Benazzi : «Mon cœur et mon âme pour le SUA»

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    Benazzi : «Mon cœur et mon âme pour le SUA»
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Pour la première fois, Abdelatif Benazzi faisait son retour au stade Armandie, à Agen, sous d’autres couleurs que celles du SUALG. Un intense moment d’émotions pour l’ancien troisième ligne international. Rencontre.

Pour la première fois, vous avez disputé un match à Armandie sans défendre les couleurs d’Agen. Quelles ont été vos impressions ?

ça fait bizarre… J’ai essayé de retenir mes émotions au maximum. Certes, le rugby a changé depuis mon départ du SUA et il reste seulement quelques personnes que je connaissais, à l’image de Philippe Sella, Jean-Jacques Crenca, Stéphane Prosper, des médecins de l’époque et de deux ou trois bénévoles, mais ça a été dur pour moi de préparer ce match. Il m’a fallu fermer les yeux et les écoutilles pendant quatre-vingts minutes… ça n’a pas été évident parce qu’à chaque fois que je levais la tête, il y avait des gens qui me souriaient ou que je connaissais. Je suis d’autant plus content que certains joueurs de Montpellier ont voulu me faire plaisir. Par nature, j’extériorise assez peu mes sentiments mais ils ont senti que ce match était important pour moi et ils ont remporté cette belle victoire. Elle compte pour le club mais aussi à titre personnel. Vraiment, c’était très émouvant de revenir ici dans ce contexte.

Quels souvenirs vous sont revenus en pénétrant dans le stade ?

J’ai pris soin d’éviter de penser à tout ça avant le match parce que je devais rester concentré. Mais mille choses sont revenues dans mon esprit évidemment. Il y a l’essai que j’ai marqué là-bas (il montre un coin du terrain, N.D.L.R.), le Bouclier du challenge Yves-du-Manoir que nous avions fêté ici avec les supporters, ou encore le jour, quand Philippe Sella a quitté le club, où il m’a transmis le brassard de capitaine autour d’une fête internationale avec un match entre l’équipe de France et une sélection mondiale. Il y a aussi le concert de Francis Cabrel… Tellement de choses reviennent. Je vous parle et je les vois se dérouler devant mes yeux. C’est très fort.

On vous sent touché.

Encore une fois, le rugby a beaucoup changé et je ne vous garantis pas que les joueurs resteront douze ans dans le même club à l’avenir parce que les carrières se gèrent différemment maintenant. Il faut l’accepter et s’adapter. Mais ce que j’ai vécu ici, dans ce club, avec des hommes de qualité, des joueurs et des dirigeants de qualité, personne ne me l’enlèvera. La seule chose que je voulais faire, c’était appartenir au patrimoine agenais. Et quand je vais dans les vestiaires et que je vois mon nom inscrit sur le tableau des internationaux passés dans le club, ça me fait chaud au cœur. ça veut dire qu’à Agen, on sait reconnaître les gens qui se sont donnés à fond pour le club. J’ai donné mon cœur et mon âme au SUA à cette époque-là. Maintenant, j’essaie de le donner à Montpellier parce que c’est aussi une grande équipe.

Quel regard portez-vous sur la situation actuelle d’Agen ?

Là aussi je suis touché. Je suis sûr et certain qu’ils sont meilleurs que quelques équipes que j’ai vues jusque-là… Il ne leur manquait pas tellement de choses au final. Agen est un club qui possède un passé, une histoire, et qui suscite des émotions. Et si cette équipe n’a pas eu beaucoup de chance globalement ces derniers mois, je me réjouis que les dirigeants s’activent très tôt à la préparation de la saison prochaine pour pouvoir retrouver l’élite un de ces jours. Je le leur souhaite de tout cœur parce que c’est une équipe qui le mérite. J’aime ce club et je croise les doigts.

Appréhendiez-vous ce match ?

Oui. Sportivement aussi d’ailleurs. Un match de Top 14 n’est jamais simple. C’est encore moins le cas quand on se déplace chez une bête blessée comme le SUALG. On savait que les Agenais n’allaient rien lâcher et nous sommes venus avec beaucoup de respect, vraiment. Ils nous ont d’ailleurs posé beaucoup de problèmes jusqu’à la 50e minute de la rencontre. Ensuite, le coaching effectué à la mi-temps a changé les choses et nous avons pu enchaîner une cinquième victoire consécutive. Rien n’est acquis évidemment mais on bosse beaucoup.

On a l’impression que Montpellier a franchi un palier. Est-ce le cas selon vous ?

Il y a beaucoup de champions dans cette équipe mais on n’est pas encore une équipe championne. Voilà toute la différence… C’est notre objectif annoncé, on le dit sans problème. Et on avance petit à petit. Le premier objectif était de figurer parmi les six premiers du Top 14. Pour l’instant, nous sommes dans les clous, à la quatrième place. J’espère qu’on ne va pas s’arrêter en si bon chemin. Tout un environnement existe, au-delà des joueurs, pour que le club soit conquérant. Maintenant, un palier assez important doit être franchi concernant l’implication de tout le monde, sûr et en dehors du terrain, pour pouvoir décrocher un titre un jour.

Pourquoi avoir choisi de revenir dans le rugby cette année ?

Moi, je suis lié aux hommes. J’ai eu la chance d’être intégré à un projet assez important au sein d’une grande agglomération et surtout porté par des hommes d’exception. Je suis au milieu d’un champion du monde et du meilleur entrepreneur mondial. Comment ne pas apprendre ? Comment ne pas se réjouir de cette expérience ? Quoi qu’il arrive, je serai toujours heureux parce que je suis au milieu de gens qui veulent marquer l’histoire. Nous avons une histoire à écrire, j’en fais partie avec ma personnalité et mon professionnalisme. Cela marchera-t-il cette année ? Je n’en sais rien. Mais je peux vous garantir que ce club y arrivera un jour.

Emilie Dudon
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