Faut-il avoir peur des Gallois ?

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    Faut-il avoir peur des Gallois ?
Publié le , mis à jour

La dernière victoire du XV de France face au pays de Galles date de 2011. C’était au soir d’une demi-finale de Coupe du monde en Nouvelle-Zélande. Depuis, les Bleus se sont constamment heurtés à une équipe bien mieux organisée et dont le système défensif, entre-autres, les a souvent contrariés. Décryptage des enjeux techniques de la rencontre de vendredi.

Qu’est-ce que la « Rush défense » des Gallois et en quoi est-elle difficile à contourner ?

Les Gallois pratiquent « la défense inversée » (rush défense) marquée par des montées défensives éclair des centres ou des ailiers sur les sorties de ballons adverses, pour couper les extérieurs. Un système théorisé par Shaun Edwards, ex-joueur de rugby à XIII et entraîneur-adjoint en charge de la défense dans le squad gallois. Cette « rush défense », c’est donc la marque de fabrique du rugby gallois. « Elle (N.D.L.R. : la « rush défense ») est pénible car elle coupe les extérieurs et force à prendre les décisions encore plus vite, souligne Jules Plisson l’ouvreur des Bleus qui sera en première ligne ce soir pour faire face aux montées agressives de Roberts et ses partenaires. Une bonne communication s’impose donc. Les joueurs à côté de moi doivent me dire très vite quel joueur adverse va couper la ligne. » Et pour cause. Selon l’endroit du terrain, le défenseur identifié pour sortir de la ligne peut changer, même si souvent le deuxième centre est désigné. Seulement, la caractéristique d’une telle défense, c’est aussi de se tenir très près de la zone de ruck et de combler les espaces laissés libres dans un second temps…

Le jeu au pied dans le deuxième rideau est-il une option offensive pour le XV de France ?

La « rush défense » a forcément ses limites. D’abord, en densifiant le premier rideau défensif, notamment avec la présence du demi de mêlée Gareth Davies, les hommes de Warren Gatland désertent souvent le deuxième rideau. Ensuite, une défense dont les montées sont agressives se retrouvent forcément à contre-courant d’un jeu au pied par-dessus parfaitement exécuté. « C’est une alternative parmi d’autres, a souri Jules Plisson mardi lors de sa venue en conférence de presse à Marcoussis. Si nos coups de pied par-dessus ne sont pas bien réalisés ou s’ils arrivent à lire la situation, ils peuvent nous placer de bonnes contre-attaques. » Certes, mais assurément, les Bleus, si les situations se présentent, sauront user de cette option. Interrogé sur le sujet mercredi soir en conférence de presse, le sélectionneur Guy Novès a d’ailleurs répondu, avec toute l’habileté qu’on lui connaît : « On attend un match plus équilibré dans l’alternance ». Traduction : il y a aura peut-être, si les situations le réclament, un peu plus de jeu au pied, qu’il soit rasant au par-dessus.

Pourquoi jouer des renversements face à une « rush défense » peut-il être pertinent ?

L’une des caractéristiques de la défense inversée est de constamment alimenter dans le sens du jeu. Objectif : toujours avoir un nombre de joueur suffisant pour assurer une montée agressive. Sauf que. A contrario, dans le côté fermé, parfois un peu délaissé, la défense se pratique plus en contrôle. Alors, les Gallois acceptent plus facilement de reculer et de laisser jouer l’adversaire dans l’avancée. Pour les Bleus de Guy Novès, la piste à suivre tient probablement au cœur des 25 dernières minutes face à l’Irlande. Ce jour-là, face à une défense aux caractéristiques relativement proches, les Bleus ont trouvé la solution en inversant constamment le sens du jeu. « Mais peut-être que les Gallois ont vu justement que nous avions joué beaucoup de renversement contre l’Irlande, a souligné l’ouvreur Jules Plisson. Peut-être resteront-ils plus nombreux dans le côté fermé. On va le découvrir pendant le match. » Alors, d’autres pistes seront à explorer.

Pourquoi jouer à base de redoublée ou dans le dos du premier attaquant est aussi une option ?

Pour le coup, c’est la marque de fabrique de l’Irlande. L’animation offensive mise en place par Joe Schmidt, véritable copier-coller de celle qui a sacré le Leinster sur le toit de l’Europe, est clairement définie et parfaitement identifiable. Cette stratégie, c’est ce jeu devant la défense à base de passe redoublée que l’ouvreur Jonathan Sexton affectionne. Ce dernier a d’ailleurs tenté de l’exporter au Racing 92 au cours de son passage en France. Avec une réussite toute relative. Mais force est de souligner combien les Irlandais peuvent se révéler efficaces dans ce canevas. Passer par un relais proche du demi de mêlée ou du demi d’ouverture avant de resservir l’un des deux contraint l’adversaire à ralentir sa montée défensive. La raison ? « Il y a tellement de vitesse dans l’exécution que cela crée de l’incertitude dans la défense, assure l’ancien sélectionneur du XV de France Pierre Berbizier. Le joueur qui redouble peut donner à un soutien intérieur ou extérieur, ou rendre le ballon au demi d’ouverture ou au demi de mêlée. En fonction des blocs mis en place, les solutions sont multiples. » Et crée l’incertitude au cœur de la défense adverse. Étrangement, mardi dernier, les Bleus se sont employés à l’entraînement à travailler cette stratégie…

Arnaud Beurdeley
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