LOU : Au cœur de la soirée des champions

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    LOU : Au cœur de la soirée des champions
Publié le , mis à jour

Après avoir atteint la barre des cents points au classement jeudi soir grâce à sa victoire bonifiée contre Perpignan, le Lou est devenu champion de Pro D2 devant la télévision. Autour des joueurs, de leurs proches et des employés du club, ils ont fêté ce titre de champion.

C’est la mi-temps à Sapiac. Montauban mène 11-3 contre Bayonne. À plus de cinq cents kilomètres de là, au Matmut Stadium, à Vénissieux, Jean-Pierre Chenu, dit « Barbu », l’intendant de l’équipe, et Gérald Gambetta, le team manager et ancien capitaine, ont lancé le barbecue et commencé à faire cuire brochettes, merguez et saucisses. Chevilles ouvrières du Lou et gardiens du temple, ils ont pour mission de nourrir le corps de la centaine d’âmes présentes au stade. La veille, les joueurs de Pierre Mignoni se sont offerts trente et un points d’avance sur Bayonne, au terme d’un rugby champagne contre Perpignan, où pour la première fois le public lyonnais a semblé vivre le match au rythme de ses protégés, de la première à la dernière minute, réagissant aux actions sur le terrain sans avoir besoin de jeter préalablement un œil à l’écran géant. Mais ce vendredi soir, les joueurs lyonnais espèrent sabrer le champagne, pour de vrai.

Une défaite de leur dauphin leur offrirait le titre de champion de Pro D2 et le billet si convoité pour le Top 14. Pour regarder le match de son poursuivant, joueurs, avec femmes et enfants, et tout le personnel du club, association comprise, ont été conviés dans une des salles de réception du stade. C’est devenu un rituel depuis l’arrivée de Pierre Mignoni, aussi attentif à la vie de ses joueurs, et du club, sur le terrain qu’en-dehors.

De la retenue

Châteaux gonflables et atelier maquillage pour les plus petits, jolis crus sortis tout droit pour certains de la cave — et du coffre — de joueurs avisés et aussi bons vivants que combattants, pour les plus grands, l’attente ne dure pas longtemps, dans une ambiance plus proche d’un club house d’une équipe de Fédérale 2 ou 3 que d’une salle de réception huppée d’un club de nouveaux riches. Montauban prend vite les devants et le Lou se détend. Les premiers bras se lèvent à l’heure de jeu et l’essai de Tolot. Montauban mène 22 à 3. Le doute n’est plus permis mais l’heure n’est pas encore aux réjouissances. Alors que quelques enfants s’initient à l’ovale avec un ballon miniature devant l’écran géant, dans une mêlée joyeuse et insouciante, le dernier moment de stress survient lors d’une rupture de la retransmission télévisée. Peu après 20 h 30, le président, Yann Roubert, téléphone collé à l’oreille, sort. Il reste dix minutes à jouer à Sapiac, mais il reçoit déjà un appel pour le féliciter, du président de Bayonne, d’après la rumeur. La connexion est rétablie. Malgré l’imminence du titre, les joueurs font toujours preuve de retenue. Il faut finalement attendre la 77e minute et l’essai de pénalité accordé à Montauban pour les libérer. David Attoub est le premier à faire pleuvoir le champagne sur l’assemblée, tandis qu’Eugène N’Zi, chapeau rouge sur la tête, monte sur le bar. Après avoir regardé assis le match discrètement dans un coin, Pierre Mignoni salue et félicite tous ses joueurs un par un, avant de s’éclipser pour répondre au téléphone, l’air visiblement ému.

« Pierre va pouvoir souffler, rigole l’arrière, Romain Loursac, titré pour la troisième fois en Pro D2 (2011, 2014, 2016. N.D.L.R.), à l’instar de Franck Romanet, Eugène N’Zi et Waisele Sukanaveita. Le connaissant, il va vite passer sur la préparation de la saison prochaine mais surtout du prochain match ! (Il redevient plus sérieux) En arrivant, il a eu des mots très forts, voire vexants pour les anciens du club. Il nous a dit que le Lou pouvait avoir l’image d’un club où on ne travaille pas assez, où on se repose sur nos acquis. Il a voulu changer cette image. Nous avons beaucoup travaillé pour décrocher ce titre. À ceux qui diront que c’est normal, vu notre budget, notre effectif, j’ai envie de paraphraser Johan Cruyff : « On n’a jamais vu un sac de billets marquer des essais. » Sur le terrain, nous avons joué à quinze contre quinze. Dans l’histoire du Pro D2, jamais un club n’a creusé autant d’écart, ni été champion aussi tôt. Maintenant, j’espère juste que le Lou vient de gagner son dernier titre en Pro D2 ! Personnellement, j’ai gagné trois titres en cinq saisons, mais cela signifie aussi deux relégations… »

Cette histoire-là est encore à écrire. La plupart des Lyonnais étaient loin de ces considérations vendredi soir. Sous pression depuis le début de l’été dernier, après une saison décevante, ils ont su rebondir de suite, et faire honneur à leur statut de favoris, décerné par tous les observateurs, ce que peu d’équipes reléguées de Top 14 en Pro D2 ont su faire, eux-mêmes s’étaient crashés en 2013…

Une fête complète

Après avoir revêtus un tee-shirt de champion, ils se sont élancés dans une gigantesque mêlée dans laquelle les plus hardis ont pu faire étalage de leurs talents cachés. Un des premiers en piste fut l’Anglais, Carl Fearns. La terreur des terrains, au physique de déménageur grand-breton, a poussé la chansonnette avec un certain succès…

Mais la fête n’aurait pas été complète sans l’arrivée des supporters. Par superstition ou modestie, le club n’avait pas communiqué sur l’éventuel titre, et la brasserie du stade n’a pas fait le plein. Réunie en début de soirée au bar « Le vétéran », dans le huitième arrondissement, la quinzaine de supporters des « Lugdunums » a fait une entrée remarquée, lançant un retentissant « Filou, Filou », hommage au célèbre chant toulonnais et aux anciens de la rade, du nom de la mascotte du Lou, reprise en chœur par les joueurs. Puis, les Néo-Zélandais de l’effectif, Stephen Brett, Cameron Mapusua, Kendrick Lynn et Toby Arnold ont offert un haka à l’assistance. Longtemps après le coup de sifflet final à Montauban, les chants et les cris de joie ont ensuite résonné dans la nuit lyonnaise.

Le Lou souffre peut-être d’un certain désintérêt d’une grande majorité de la population lyonnaise, mais il a ses inconditionnels, son noyau dur, ses passionnés, héritiers d’une histoire qui dure depuis 1896, date de sa création, dont son capitaine, Julien Puricelli, le regard déjà tourné vers l’avenir « Remonter en Top 14 était une question de crédibilité, remarquait, l’ancien Bayonnais. Je suis arrivé en 2014 mais je me sens concerné par le fait que le club a fait l’ascenseur à trois reprises. Nous nous devions de décrocher ce titre. Personnellement, je le savourerai la saison prochaine, si nous nous maintenons en Top 14. »

Le Lou a finalement bien une âme, consciencieuse en plus…

Par Sébastien Fiatte

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