Destination danger

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Publié le , mis à jour

Ce déplacement à Cardiff, sous le toit des grands favoris du Tournoi, est celui de tous les dangers. Alors, la Bleusaille survivra-t-elle aux morsures du « Warrenball » ?

«Warrenball ». Ils détestent ouvertement le terme. Gatland dit de lui qu’il ne correspond à rien. Rob Howley, son adjoint, assure que le projet gallois est même autrement plus amphigourique qu’un grossier jeu de quilles emmené par quinze brutes. N’en déplaise à Mario Ledesma, lequel nous confiait lundi soir, un rien goguenard : « Comment définirais-je le « Warrenball » ? Hmm… Un truc de dingues te lançant en pleine tronche des mecs de 110 kg ! » Il n’y a plus d’hommes forts, depuis que les Chinois ont inventé la poudre. Il y a néanmoins, au centre de l’attaque galloise, un titan à tête plate sur lequel repose l’essentiel de la stratégie galloise : Jamie Roberts. L’ancien Racingman, dont le passage dans les Hauts de Seine fut pour le moins quelconque, a été déplacé du poste d’arrière à celui de centre par Warren Gatland en 2008, aux premières lueurs du règne de « Gat’s ». « Leurs destins sont étroitement liés, écrit Ian McGeechan dans les colonnes du Telegraph. Lorsque Roberts est en forme, dès lors qu’il gagne son duel sur le premier temps de jeu, le pays de Galles a neuf chances sur dix de remporter la partie. » Afin de placer le toubib dans des conditions idoines, on demande généralement à Dan Biggar de jouer très près de la ligne d’avantage : car le premier choc est vital. Le reste ? Il est ainsi expliqué par McGeechan, ancien patron de Gatland chez les Lions britanniques : « Les Gallois ciblent d’abord les zones A et B, toutes deux situées près du ruck. Ils déroulent ensuite un jeu à une passe où les porteurs ont un objectif : éliminer leur vis-à-vis. » En l’occurrence, l’écossais emploie le verbe « éliminer » comme on utiliserait « détruire » ou « fracasser », tant le « Warrenball » vise, par ces très longues séquences à une passe, à désengorger le centre du terrain, carrefour traditionnel de tous les trafics. Une fois ce travail de destruction massive accompli, deux options s’offrent alors aux Diables Rouges : la première demande au joueur le plus rapide du triangle d’attaque (Liam Williams) d’intervenir dans l’axe pour jouer ses duels face à des avants à la traîne ; la seconde exige des troisième ligne Toby Faletau et Sam Warburton, restés sanglés à la ligne de touche, qu’ils créent un déséquilibre face aux trois-quarts adverses, volontiers plus légers. « Le « Warrenball » est donc plus complexe qu’on ne le croit, analyse Clive Woodward dans les colonnes du Daily Mail. Il requiert des joueurs lourds et puissants, certes. Mais il reste avant tout un système très élaboré, où le rôle de chacun est très précis. » Jusqu’ici, le joujou de Gatland a permis au pays de Galles de remporter deux grands chelems (2008 et 2012), d’accrocher une demi-finale de Mondial (2011) et de fesser le XV de France lors des quatre dernières saisons. Et à l’hiver 2016, on a du mal à croire que la Bleusaille soit vraiment capable d’inverser la tendance..

Mission impossible ?

Car « Warrenball » fait des victimes. Même dans les propres rangs du sélectionneur Néo-Zélandais qui, à la tête des Lions britanniques en 2013, avait sacrifié sa sainteté O’Driscoll sur l’autel du duo de concasseurs Davies-Roberts. Chez les adversaires, idem. La dernière fois que Plisson a croisé sa route, il fut à ce point secoué par les charges de rhinocéros de Jamie Roberts qu’il dut céder sa place à Rémi Tales, plus robuste, en cours de match (27-6). « Quand tu prends des avions dans la tête pendant quatre-vingts minutes, ça fait réfléchir et avancer », confiait-il mardi soir. La dernière fois que les Bleus ont joué à la baballe avec le replet Gatland (20-13), le Goret piqua la plus grosse colère de son triste mandat, lynchant dans un accès de rage ces « starlettes » du XV de France, foutrement incapables de rivaliser avec les ambassadeurs de provinces pourtant à l’agonie. Alors, quoi ? Doit-on dès aujourd’hui se résoudre à quitter Cardiff entre quatre planches ? Est-il à ce point inconcevable de penser que cette équipe de France, tout à la fois courageuse, déterminée, maladroite et bordélique lors de ses deux précédentes sorties, puisse vaincre où ses aînés n’ont plus gagné depuis six ans ? De son côté, Clive Woodward assure que le « Warrenball » n’est pas infaillible. « Les longues séquences sur la largeur monopolisent les joueurs les plus puissants du cinq de devant gallois. Ceux-ci ont dont interdiction d’utiliser plus de deux joueurs sur une phase de déblayage. » C’est primaire et peu Super Rugby, on vous l’accorde. Mais pour les Bleus, l’art du « contre-ruck » pourrait ainsi contraindre les avants gallois à revoir leurs ambitions à la baisse. Autre chose, Sir Clive ? « En défense, l’ailier Cuthbert monte très haut et a tendance à découvrir le fond du terrain », laissant la possibilité au numéro 10 d’en face de jouer, au pied, dans un no man’s land.

Au crépuscule du dernier Mondial, Mario Ledesma -aux commandes des avants australiens- nous confiait enfin que la bande à Gatland avait toutes les peines du monde à basculer sur un plan B, dès lors que le « Warrenball » n’avait pas les effets escomptés sur la défense adverse. Au Royaume Uni, les Wallabies avaient cet après-midi-là fait preuve d’une résilience défensive (92 % de plaquages réussis) comparable à celle déployée par les Tricolores face à l’Irlande (94 % de plaquages réussis). C’était quand, déjà ? C’était il y a quinze jours, il y a des lunes, il y a un siècle. C’était avant, surtout, que la quinzième journée du Top 14 esquinte des corps qui délaissaient une guerre pour en rejoindre une autre.

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