Lucien Simon, "l'ami avocat"

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    Lucien Simon, "l'ami avocat"
Publié le , mis à jour

Avocat, ancien président et désormais candidat. Lucien Simon est tout à la fois. Il est surtout un passionné, amoureux fou du rugby, de ceux qui le font vivre et des relations humaines qui l'agitent. Il n'a rien d'une grande gueule prête à tout promettre pour accéder au pouvoir. Rien, non plus, du perdant magnifique sortant du bois pour animer la galerie. Derrière sa gouaille, se cachent des convictions profondes et un désir féroce de défendre son histoire et ses convictions.     

C’était à Paris, un soir d’hiver. Comme nous dînions en compagnie de quelques amis, Lucien Simon prit le dé de la conversation et ne le lâcha plus. Crêté, brillant, théâtral, Lucien imitait les uns, singeait les autres. Autour de lui les visages s’illuminaient, la table s’écroulait de rire. Je pensais, l’observant, à Jacques Fouroux qui avait cette capacité à fasciner pareillement un auditoire et ne tarissait justement pas d’éloges sur lui. Je me souviens de la façon dont Jacques parlait de son « ami avocat », du profond respect qu’il lui vouait. Il devait apprécier ses éclats acidulés, ses répliques aphoristiques, son humour incandescent, sa politesse de diplomate asiatique, son côté solaire, méditerranéen, révolté et plus que tout, peut-être, son amour inconsolable du rugby d’autrefois, appréhendé, enfant, au chevet du Rugby Club toulonnais dont son père fut un éminent président et sur lequel il peut encore s’étendre des heures entières, entre rires et tendresse, sur la foi d’une mémoire infaillible, sélective, joueuse.

Avocat donc, longtemps président d’Aix-en-Provence, autrement appelé le Pays d’Aix, façonné comme personne aux rigueurs hivernales du rugby amateur, vice-président de la LNR, ami de tous ou presque - je ne crois pas lui connaître un seul ennemi - Lucien Simon fait partie de ces présidents en voie d’extinction (il l’était encore il y a un an) à avoir traversé toutes les strates du rugby d’hier et d’aujourd’hui, ce qui lui confère, à y bien regarder, une légitimité incontestable à l’instant de briguer une fonction pour laquelle peut-être il n’était pas préparé, mais que l’évolution du jeu et des mœurs le pousse aujourd’hui à embrasser.

Pas une bête politique

On verra, en lisant l’interview qu’il a bien voulu nous accorder, que sa démarche n’a rien de politique à proprement parler, qu’il ne se reconnaît dans aucune guerre de clans, qu’il se refuse à l’invective, voue considération et respect à ses rivaux supposés et que sa démarche n’est mue que par une seule idée : préserver, autant que faire se peut, les valeurs de ce jeu. De quoi innerver et passionner une réflexion longtemps tenue secrète et qui semble aujourd’hui arrivée à maturation.

De tous les candidats à l’élection présidentielle - il n’est même pas sûr de vouloir être tête de liste et partage ses réflexions avec Alain Doucet, Éric Champ, Jean-Pierre Rives, entre beaucoup d’autres - il est le moins connu du grand public. Et s’il s’est taillé une formidable réputation en interne, dans ce qu’il faut bien appeler la « famille » du rugby français, où son humour et la finesse de son jugement font le bonheur des initiés, il demeure à tout jamais inclassable. N’était Pierre Camou, à sa manière, je ne connais pas défenseur plus acharné du rugby amateur. Mais son amitié pour Bruce Craig, le plus élégant mais aussi le plus libéral des présidents anglais, ne lui interdit pas d’appréhender les orages du rugby pro à des fins somme toute constructives.

Une réserve le concernant ? Oui et non des moindres. Il n’a rien d’une bête politique, telle qu’on la voit désormais dans le visage de Bernard Laporte, telle qu’elle passait, naguère, dans les attitudes de Bernard Lapasset, telle qu’on la prête à tout candidat dûment assuré de son appétence, de sa volonté d’écrasement, de ses idées, au point que la question me vient, parfois, de savoir s’il croit vraiment à son entreprise. La fièvre allumée en lui me semble parfois un peu artificielle. Il a certes des idées sur le rugby et cet entretien en témoigne assez. Il a l’intelligence et le bagout indispensables à toute réussite. Mais il reste en lui cette part de réserve, d’attention aux autres, de distance un peu rêveuse, qui prête du charme au personnage, mais n’induit pas le « tueur » politique. En cela, il ressemble plus à Jacques Fouroux justement, qui pour être un jour président aurait dû marcher sur Albert Ferrasse et s’y refusa, ou à Jean Fabre, écarté comme on sait de la course à la présidence en 1991 pour avoir cru à la parole des hommes qui l’entouraient. L’histoire nous resservirait-elle les mêmes plats ? C’est peut-être à vous, lecteurs, d’en juger.

Jacques Verdier
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