Georges Duzan : « Ces écarts ont toujours existé »

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    Georges Duzan : « Ces écarts ont toujours existé »
Publié le , mis à jour

Interrogé quant aux dérives du rugby amateur, le patron des compétitions fédérales assure la Fédération lutte contre celles-ci qui, grâce à plus de transparence, sont aujourd’hui mieux contrôlées que par le passé.

Les écarts financiers ou sportifs qui se creusent au sein de la Fédérale 1, 2 ou 3, inquiètent-ils la Fédération ?

Ces écarts ont toujours existé. Personne ne s’en souvient, mais en 1925 le chapelier de Quillan avait monté, quasiment du jour au lendemain et avec beaucoup d’argent, une équipe professionnelle. Dans la foulée, le club était devenu champion de France. Ces disparités ont toujours existé. La différence, c’est qu’aujourd’hui la transparence des budgets et des gestions des clubs nous permet de mettre en lumière ces écarts.

Tout de même, certaines rencontres de Fédérale 1 se soldent par des scores incroyables, comme le dernier Nevers-Mauléon avec un 94 à 5…

Ce score ne reflète pas la différence sportive entre ces deux équipes. Cela vient juste du fait que quand des équipes comme Mauléon ou Agde se déplacent à Nevers, ils ne bataillent pas, ou moins que d’habitude. Vous savez, j’ai vu des matchs où Toulon prenait quarante points à une époque… Bien sûr, il y a environ deux grosses équipes par poule. Mais après, le niveau des autres formations reste homogène. Après tout, on ne compte que huit équipes qui sont au-dessus des autres dans tout le championnat de Fédérale 1 : 8 sur 40, ce n’est pas énorme.

Sur le plan de la sécurité, ne craignez-vous pas que des joueurs se blessent en affrontant des joueurs quasiment professionnels ?

Encore une fois, il arrive que des joueurs sous-jouent, c’est-à-dire qu’ils évoluent dans une division inférieure à leur niveau. Mais je ne m’inquiète pas pour les autres. Tous les joueurs de Fédérale sont préparés et s’entraînent régulièrement. Pour tout vous dire, il nous est même arrivé de sélectionner en équipe de France amateur des joueurs de Fédérale 2, 3, ou même d’Honneur !

Vraiment ?

Bien sûr, la semaine dernière, trois joueurs issus de Fédérale 2 ou 3 ont affronté les Irlandais : deux de Céret, et un de Périgueux. Et personne ne s’est blessé. Ce problème d’intégrité physique est un faux problème : les garçons s’entraînent, ils sont prêts. Il n’y a pas de grand méchant loup ni de petits agneaux en Fédérale 1.

Et si les écarts venaient à se creuser encore ?

Encore une fois, seuls huit clubs disposent de budgets conséquents. Et hormis Nevers qui est nettement au-dessus, les autres sont relativement homogènes… Et puis on ne peut pas interdire l’argent. Certains clubs de Fédérale 2 sont bien plus riches que d’autres en Fédérale 1… Mais c’est ainsi. Le système des licences blanches nous permet de contrôler ces dérives.

Rappelez-nous son fonctionnement ?

Chaque équipe est obligée d’aligner sur sept joueurs disposant d’une licence blanche sur la feuille de match. Pour avoir cette licence, le joueur doit avoir passé quatre ans dans le même club. Ce système est instauré depuis 2009 et permet de freiner les mouvements intempestifs de joueurs. Avant qu’il existe, une équipe comme Nevers aurait pu recruter directement une équipe complète sans avoir participé au développement de l’un d’entre eux. Ce système encourage à la fidélité, et évite la surenchère entre les clubs. Je sais que certains tentent de contourner la règle en mettant sur le banc une majorité de licences blanches… Mais cela revient au même : s’ils ne font pas tout pour faire progresser ces joueurs, ils affaiblissent leur banc et peuvent perdre face à des équipes plus complètes.

Venons-en maintenant au financier. L’année dernière, la FFR avait relevé plusieurs cas de tricheries concernant les indemnités kilométriques, les défraiements…

Ces tricheries existent, oui. Mais grâce au contrôle de la Fédération, elles sont mises au grand jour, et sanctionnées. Il y aussi le travail de l’Ursaaf, qui peut punir les clubs. Châlon-sur-Saône en a d’ailleurs fait les frais, à hauteur de 600 000 euros. En revanche, la Fédération ne travaille pas avec l’Ursaaf : nous ne faisons que mettre en garde les clubs sur leur gestion. Après, s’ils sont contrôlés, ils assument. Ce travail a permis d’assainir la Fédérale 2, et la Fédérale 3. Il reste encore quelques clubs en Fédérale 1 qui posent problèmes.

C’est-à-dire ?

Il y a trois profils de clubs en Fédérale 1 : il y a les gros budgets, puis les autres. La majorité de cette seconde catégorie est sage et raisonnable : ils se maintiennent, parfois se qualifient, ou parfois descendent, avant de remonter. Ils vivent avec leurs moyens. C’est le troisième groupe qui pose problème : celui des clubs qui veulent faire comme les gros budgets, mais qui n’ont pas les moyens de leurs ambitions. Ceux-là recrutent avec de l’argent qu’ils n’ont pas. Mais je ne suis pas inquiet. À terme, la Fédérale 1 sera elle aussi assainie.

Croyez-vous que l’avenir passera par une division de la Fédérale 1, avec la création d’une troisième division professionnelle ?

C’est une piste à creuser en effet : on pourrait l’appeler Pro D3, ou une « Élite Open ». C’est même pour cela que nous avons ouvert les candidatures pour le championnat de la montée : mais sur douze, nous nous sommes aperçus que seuls huit ont rempli les critères : nous n’avons donc que huit clubs amateurs potentiellement professionnels… soit même pas de quoi faire une poule de dix ! Si l’on envisage une refonte du Pro D2, avec 3 ou 4 équipes qui pourraient redescendre, c’est envisageable. Mais seulement à moyen terme, et encore…

Vous en doutez ?

Oui, car même si nous avions une poule à quatorze équipes, cela représenterait des déplacements énormes. Mais surtout, je me demande si le tissu économique de notre pays est suffisamment dense pour faire vivre quarante équipes professionnelles… Même en Pro D2, de nombreuses équipes peinent à boucler leurs budgets. En Angleterre, on ne compte pas quarante équipes professionnelles. La France peut-elle le faire ? Je l’ignore.

Simon Valzer
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