La tournée du patron

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    La tournée du patron
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Jean-Baptiste Péjoine - Demi de mêlée de Brive Arrivé au club en 2001, il effectue sa quinzième saison au CABCL et sera encore présent lors du prochain exercice. Le numéro 9 a tout connu en Corrèze : Pro D2, Top 16, Top 8, Grande Coupe d’Europe. Il va entrer dans l’histoire briviste, en égalant le nombre de matchs disputés sous le maillot noir et blanc (263), samedi, contre Toulouse.

« Je peux te rappeler. J’arrive au travail et je dois regarder quelques dossiers. » Il est 17 h 30, un mardi après-midi et Jean-Baptiste Péjoine vient de sortir de l’entraînement. Il a quitté son short et ses crampons pour enfiler le costume de chef d’entreprise. Le demi de mêlée du CABCL mène une double vie. Depuis plusieurs années maintenant. « Je n’ai jamais aimé faire la sieste », plaisante cet hyperactif. Depuis l’été 2013, avec deux associés, il est à la tête d’une structure loisirs de 4 000 m2 comprenant de nombreuses activités pour petits et grands. Un projet pharaonique mais il n’en est pas à son coup d’essai. L’idée de mener de front une carrière sportive et une activité professionnelle « classique » a germé lors de la saison 2010-2011 qui s’est résumée à trois minutes de jeu lors du match d’ouverture face au Racing. Blessé sérieusement à un genou, il n’a pas refoulé une pelouse de la saison : « Je me suis posé beaucoup de questions. Qu’est-ce que je vais devenir, est-ce que je vais bien revenir, est-ce que ce n’était pas le dernier match de ma carrière ? Alors tout de suite, je me suis projeté sur autre chose. Et c’est depuis ce moment-là que j’ai décidé de penser à l’après carrière sans attendre la fin de celle-ci. Jusqu’à cette époque-là, j’étais associé au Café de la Poste mais mon investissement personnel était minime. À partir de cette année-là, je m’y suis beaucoup plus consacré. » Le Café de la Poste, un lieu repris notamment avec Damien Chouly et Jean-François Barrat. Un choix loin d’être anodin pour Jean-Baptiste Péjoine : « J’ai eu cette opportunité. C’est un endroit mythique de Brive, qui a notamment appartenu à Alain Penaud. Donc je me suis dit que ce serait sympa et que l’aventure humaine pourrait être intéressante. » Alain Penaud, l’ouvreur briviste aux 32 sélections, n’est pas un joueur comme un autre pour Jean-Baptiste Péjoine. « C’était mon idole quand j’étais jeune. Quand je jouais encore au Stade bordelais, je me souviens encore d’une interview où j’avais répondu qu’il était mon joueur préféré. Même si je ne suis pas né en Corrèze, toute ma famille est d’ici et Brive a toujours été mon club de cœur. Alain Penaud, c’était la star du CAB, un ouvreur atypique et il était international. » Il ne pensait pas alors qu’il égalerait un jour son idole dans l’histoire du club en nombre de matchs joués sous le maillot noir et blanc (263).

D’autant plus inimaginable que la carrière de Jean-Baptiste Péjoine à Brive n’était pas programmée. Après trois années de sport étude à Bayonne « avec Pierre Perez, qui nous a tant apporté. Il nous a appris à ne pas être que des bons joueurs de rugby », il prend la direction du Stade bordelais où il fait ses gammes pendant deux saisons. Il souhaite alors rejoindre un club de première division et son transfert chez le voisin béglais paraît évident. « Je devais signer mais le dialogue entre les deux clubs n’était pas simple à l’époque et finalement, ça n’a pas pu se faire. Mais de mon côté, je m’étais engagé à quitter le Stade bordelais. Mon arrivée à Brive n’avait rien de logique. ça s’est fait par hasard. Je cherchais un club et j’ai réussi à avoir un entretien avec Didier Faugeron. Il m’a dit que je pouvais venir mais qu’il avait déjà ses trois demis de mêlée pour la saison suivante. » L’international australien Sam Payne, Valentin Courrent et Mathieu Farfart sont déjà là, mais Jean-Baptiste Péjoine finit par gagner du temps de jeu, remerciant encore Alain Penaud pour sa bienveillance, prenant la gestion du jeu à son compte, lui permettant de se concentrer sur son rôle d’éjecteur. Tout au long de sa carrière en Corrèze, il a dû composer avec la concurrence. Par la suite, il a eu droit notamment à l’international anglais Shaun Perry, ou l’international écossais Mike Blair. Mais cela ne l’a jamais effrayé. Demandez à Blair qui a regardé depuis le banc de touche la finale d’accession au Top 14 remportée face à Pau en 2013.

Une vie de groupe

Depuis son arrivée au club, Jean-Baptiste Péjoine a tout connu : la deuxième division, une première montée en Top 16 - « Avec une ligne de trois-quarts qui envoyait du jeu de partout, où l’on faisait ce qu’on voulait avec Penaud, Laharrague, Le Roux et des mecs géniaux devant comme Capdevielle, Bonvoisin et Azoulai qui ont marqué l’histoire du club. Une année où nous battons le Stade français, futur champion, à cinq reprises » - une descente en Pro D2 entérinée après une défaite à domicile face à Bordeaux - « Mon plus mauvais souvenir. Mais je me souviens aussi des joueurs réunis au fond du vestiaire et cette promesse de rester au club pour l’aider à remonter. Ils sont aujourd’hui récompensés de leur choix. » - Puis la finale d’accession en Top 14, et le retour au plus haut niveau, le stress du maintien. Il a connu les périodes bling-bling en termes de recrutement et la politique actuelle - « Avant, ça marchait moyennement bien. Le recrutement n’était pas adapté à notre budget. Aujourd’hui, je tire mon chapeau aux dirigeants et au staff qui trouvent des joueurs qui collent à notre état d’esprit, apportant l’équilibre à notre équipe. Ils réalisent un super travail avant même le début de la saison. » Enfin, une atmosphère sereine, une stabilité nouvelle et un groupe uni : « Je joue au rugby par passion et j’espère jouer le plus longtemps possible. Avec le groupe actuel, nous avons vécu des choses très fortes, des choses que je n’avais pas vraiment connues avant car nous avions délaissé certains aspects du rugby auparavant. Aujourd’hui, vous savez qu’en arrivant à l’entraînement, vous allez vous marrer. »

Une vie de groupe qui a été le moteur de sa dernière prolongation de contrat qui le conduira jusqu’en juin 2017, d’autant plus qu’il prend toujours énormément de plaisir : « C’est quand j’ai eu 30 ans que j’ai le plus progressé. Quand j’ai commencé à courir moins vite, j’ai beaucoup plus réfléchi sur le jeu, sur la vision, sur le rapport aux autres joueurs. » Alors, même si ses journées sont bien remplies et si sa reconversion professionnelle paraît assurée, Jean-Baptiste Péjoine n’est pas prêt à quitter le monde du rugby. « Je n’exclus pas d’entraîner. Après ma carrière, j’ai encore envie d’apporter à ce club. Si l’opportunité se présente, ce sera quelque chose de positif. Nous en avons déjà un peu parlé avec Nicolas Godignon. J’ai commencé le rugby à l’âge de 6 ans. Je vais arrêter, j’en aurai 37. J’ai joué trente ans au rugby et même si je n’ai pas fait que des bons matchs, j’ai quand même un regard sur ce sport et son évolution. Pouvoir transmettre ça aux joueurs, aux enfants, aux éducateurs, ce serait sympa. » D’ici là, Jean-Baptiste Péjoine aura explosé le record d’Alain Penaud. D’ici là, il espère écrire une nouvelle page de l’histoire du CABCL en jouant une phase finale : « J’espère que cette saison sera encore plus aboutie. Nous nous sommes mis dans les dispositions de pouvoir y prétendre. Si on reste sérieux, on peut être dans le sprint final. » Tant pis si Teddy Iribaren a bousculé la hiérarchie : « Il apporte beaucoup à l’équipe avec un jeu direct qui plaît aux supporters. Il est efficace et tant mieux pour l’équipe si cela peut nous permettre de nous qualifier. » Le joueur du CABCL en serait ravi, le patron de café a néanmoins une requête sur le ton de la plaisanterie : « Quitte à nous qualifier, je préférerais disputer un barrage à domicile. Ce serait une belle fête à La Poste. »

Nicolas Augot
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