Duels aériens : un mal français ?

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    Duels aériens : un mal français ?
Publié le , mis à jour

Dominés dans les airs au pays de Galles, les Bleus et leur staff ont évoqué un problème « culturel » pour expliquer la débâcle. Argument crédible ? Oui. Mais pas forcément pour les raisons que l’on croit…

Le trophée d’homme du match offert à l’arrière gallois Liam Williams était exempt d’ambiguïté, tout comme le discours du staff tricolore. Au-delà de leur inefficacité près des lignes, c’est surtout le combat des airs qui a privé les Bleus d’un résultat positif au pays de Galles, particulièrement en première période où les Diables rouges ont remporté tous les duels. « Nous avions travaillé en conséquence et malgré tout, le jeu au pied gallois nous a systématiquement mis en danger, analysait l’entraîneur des trois-quarts Jeff Dubois. A contrario, quand nous l’avons fait, nous n’avons pas récupéré les ballons. » L’explication, pour « justifier », ou plutôt rationaliser pareille débâcle ? Elle est venue de la bouche du sélectionneur Guy Novès. « Il faut se poser les bonnes questions. Dans certains pays, le jeu aérien est primordial dans la formation du joueur. Chez nous, ce n’est pas forcément vrai. C’est pourquoi j’encourage nos joueurs à travailler cet aspect dans leurs clubs… Si vous tombez sur un joueur qui mesure deux mètres de haut et que vous faites un mètre soixante, vous aurez peu de chances de triompher. Mais dans le cas présent, il ne me semble pas que l’arrière gallois fasse deux mètres et 110 kg ! Pourtant, il a rayonné dans le secteur aérien. »

Lacunes techniques… ou stratégiques ?

Alors, la formation des joueurs français est-elle en question ? Pour tout dire, en partie seulement. De tout temps, le rugby français a produit des joueurs à l’aise sous les ballons hauts, et en regorge encore. Des garçons comme Brice Dulin ou Geoffrey Palis, par exemple, n’ont rien à envier à leurs homologues étrangers dans ce secteur, tout comme Médard dans un bon jour. En revanche, c’est surtout au niveau de l’aspect collectif de la préparation stratégique du jeu au pied, et la mise sous pression de l’adversaire, que le rugby français connaît un certain retard… « Je suis d’accord sur le fait qu’il y a un manque d’éducation dans notre rugby par rapport au jeu aérien, constate le manager clermontois Franck Azéma. Ce n’est pas un geste plus compliqué qu’un autre, mais il n’est pas vraiment valorisé. Mais c’est surtout l’aspect stratégique autour du « comment retourner la pression » qui ne fait pas vraiment partie de notre culture… Peu de temps y est consacré. »

Trop peu ? Il faut le croire… Précurseur dans le rugby français en matière d’organisation des « traques » après jeu au pied, l’ASMCA de Franck Azéma avoue sans ambages le devoir à une influence extérieure. « À Clermont, nous y accordons de l’importance car, pour avoir affronté pendant trois ou quatre ans les Saracens, nous en avons tiré des leçons. L’arrivée de David Strettle a été importante pour nous. Nous cherchions un ailier, mais le fait qu’il ait évolué chez les Saracens a vraiment été déterminant dans ce choix. Il nous a amené certains trucs, et confirmé ce que nous pensions. » À savoir qu’au-delà des qualités individuelles dans les duels aériens, la mise en situation collective des joueurs est tout aussi importante, mais trop souvent négligée par les Français…

Pression collective insuffisante, réceptions facilitées

Inutile de chercher ailleurs, à la vérité, les raisons profondes de la domination des Gallois dans les airs voilà dix jours. Mieux rodés, les hommes de Gatland ont su organiser leurs jeux de pression par des temps de jeu préparatoire, visant à isoler les joueurs français présumés « faibles » et à leur opposer leurs meilleurs éléments dans les airs, à savoir l’arrière Williams mais aussi les ailiers North et Cuthbert, sans oublier les chandelles de Biggar pour lui-même. En comparaison, les Bleus n’ont jamais semblé maîtriser collectivement ce jeu d’échecs collectif, leurs coups au pied retombant systématiquement sur Williams et Biggar, sans pression suffisante à la retombée (lorsque celle-ci n’était pas carrément absente, notamment sur l’aile de Vakatawa). De quoi faciliter la tâche des Gallois, et exacerber l’impression de supériorité technique de ces derniers… L’axe de travail pour l’Écosse semble ainsi tout trouvé. Car si les Bleus peuvent faire valoir comme circonstance atténuante un temps de préparation insuffisant pour la rencontre de Cardiff, ils n’auront plus cette excuse dimanche à Murrayfield.

Nicolas Zanardi
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