Peluchon : «Faire fructifier ce statut de privilégié»

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    Peluchon : «Faire fructifier ce statut de privilégié»
Publié le , mis à jour

Joueur indiscutable du SC Albi, Mathieu Peluchon fait partie des 18 % de rugbymen pluriactifs. En ouvrant un bar à vin (Ô vent d’anges) dans le centre d’Albi le 18 septembre 2015, l’arrière du SCA s’est concrètement projeté dans son après-carrière.

Comment préparez-vous après-rugby ?

J’ai ouvert un bar à vin depuis trois mois sur Albi, au niveau du marché couvert. Avec un pote, un ancien rugbyman du Sporting Club d’Albi (N.D.L.R. Andrea Sicardi) qui a arrêté le rugby pour se consacrer à l’affaire.

Auriez-vous pu en faire de même ?

Non pas aujourd’hui. J’ai 28 ans et encore quelques belles années à venir. Priorité au rugby. Mais c’est une opportunité qui s’est présentée et on a décidé de tenter l’aventure. C’est mon seul projet en dehors du rugby.

Et quand aviez-vous commencé à envisager cet après-rugby ?

Tout rugbyman réfléchi, durant sa carrière, à ce qu’il fera après. J’y ai toujours pensé, notamment pour déterminer le domaine qu’il me plairait d’intégrer. Mais là j’ai réellement profité d’une opportunité. Depuis toujours j’avais trois critères : travailler pour quelqu’un ça ne me plaît pas trop. Je voulais trouver quelque chose dans l’air du temps. Enfin, je voulais travailler dans le relationnel, je communique très facilement avec les gens. Donc ouvrir un bar à vin c’est dans l’air du temps et en plus c’est une occasion pour moi de voir des gens et de discuter avec les clients.

Avez-vous été soutenus par le club d’Albi ?

Bien sûr. Vu que j’ai re-signé avec le SCA la saison dernière, le club et le staff s’intéressent un peu à ce qu’on propose dans notre bar. Ils viennent boire un verre de temps en temps. Le président aussi m’interroge, me donne des conseils sur le management. Enfin, comme le manager a eu des affaires auparavant, il s’intéresse également à ce que je fais. Donc oui je me sens soutenu par le club d’Albi.

Votre statut de joueur professionnel vous facilite-t-il la tâche ?

Oui évidemment qu’aujourd’hui le rugby nous aide pour le réseau, pour trouver la banque ou même les partenaires financiers qui nous ont énormément soutenus dans l’élaboration, la réalisation et aujourd’hui le bon fonctionnement de notre projet. Tout ça c’est grâce au rugby. La vie d’un sportif de haut niveau est courte et il est important de faire fructifier ce statut de privilégié

Au sein du SC Albi, entre joueurs, échangez-vous au sujet de vos après-carrières respectives ?

On en parle régulièrement car je ne suis pas le seul à mener un double projet professionnel. Il y a notamment Mathieu André (29 ans) qui a monté sa boîte dans le BTP. D’autres joueurs ont des projets pour leurs après-rugby donc on est un petit groupe à discuter un peu de ce futur proche.

Et à quel moment avez-vous compris que le rugby n’était pas une activité éternelle ? Dès le Centre de formation ?

Non au centre de formation pas forcément. Quand tu signes ton premier contrat pro, la première année t’es un peu dans un rêve mais dès la deuxième ou la troisième année on comprend un peu les choses. On commence à cogiter et on se pose les questions sur notre futur, en termes professionnels. Mais la reconversion est vraiment quelque chose qui n’est pas évident. Moi par exemple, ce n’est pas sûr que je l’ai réussie, on ne sait pas si l’affaire va marcher. Mais je ne sais pas si on est forcément prêts, à la fin de notre carrière à envisager réellement une reconversion. J’ai vu pas mal d’anciens rugbymen en difficulté, car ils n’avaient pas préparé sérieusement leur reconversion. Après c’est une chose à laquelle on pense assez tôt, on est rapidement sensibilisé, mais c’est assez dur de penser concrètement à notre reconversion alors qu’on pratique quotidiennement notre passion.

En ayant déjà entamé votre reconversion, est-ce une façon de contourner les difficultés que connaissent certains sportifs de haut niveau entre leur quotidien de sportif et ce qui ressemble à un retour à un quotidien plus « classique » ?

Il faut admettre qu’en tant que sportifs de haut niveau on est un peu dans notre bulle et c’est vrai que ça remet un peu les pieds sur terre… Simplement de gérer une entreprise, on se rend compte qu’avoir un travail, rien qu’au SMIC c’est hypercompliqué. Ça, je l’ai compris quand je cherchais des serveurs ou des postes en cuisine. J’ai compris qu’il était très compliqué de trouver un travail et ça m’a fait ouvrir les yeux sur la vie de tous les jours. C’est à ce niveau que c’est le plus enrichissant. Propos recueillis par Pierrick Ilic-Ruffinatti.

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