"On se moque du rugby amateur"

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    "On se moque du rugby amateur"
Publié le , mis à jour

Saint-Girons accueille Saint-Gaudens-Luchon dimanche pour le compte de la 18e journée du championnat Honneur Midi-Pyrénées. Un derby, une fête, du monde… Problème dimanche, il y a aussi Ecosse-France à la télé…

Dans le rugby amateur, on appelle cette figure de style un derby ou une affiche, peu importe le niveau pourvu qu’on fasse le plein, peu importe le champion pourvu qu’on ait la liesse. C’est ainsi que l’on prépare la réception ici, à Saint-Girons, ce dimanche après-midi, en Ariège, du voisin, ou plutôt du cousin, haut-garonnais, le stade saint-gaudinois luchonnais XV. C’est qu’ici l’histoire entre Couseranais et Commingeois a son importance. Louis Gargallo, ancien trois-quarts centre de Saint-Girons, papa d’Olivier, lui aussi ancien trois-quarts centre de Béziers, Castres ou Toulouse nous éclaire sur l’importance de ces rencontres dominicales : « C'est un derby entre parnthèses parce que l'on se connaît bien mais il y avait beaucoup plus de rivalités à l’époque entre Saint-Girons et Foix. Aujourd’hui ce n’est pas la même chose. Mais c'est vrai que ce sont des matchs importants dans une saison, des rendez-vous. Le problème c'est qu'en programmant du Top 14 ou des matchs de l’équipe de France le dimanche, la Ligue, la FFR ou la Fédération internationale se moquent du rugby amateur, lui manquent de respect. A lui, aux bénévoles, aux amateurs de ce sport. Vous imaginez, en plus, si le mauvais temps s’y met, le supporter préfèrera rester chez lui sur son canapé, c’est évident. »

On voudrait réduire à néant les efforts de tous ces bénévoles, on ne s’y prendrait pas autrement. Déjà bousculés par des difficultés financières qui grèvent lourdement les budgets, les clubs amateurs n’avaient pas besoin d’une nouvelle salve du monde professionnel pour chanceler plus dangereusement encore. « J’ai 63 ans et je m’aperçois que les mentalités ont bien changé. Je n’ai rien contre le rugby professionnel, au contraire. Je suis même resté à son contact, j’ai suivi la carrière de mon fils Olivier, je vais toujours voir le Stade toulousain de temps en temps mais il ne faudrait pas que nos dirigeants ou les présidents de clubs de l’élite perdent la tête et oublient de penser aux petits. On crie misère pour trouver des joueurs en équipe de France mais s’il n’y a plus de petits clubs, il n’y a plus de joueurs. »

Et au moment d’évoquer ce qui fait le sel de cet attachement jamais démenti à ce sport, Louis se laisse aller à une confidence : « Vous savez ma mère a 94 ans, elle connaît encore très bien tous les joueurs que ce soit de Top 14 ou de Pro D2, c’est pour elle que je continue à prendre les chaînes de TV qui diffusent le rugby. Sinon, j’aurais foutu tout ça en l’air… Quand vous avez vu un match, vous en avez vu dix. Tout est stéréotypé et le jeu est devenu tellement rare. »

Toute une philosophie attachée à ce monde amateur, à ses sacro-saints rendez-vous dominicaux, à l’implication sans failles et sans bornes de ces bénévoles que médias et monde professionnel poussent négligemment sur le côté. Tenez, sans trop risquer de se tromper, on ne croit pas le football hyper professionnel et ses odieux milliardaires, avoir jamais osé prendre la place aux pousse-citrouilles amateurs, un dimanche après-midi.

Cédric Cathala
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