Formation : dérives en tous genres

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    Formation : dérives en tous genres
Publié le , mis à jour

La règle des JIFF est très régulièrement contournée par bon nombre de clubs qui ne voient que l’aspect financier de l’opération et se moquent franchement de favoriser la formation française.

Le « Jiff », pour Joueur issu des filières de formation, a débarqué dans le rugby français à l’été 2010. Sous la présidence de Pierre-Yves Revol à la LNR et à l’initiative de son vice-président, Thierry Pérez par ailleurs alors aux affaires à Montpellier. Cette mesure a été instaurée pour favoriser l’éclosion de joueurs français au plus haut niveau et donc pour favoriser le XV de France. À l’époque, le MHR de Thierry Pérez était l’un des gros pourvoyeurs de l’équipe nationale avec son quatuor Trinh-Duc, Picamoles, Ouedraogo et Tomas. « L’idée de départ était une volonté d’avoir plus de joueurs français dans le Top 14 afin d’agrandir le réservoir du XV de France tout en respectant les directives européennes », témoignait cette semaine Thierry Pérez, aujourd’hui président du club de Millau (Fédérale 2). Ce grand défenseur de la formation française, qui avait fait du MHR l’une des meilleures écoles de rugby de l’hexagone, regrette que ses confrères du monde professionnel aient détourné ce principe, qui n’est plus qu’un critère dans le recrutement d’un joueur. Pour être considéré comme joueur Jiff, il faut soit avoir passé au moins trois saisons en centre de formation agréé d’un club de rugby professionnel (entre ses 16 et ses 21 ans) et valider une formation scolaire dans le même temps. Soit avoir été licencié au moins cinq années à la FFR, au plus tard lors de la saison qui s’achève l’année des 23 ans du joueur.

Certains de ces clubs du Top 14, pour satisfaire à leur quota de joueurs dits Jiff (fixé cette saison à 12 en moyenne par feuille de match) sont prêts, pour ne pas payer d’amende, (qui correspond à une baisse de 10 % cette année des droits télés perçus) à jouer avec la règle. Comment ? En engageant de plus en plus de très jeunes étrangers dans leur centre de formation pour un double impact. D’abord, le joueur licencié dans un centre de formation est considéré jusqu’à la fin de celle-ci comme Jiff, avec l’espoir pour le club qu’à sa sortie, il obtienne le précieux statut. Un statut que le joueur pourra alors valoriser en termes salariaux.

Tricheries sur l’année de naissance

« C’est un mauvais calcul, car seulement 5 % à 10 % des étrangers réussissent la formation scolaire. On ne leur demande pas simplement une présence en classe, mais d’obtenir un véritable diplôme. Et pour un Bernard Leroux (diplômé et donc considéré comme Jiff, N.D.L.R.), il y a de nombreux échecs ! », reprend Pérez. En effet, l’an dernier, seulement trois pensionnaires étrangers ont réussi à obtenir le précieux statut. Le Bordelais Matthew Graham, le Toulonnais Konstantin Mikautadze (qui, du coup, a signé cette année pour Montpellier avec un salaire valorisé de 30 %…), et le Clermontois Noa Nakaitaci appelé chez les Bleus et qui a disputé le Mondial 2015.

Alors, les clubs ont alors vite réagi, et ont recruté ces derniers mois encore plus de jeunes, de façon à ceux que les « étrangers » puissent acquérir les cinq années de licence FFR et deviennent automatiquement Jiff. En jouant parfois en toute impunité sur les dates de naissance, notamment chez les joueurs nés en début d’année et qui au moment de signer en France, ont vu celle-ci décalée de quelques mois - novembre ou décembre de l’année précédente - afin de rentrer dans le cadre

Pour Thierry Pérez, la LNR doit muscler dans les prochains mois son arsenal de répression : « Plutôt que de taper dans le porte-monnaie, j’empêcherais un club qui ne respecte pas les accords sur les Jiff, de se qualifier pour les phases finales. Ce serait beaucoup plus handicapant qu’une amende, que les grosses écuries planifient sans difficulté dans leur budget. »

Pierre-Laurent Gou
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