Maux de tête pour le staff des Bleus

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    Maux de tête pour le staff des Bleus
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Camara, Jedrasiak et autres Bézy incarnent l’avenir du XV de France. Malgré leurs promesses et la nouvelle vague lancée par le sélectionneur, tous les espoirs n’ont pas un avenir assuré dans leur club. Du coup, en bout de chaîne, c’est le XV de France qui souffre...

Yacouba Camara est une exception, et pas seulement en raison de son talent. En effet, du grand chelem réalisé en 2014 par l’équipe de France des moins de 20 ans, le troisième ligne du Stade toulousain est le seul survivant à avoir gagné des sélections au plus haut niveau. Derrière lui ? Personne, ou presque. Le demi de mêlée Baptiste Serin est devenu une valeur sûre du Top 14 avec l’UBB et a même eu le bonheur d’être convoqué à Marcoussis parmi le groupe élargi destiné à préparer le Tournoi, après le forfait sur blessure de Morgan Parra. Du côté de Grenoble, le centre Xavier Mignot poursuit son apprentissage de l’élite, essentiellement au poste d’ailier d’ailleurs. Et après ? Plus rien, hormis les sporadiques apparitions de Fajardo à Pau, Iturria à Clermont, Cros à Toulouse ou Méric à Toulon (1 feuille de match), c’est le néant. Le désert, d’où sortira peut-être l’an prochain le Lyonnais Félix Lambey, de retour dans son club après une année d’apprentissage à Béziers. « Les places se font de plus en plus chères et pour les jeunes, nous confiait samedi l’ailier isérois Xavier Mignot. La faute à un trop grand nombre d’étrangers, je ne sais pas, et je ne me permettrai de rien dire à ce sujet. Mais c’est vrai que pour trouver, de plus en plus de jeunes joueurs sont contraints de se diriger vers la Fédérale 1 ou la Pro D2, comme je l’ai d’ailleurs fait dans un premier temps. Mais c’est vrai que pour progresser, rien ne remplace le fait de jouer au meilleur niveau. Je sais que j’ai beaucoup de chance. »

Le comble de la schizophrénie pour le staff des Bleus

On mesure ainsi mieux, à cette aune, l’ampleur du chantier qui attend Guy Novès et son staff en vue du rendez-vous du mois de juin prochain en Argentine… « Il y a 63 % de joueurs étrangers dans le championnat français, soulignait le sélectionneur dans nos colonnes lundi dernier. Donc, il reste seulement 37 % de Français. Entre les vieux, que nous ne considérons plus sélectionnables et les très jeunes, il ne reste plus un choix immense. »

Et cette donne ne va pas aller en simplifiant. De quoi s’agira-t-il au mois de juin, en effet ? Rien moins que d’aller défier sur ses terres le demi-finaliste de la dernière Coupe du monde sans les joueurs demi-finalistes, pris par les obligations du Top 14. Et, en allant plus loin, préparer le premier test sans même les barragistes vaincus, Guy Novès ayant d’ores et déjà annoncé que ces derniers en seraient exemptés. Ainsi, sur la liste des trente noms qui s’envoleront au pays des Pumas, une vingtaine devraient être issus de clubs ayant terminé le championnat entre la septième et la quatorzième place. Une situation évidemment absurde, symbolique de la paranoïa actuelle du rugby français. Le comble de la schizophrénie ? Il pourrait bien être atteint par Guy Novès et Yannick Bru. Lesquels en seront presque réduits à croiser les doigts pour que leur ancien club du Stade toulousain soit éliminé avant même les barrages, afin de disposer d’un socle suffisant de joueurs confirmés pour préparer le premier test à Tucuman. Et le pire ? C’est qu’on ne plaisante qu’à moitié…

Clubs : des mentalités à changer ?

Alors, éviter à tout le rugby français de sombrer dans la démence ? Difficile, au vrai, de voir le bout du tunnel. La politique de l’autruche, pas plus que l’autodérision, ne permettront guère de sortir de l’ornière tant que le court terme et la dictature du résultat immédiat présideront, lesquels feront toujours la part belle à un étranger « formé » plutôt qu’à un joueur en voie de développement. Alors, faut-il vraiment prendre en compte la proposition du président du RCT Mourad Boudjellal, désirant « rendre la formation vraiment professionnelle, en faisant en sorte que les jeunes issus des centres constituent des actifs pour les clubs, et que ces derniers aient un intérêt à former » ? On veut bien entendre, après tout, le raisonnement. Sauf qu’on ne voit pas en quoi celui-ci pourra-t-il mettre un terme à la politique de détournement des Jiff, ni même en quoi il contribuerait à changer la mentalité des clubs français. Au vrai, le nœud du problème se situe sûrement ici : s’ils se trouvent enclins à passer bien des choses à un joueur étranger effectuant ses débuts (au nom du déracinement, d’une nouvelle culture, du temps d’adaptation…), les staffs et présidents de Top 14 ne font jamais preuve de la même patience envers leur jeunesse. Et pourtant, pour peu qu’on lui fasse confiance, la bleusaille conserve du talent. Les prestations des Ollivon, Bruni, Annetta, Belan et autres Boughanmi avec Toulon à Lille le prouvent mieux que des mots.

Nicolas Zanardi
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