Technique : Le « contest » au pied

  • Technique : Le « contest » au pied
    Technique : Le « contest » au pied
Publié le , mis à jour

Si le geste demeure discutable sur le plan de l’éthique, traverser un ruck dans son axe pour « pourrir » le ballon avec le pied demeure strictement légal. Et les défenseurs ne s’en privent pas, quand bien même la question de la sécurité des joueurs au sol peut se poser.

Si « gratter » avec les mains demeure la technique la plus utilisée pour tenter de déposséder du ballon un adversaire plaqué, elle conserve une limite : celle de ne pouvoir être utilisé que pendant la transition entre la phase de plaquage et celle de ruck. Que deux adversaires entrent en contact au-dessus du plaquage ? La mêlée spontanée est créée, qui interdit toute manipulation du ballon. Et empêche de lutter pour son gain ? Pas du tout. D’abord parce que la règle prévoit théoriquement une lutte « à la poussée », dénommée contre-ruck dans le jargon. Sauf que les situations réelles ne s’y prêtent jamais vraiment, hormis dans le cas de pression après jeu au pied…

En revanche rien n’interdit, à condition que le défenseur entre par l’axe du regroupement, de pousser le ballon au pied pour perturber la sortie de l’adversaire. Cette technique, courante dans le rugby à VII, s’est étendue au XV depuis quelque temps. Mais a connu un nouvel éclairage depuis le dernier Angleterre-Irlande, dirigé par l’arbitre international français Romain Poite…

Le plaidoyer de Joe Schmidt

En effet, lors de ce match, un cas a fait jaser : celui de l’arrière Mike Brown qui, en voulant jouer le ballon au pied dans un ruck, a heurté la tête du demi de mêlée irlandais Conor Murray. Une action qui a suscité la polémique, avant que Brown ne soit blanchi par la commission de discipline. « La règle dit que l’on peut jouer le ballon au pied lorsqu’il est au sol, défendait le sélectionneur anglais Eddie Jones. La balle était-elle au sol ? Oui. Peut-on jouer un ballon au sol une fois que l’on est plaqué ? Non. Je pense que Mike Brown était totalement dans la règle, les arbitres en ont pensé de même. »

Certes. Sauf qu’au-delà de la légalité de l’action, c’est plutôt la pratique que le sélectionneur irlandais Joe Schmidt a souhaité mettre en avant. « Mike Brown n’a pas donné un coup de pied volontairement dans la tête de Conor Murray. En revanche, ce qui me gêne, c’est que ce genre d’action s’apparente de plus en plus à une stratégie globale. Et je crois qu’il s’agit de quelque chose auquel les législateurs devraient regarder de plus près, notamment au sujet de la sécurité du joueur. Notamment lorsque ces coups de pied interviennent près de la tête ou des yeux d’un joueur, comme on l’a vu dans ce cas de figure. »

Une règle sujette à interprétation

D’autant qu’à la stricte lecture des lois du jeu, la validité de ce genre de jeu au pied dans les rucks peut se discuter. « Un joueur pratiquant le « rucking » le fait pour tenter d’obtenir ou de garder la possession du ballon » dit en effet la règle 16. Or, si jouer le ballon au pied dans un ruck est devenu une pratique courante, c’est davantage pour pourrir la sortie du ballon de l’adversaire que pour le récupérer. D’où la nécessité d’une nouvelle interprétation de la règle ? La question est posée. En attendant, les défenseurs sont libres de continuer… Les attaquants n’ayant d’autres solutions, ainsi que le disait Joe Schmidt, que « d’assurer des soutiens plus proches, bien scellés au-dessus du ballon, afin d’empêcher les défenseurs de s’infiltrer ». Dura lex, sed lex…

Nicolas Zanardi
Voir les commentaires
Réagir

Souhaitez-vous recevoir une notification lors de la réponse d’un(e) internaute à votre commentaire ?