La rupture, c’est maintenant !

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    La rupture, c’est maintenant !
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Nous y sommes, enfin parvenus au jour J ! A l’instant des retrouvailles avec le XV de France qui nous avait abandonné sur une défaite historique face aux All Blacks en quart de finale de la Coupe du monde. Près de quatre mois plus tard, l’espoir d’un renouveau a germé dès l’entrée en scène de Guy Novès. Son premier défi, face à l’Italie, sera d’imposer une triple rupture : sur le fond, la forme et l’esprit. Sans attendre, les Bleus doivent gagner, les jeunes s’imposer et adopter la cause du « commando » tricolore. Parce que l’équipe de France doit redevenir une équipe sans pareil.       

La marée noire néo-zélandaise a tout emporté sur son passage, des Bleus aux Boks en passant par les Wallabies en finale pour réaliser le premier doublé dans l’histoire du Mondial ; c’est la preuve ultime de la supériorité d’une nation et n’aurions pas eu à nous plaindre si le XV de France de Saint-André n’avait plus coulé sans jamais être capable de rivaliser, propulsé dans le mur par l’aveuglement du sélectionneur. Hélas, il en fut tout autrement. Après le passage dévastateur des Irlandais, les All Blacks n’ont finalement laissé qu’un champ de ruines… Depuis novembre, Guy Novès et son staff se sont attachés à tout reconstruire différemment, sur d’autres bases, avec d’autres mots et des certitudes opposées. Face à l’Italie, le XV de France portera les premiers signes de la rupture, ne s’arrêtant pas à la couleur du maillot... Des essais qui devront être transformés.  

Les hommes de demain

Mas, Szarzewski, Papé, Dusautoir, Nyanga, Michalak retraités. Dullin, Ouedraogo, Tillous-Borde, Bastareaud, Guitoune, Tales laissés à la disposition de leur club. Cela fait une bonne douzaine de mondialistes absents à l’entame du Tournoi et de la nouvelle ère qui s’ouvrira au Stade de France face à l’Italie. Douzaine Bleus qui n’auront pas droit à un dernier tour de piste. Contrairement à son prédécesseur, Novès coupe le cordon avec la génération Saint-André et ne sacrifie pas un Tournoi pour rendre hommage aux « anciens ». Contraint de bricoler sans les demi-finalistes pour la tournée en Argentine, il a d’emblée choisi de mobiliser les espoirs de demain : Bezy, Camara, Poirot, Danty, Jedrasiak, Chat. Trop tôt ? L’avenir nous le dira. Mais si le niveau international est difficilement compatible avec le principe d’indulgence, il faudra faire preuve de patience.

Place à l’attaque

Novès n’a pas seulement fait le pari de la jeunesse. Il a aussi et surtout choisi de nouveaux profils, avec ses adjoints. Des joueurs de ballons, des passeurs, à la charnière et au centre. Là encore, les Tricolores doivent trancher avec les dernières quatre années livrées à un rugby de duels. Le XV de France devra assumer une quête des espaces, de la largeur et de la vitesse. Pas seulement, le projet de jeu concocté par Bru et Dubois doit amener un cadre et des repères pour une avancée rapide vers la ligne d’avantage. Si l’Italie de Sergio Parisse et Jacques Brunel paraît à la croisée des chemins, figurant ce que l’on oserait présenter comme l’adversaire idéal pour débuter une nouvelle aventure par un succès, il ne faudra pourtant pas se tromper de combat. Le jeu de passes, la vitesse et la conquête des espaces ne seront jamais que des leurres si le pack tricolore n’est pas à la hauteur du défi imposé par les Transalpins. Et Bezy, alerte et inspiré derrière son « huit » toulousain quand ce dernier est dominateur, ne fera pas de miracle s’il en vient à évoluer à reculons. 

L’âme bleue

Si Serge Blanco n’a pas transformé le plomb en or en volant au secours de Saint-André en 2015, reconnaissons-lui le mérite de la persévérance. Depuis quatre ans, avant même la nomination de PSA, il plaidait pour le choix d’un manager à poigne à la tête du XV de France. Un homme de convictions, de caractère, fédérateur, capable d’imposer l’amour du maillot tricolore et de se faire entendre des joueurs. Guy Novès avait refusé une première fois, en 2011, laissant le champ libre à Saint-André pour l’erreur de casting que l’on connaît. En cédant à l’appel de Pierre Camou, le manager toulousain ne débarque pas totalement dans l’inconnu ; il n’aura pas à changer le registre qui a fait sa réussite et sa renommée. «Je vous le garantis qu’ils (les joueurs) vont donner le meilleur. Ils vont y laisser leur peau.» dit-il. Exigeant, intransigeant avec lui-même et avec les autres, il a  déjà serré les boulons autour des Bleus qui sont priés de redevenir des joueurs de rugby et de se concentrer sur les choses du terrain. Sans perdre de temps, il a restauré l’autorité qui faisait défaut.  

Le premier match du Tournoi, avec ces Italiens qui nous tendent si généreusement les bras, n’aura pas valeur de vérité absolue. Il préfigurera simplement l’avenir d’un XV de France qui mettra longtemps avant de retrouver son rang. N’empêche, les promesses devront être honorées : celles d’un engagement sans faille, une ligne directrice enfin claire, de l’audace et un goût pour l’attaque, nous ne demandons finalement rien de plus qu’un peu d’air frais et de sourires. Et si les Bleus pouvaient éviter à Guy Novès d’imiter Daniel Dubroca, seul sélectionneur a avoir débuté son mandat par une défaite, la cause serait entendue… 

 

Emmanuel Massicard
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