeu et de la vitesse. Tous les joueurs vont de plus en plus vite dans des matchs à quarante minutes de temps de jeu effectif, soit deux fois plus qu’il y a quinze ans. Et la façon de jouer a évolué : il y a moins de phases de conquête et plus de phases d’affrontement (rucks ou plaqueur plaqué). Tout cela fait que le nombre de blessures a augmenté, et le nombre de commotions aussi. Et si depuis trois saisons on a une augmentation peu significative de blessures on est toujours au-delà du raisonnable. On est en moyenne à deux commotions cérébrales confirmées par journée de Top 14.

Quelles solutions existent aujourd’hui ?

Il faudrait d’abord que le règlement soit respecté, par les joueurs et entraîneurs et par les arbitres. Dès qu’une phase de jeu ne correspond pas à ce qui est écrit dans la pratique du rugby, il faut impérativement qu’elle soit sanctionnée sévèrement. Enfin, dès qu’on perçoit une commotion il faut que le joueur s’arrête de jouer, et qu’on lui laisse le temps de récupérer et de cicatriser.

Vous demandez aux acteurs de respecter le règlement mais ce dernier protège-t-il réellement les joueurs ?

Si on respecte la règle du plaquage haut, le plaquage à l’épaule, les rucks, les déblayages et toutes les autres phases non respectées, on aura avancé. Il faut être très sévère envers les fautifs, que les arbitres hésitent à mettre un carton rouge dès qu’il y a une agression qui peut entraîner blessure. Aujourd’hui, ce sont les phases plaqueurs plaqués et les rucks qui engendrent le plus de blessures et non plus les mêlées ou les touches. On doit aussi également bannir la phase d’opposition totale qui existe à l’entraînement et qui blesse nombre de joueurs.

Faut-il aller plus loin au niveau du règlement ?

Je pense que les choses peuvent s’inverser. En début de saison on a fait une longue communication pour parler de ces phases de jeu où le règlement n’est pas respecté et où un joueur va agresser un adversaire sans ballon. Un joueur qui rentre comme un fou dans un ruck doit être sévèrement sanctionné. Je le répète, si on supprime ces phases-là, on aura fait un grand pas en avant. Maintenant est-ce qu’il faut faire évoluer le règlement ? Peut-être, oui… Enfin, pour évoluer dans la réflexion sur les commotions, il faudrait que les joueurs n’hésitent pas à se manifester, et surtout quand ils sont encore en activité, sans attendre leur fin de carrière.

La maladie de Parkinson détectée chez Marc Dal Maso peut-elle justement être liée à cette augmentation des commotions ?

Actuellement, selon les études faites par la NFL (Ligue Américaine de Football américain), n’a montré aucune imputabilité entre Parkinson et la pratique du football américain qui ressemble incontestablement au rugby. Par contre ils ont montré les encéphalopathies post-traumatiques qui prouvent une corrélation. Alors si vous voulez, Dal Maso reste à prouver mais Delpuech peut avoir un rapport. Désormais, pour évoluer dans la réflexion sur les commotions il faudrait que les joueurs n’hésitent pas à se manifester, et surtout quand ils sont encore en activité sans attendre leur fin de carrière. Propos recueillis par P.I.-R.

midi olympique
Voir les commentaires
Réagir

Souhaitez-vous recevoir une notification lors de la réponse d’un(e) internaute à votre commentaire ?