C’était 2015 : Le XV de la Rose assommé

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    C’était 2015 : Le XV de la Rose assommé
Publié le , mis à jour

L’Angleterre éliminé de « sa » Coupe du Monde. Qui l’aurait parié avant le funeste 26 septembre ? En quelques minutes, le crédit de Stuart Lancaster s’est effondré comme un château de cartes. Cruel.

Ça restera LA sensation de l’année. L’Angleterre, le pays qui a inventé le rugby, éliminé de sa propre coupe du monde dès la phase de poule. Jamais depuis 1987 un pays organisateur n’avait connu pareille infortune. Il serait mensonger de dire qu’on avait vu ce désastre arriver : l’Angleterre de Stuart Lancaster avait failli gagner le Tournoi en terminant par un match ébouriffant contre la France : 55-35. On en finissait pas de louer le talent de ses trois quarts hyper rapides : Watson, Joseph, Nowell, May. On se disait qu’avec l’avantage de jouer à domicile, cette équipe avait son billet pour le dernier carré assuré. C’est le contraire qui s’est passé. On avait pourtant dressé l’oreille quand Rob Andrew, ponte de la RFU, avait déclaré que l’équipe était prête ...pour le Mondial 2019. On avait levé un sourcil quand on avait vu Lancaster s’embrouiller au sujet de Sam Burgess, ce Treiziste recruté par Bath avec l’aide de la RFU. On eut l’impression que Lancaster l’intégra malgré lui dans la liste des 31, sans bien savoir quel était son poste de prédilection (centre ou troisième ligne), avec le risque de destabiliser le groupe. En le prenant, il élimina Luther Burrell qui n’avait pas déçu depuis deux ans. On tordit le nez quand certains observateurs faisaient remarquer que le capitaine, Chris Robshaw, n’avait pas les qualités requises pour cette fonction aussi bien sur le plan sportif que sur le plan du sang-froid. Et puis, personne n’oubliait que le tirage au sort avait été cruel avec les Anglais en leur donnant une poule très difficile. Quatre équipes sur cinq avaient déjà joué les quart de finale d’un Mondial et trois sur cinq des demies. Les Anglais commencèrent tranquillement en dominant les Fidji 35-11. Il suffisait de battre les voisins gallois pour s’assurer une place en phase finale. Les Gallois semblaient si handicapés par les blessures, qu’espérer sans Leigh Halfpenny ou Jonathan Davies ?

Tout s’effondre en dix minutes

Curieux match en ce 26 septembre, l’Angleterre fit la course en tête, en menant 16-6 puis 22-12 grâce à un essai de Jonny May en bout de ligne impeccablement servi par Ben Youngs. Tout semblait rouler pour des Anglais a priori plus puissants, assez performants en mêlée et puis.... et puis... les Gallois parvenaient à s’accrocher grâce à la botte de Dan Biggar, l’ouvreur des Ospreys, secoué de tics au moment de se concentrer avant les tirs au but. Le réalisateur se fit un plaisir de zoomer sur lui et les images firent le tour du monde. Mais si Biggar put enfiler autant de pénalités c’est que les Anglais furent trop souvent mis à la faute : douze pénalités concédées la plupart du temps au sol, signe d’un manque de maîtrise sur les points chauds. Mais les Gallois avaient perdu deux nouveaux joueurs sur blessure (Liam Williams et Hallam Amos). Et puis, le match bascula sur une inspiration de Lloyd Williams à la 70e, le demi de mêlée remplaçant entré en position d’ailier. Pas assez rapide, sur un ballon en bout de ligne, il opta pour un coup de pied de recentrage pour Gareth Davies, le demi de mêlée titulaire qui marqua entre les poteaux. Tétanisés, les Anglais allaient vivre une fin de match affreuse marquée par une décision catastrophique de Chris Robshaw : à 28-25, il refusa de faire tenter une pénalité bien placée pour aller en touche pour arracher la victoire. Mal lui en prit, les Anglais ne purent faire fructifier cette munition. La suite prouva qu’un match nul aurait suffi aux Anglais pour se qualifier.

La semaine qui suivit cette défaite, fut une sorte de chemin de croix. En un match, les Anglais semblaient avoir perdu le bénéfice de quatre ans de travail. Leur nervosité était palpable avant d’affronter l’Australie. On se crut transporté dans les années 80, quand l’Angleterre était encore une nation de second rang en comparaison des ténors du sud. Ce fut la chronique d’un désastre annoncé, le XV de la Rose fut totalement assommé par des Wallabies totalement sûrs de leur force et de leurs schémas offensifs. Les deux essais de l’ouvreur Bernard Foley furent exemplaires du fossé qui s’était creusé entre les deux équipes. 33-13 pour les Wallabies et une humiliation majuscule pour Stuart Lancaster. Celui qui avait été présenté comme un technicien humble et efficace fut jugé comme velléitaire et hésitant. Il reconnut après la rencontre que ces Australiens étaient trop forts pour son équipe et que tout s’était joué au match précédent. Enorme aveu d’impuissance.

Les cas Burgess et Robshaw

Son départ devint inéluctable malgré le soutien public de quelques joueurs, il démissionna le 11 novembre. Avec le recul, on s’aperçoit que son bilan est finalement inférieur à celui de Martin Johnson, son prédécesseur, pourtant si vilipendé en 2011. Lui au moins avait gagné un Tournoi et atteint les quarts de finale du Mondial. On se mit à lui reprocher le cas Burgess, le fait d’avoir trop privilégié Owen Farrell, fils de son adjoint. La cote du pauvre Lancaster s’effondra comme un château de carte avec toute la cruauté que cela implique. Quelle leçon en tirer ? Que oui, l’entraîneur a sans doute commis des erreurs au plus mauvais moment… Oui, le choix de Robshaw comme capitaine fut sans doute une erreur (il avait déjà fait un très mauvais choix en 2012 contre l’Afrique du Sud dans des circonstances comparables). Oui, il aurait dû être plus ferme sur le cas Burgess mais issu du sérail de la RFU, il était un peu pieds et poing lié. Mais de toute cette histoire, reste un point positif. L’élimination de l’Angleterre a prouvé que la compétition était saine, sans aucune pression pour avantager le pays organisateur. D’une certaine façon, le rugby en est sorti grandi.

Jérôme Prévot
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