L’acte fondateur

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    L’acte fondateur
Publié le , mis à jour

Un temps chahutés, les Bleus sont allés puiser au plus profond d’eux-mêmes pour trouver les leviers d’une rébellion longtemps improbable. Et s’ils trouvaient, dans ce scénario favorable, les fondations d’une construction pérenne ?

Évidemment la question a été posée à Guy Novès, une petite demi-heure après la rencontre dans l’auditorium du Stade de France. Évidemment, le sélectionneur y a répondu par la prudence, face aux micros et dos à ces sacro-saintes affiches publicitaires. « Guy, bonjour ». « Bonjour ». « Sur l’essai de Maxime Médard, il y a eu de belles scènes de joies, comme on en avait plus vu depuis longtemps en équipe de France. Il y a eu ces Marseillaises du public, ce tour d’honneur au terme de la rencontre… Sont-ce des moments charnières dans la construction de l’équipe ? ». « J’étais heureux de voir ces jeunes gens heureux. C’est le fruit d’un gros travail collectif, des joueurs et de tout le staff. […] Est-ce la construction d’un avenir ? Honnêtement on le saura que dans quelques semaines. Par expérience je sais qu’il vaut mieux garder les pieds sur terre ».

Les promesses du lendemain

On aurait été surpris d’une réponse plus frondeuse. Bien dans son costume, le sélectionneur savait que son équipe, euphorique en fin de rencontre, venait de frôler par deux fois la correctionnelle sur la pelouse du Stade de France. Qu’il s’en est joué d’un drop de Parisse ou d’un peu plus de réalisme irlandais en première période pour que les sourires, irradiants, se transforment en ces grimaces souffreteuses qui ont pollué le cauchemar de l’ère Saint-André. Si peu et finalement beaucoup. Au moment du premier bilan improvisé, à chaud sur la pelouse, Guirado rassemblait ses hommes autour de lui. Pas que les quinze qui ont fini la rencontre. Les titulaires sortis en cours de match, les entraîneurs, ceux qui s’étaient échauffé le corps avant de se brûler la voix (les fameux 24e, 25e et 26e hommes) étaient également là. Tous. Il fut d’abord question de plaisir. « Il y avait cette envie de féliciter tout le monde. Pas seulement les titulaires et le groupe de 23 mais tous ceux qui ont participé à cette victoire et à la préparation de ces deux premiers matchs. Les 31 joueurs, les entraîneurs, le staff technique et médical… » raconte Damien Chouly. Il fut ensuite question de l’avenir. Pas d’un grand chelem hypothétique, ni d’un règne de la terreur sur l’Europe du rugby. « Cela ne fait même plus partie de mon vocabulaire », ironisait le capitaine clermontois. Il y a trop longtemps que ces rêves sont des gros mots pour le rugby français. Simplement de l’envie se retrouver, dans une semaine, pour poursuivre à Cardiff l’aventure entamée sous de beaux auspices.

La chance des nouveaux

En attendant, c’est l’heure du premier bilan, la figure imposée du genre. Celle des émotions, des envies et des rêves sans quoi le sport professionnel, entreprise de spectacle, n’aurait finalement que peu de raisons d’exister. En rugby comme ailleurs, on vit, on s’emballe et on tire quelques plans sur la comète. Analyse de ce premier bloc de deux matchs dans le Tournoi des 6 Nations 2016 ? Deux victoires. C’est net, arithmétique et sans l’ombre d’un débat. Surtout, les Français auront trouvé dans ce deuxième succès de belles raisons de croire en leur destin.

Premières d’entre elles, cette conviction de ne rien lâcher, quand la première de jeu ne devrait leur laisser que peu d’espoirs. Ces allants d’entreprise, parfois à l’excès et à l’encontre d’une pluie qui mouillait les mains et souillait le jeu. Et cette bonne étoile qui, pour l’instant, les accompagne, malgré les imprécisions persistantes, les quelques fautes de goût et la balance des scénarios très nettement en bascule de leur côté. Autant de raisons de voir dans cette victoire étriquée l’esquisse d’un acte fondateur. On rêve ? Peut-être. Mais cela faisait si longtemps…

Léo Faure
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