Naturalisations rugbystiques : ce n’est pas nouveau

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    Naturalisations rugbystiques : ce n’est pas nouveau
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 Les joueurs sélectionnés dans un autre pays que le leur ont toujours existé. Et l’International Board laissa longtemps faire. Ca faisait même partie d’une certaine tradition.

La question des naturalisations agite de plus en plus le Landernau du Rugby. Certains s'insurgent contre ces internationaux français formés loin de l'hexagone, d'autres s'y résignent avec fatalisme. Mais la pratique n'est pas si nouvelle. Elle existait même avant le passage au professionnalisme. Les équipes britanniques ont toujours largement pratiqué l'enrôlement bienveillant de joueurs venus d'ailleurs. En 1925, l'ailier de l'équipe d'Ecosse qui avait réussi le Grand Chelem s'appelait Ian Smith. Il marqua cette année-là huit essais dont un quadruplé contre la France , un record qui tient toujours. Ce Smith en question était né à Melbourne, avait passé son enfance à Nouvelle-Zélande et avait débarqué en Grande-Bretagne pour faire ses études à Winchester, puis à Oxford, en Angleterre donc. Il avait revêtu le maillot frappé du Chardon en raisons de ses ascendances . Nation pauvre en nombre de pratiquants, l'Ecosse a toujours largement utilisé ce subterfuge en alignant des joueurs formés en Angleterre mais riches d'un ancêtre écossais. David Sole, le pilier gauche capitaine du Grand Chelem 1990 était né à Ayesbury en Angleterre et jouait pour Bath. On en fit pourtant le symbole de toute une nation. Plus près de nous, le deuxième ligne Jim Hamilton ou les frères Evans étaient aussi des purs produits des collèges anglais. Les irlandais ne se sont pas d'avantage gênés. Le centre Rob Henderson (passé brièvement par Toulon), un temps partenaire de Brian O'Driscoll chez les Verts et chez les Lions était lui aussi né et formé en Angleterre (à Douvres) et joua pour les Wasps et les London Irish avant de rejoindre le Leinster et le Munster. On se souvient même d'un certain Dion O'Cuinneagain, nom gaélique par excellence, qui porta à 19 reprises le maillot frappé du trèfle à la fin des années 90. Lui venait d'Afrique du Sud et fut formé à la Western Province. Même le pays de Galles y eut recours, malgré son image qui colle au rugby terroir. Qui se souvient que Colin Charvis le troisième ligne métis des années 90 était né en Angleterre et apprit le rugby dans un collège de Londres ? L'Angleterre et sa masse de joueurs joua souvent le rôle de mère nourricière pour les trois nations celtes. Mais elle céda à la tentation elle aussi. Le demi de mêlée Dewi Morris de l'ère Will Carling se voulait autant gallois qu'anglais et chantait le « Land of my Father ». En fait, entre les pays britanniques, les frontières ont toujours été poreuses et les nationalités un peu incertaines. Les noms se ressemblent et puis l'esprit de l'amateurisme aidant, on trouva longtemps normal qu'un joueur ait le droit de jouer pour qui il voulait par respect pour ses ancêtres . Il y avait aussi une tolérance vis à vis de l'Irlande et de l'Ecosse qui représentaient un rugby sans énorme base populaire. Tout le monde comprenait bien que le recrutement de quelques « exilés » profiterait à tout le monde. Le Tournoi, puis la Coupe du Monde avait besoin de participants crédibles sur le plan sportif. Après tout la France comptait un Anglais (Crichton) et un Américain (Muhr) dans ses rangs le jour de son tout premier test match en 1906.

 

Un Américain et un Anglais avec la France en 1906

 

Mais autrefois, on sélectionnait aussi des joueurs parce qu’ils vivaient dans un autre pays que le leur à l’instant T. Ce fut le cas de Jamie Salmon un Anglais qui fut All Blacks dans les années 80 avant de repartir jouer pour le XV de la Rose : une rareté. Personne d’autre n’a jamais porté les deux tuniques dans sa vie. John Gallagher, l’arrière des Champions du monde 1987 était né et éduqué en Angleterre. Il ne s’était établi en Nouvelle-Zélande que dans le cadre d’un échange d’équipes de jeunes . Et l’Australie qui signa un grand Chelem retentissant en 1984 en Europe. Son pilier gauche était un Argentin, le fameux Topo Rodriguez, treize fois sélectionné chez les Pumas avant de revêtir le maillot des Wallabies à 32 ans. L’International Board ne légiférait pas sur cette question à l’époque. Tout se passait donc à la bonne franquette car on avait l’impression que ces sélections étaient improvisées. Evidemment à partir des années 2000, les choses ont un peu changé. Et le fait de voir des joueurs formés dans des pays pauvres, aux Fidji notamment, endosser des maillots européens, australiens ou néo-zélandais à quelque chose de plus dérangeant. On a parfois l’impression d’assister à un pillage organisé. L’IRB essaie depuis quinze ans de mettre des barrières pour le limiter au maximum.

Jérôme Prévot

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