Ailiers : comment « couper » en bout de ligne ?

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    Ailiers : comment « couper » en bout de ligne ?
Publié le , mis à jour

Cauchemar des attaquants lorsqu’elle maîtrise ses montées défensives, une défense inversée peut aussi rapidement s’avérer catastrophique… Mais comment les ailiers doivent-ils manœuvrer pour couper efficacement les extérieurs ?

Jeu pourtant prisé des joueurs durant les longs trajets en bus, le rugby présente finalement peu de points communs avec la belote, coinchée ou non. Hormis un, peut-être : couper ne doit jamais s’effectuer au hasard, et surtout sans avoir bien compté les atouts… Mais cessons là la métaphore pour rentrer de plain-pied dans le sujet. Car si une défense qui coupe les extérieurs s’avère particulièrement difficile à contourner comme une attaque, c’est d’abord parce que celle-ci ne s’effectue jamais par hasard. Et qu’elle ne s’improvise pas, loin s’en faut. Ou alors, à la marge… Au vrai, il s’agit ici d’établir un distinguo entre la « rush défense » qui est le fruit d’un système collectif, et les montées en pointe, synonymes d’initiatives individuelles.

Compter avant d’annoncer

En ce qui concerne la rush défense ? Celle-ci s’effectue en réalité à plusieurs, l’ailier n’étant pas le seul responsabilisé. « Dans le cas d’une rush défense, j’aime que ce soit l’ailier qui la commande, nous confiait voilà quelque temps l’ancien spécialiste de la défense du XV de France David Ellis, aujourd’hui en charge de Lyon. Personne n’est mieux placé que lui pour compter le rapport entre attaquants et défenseurs, c’est-à-dire les surnombres. S’il y a égalité numérique ou surnombre défensif, il ne faut pas hésiter et annoncer le blitz… En principe, l’avant-dernier et le dernier défenseur (généralement le deuxième centre et l’ailier) doivent se situer devant leurs partenaires, et monter dans les intervalles pour couper les possibilités de passes. » L’objectif étant d’aller chercher l’attaque le plus haut possible, pour l’obliger à « rentrer » en milieu de terrain, sous peine de s’exposer à une interception.

Monter pendant le temps de suspension du ballon

Seulement, toutes les défenses agressives d’ailiers ne sont pas le fruit de schémas collectifs. Car si « naviguer » pour contrôler demeure la manière la plus classique d’endiguer un surnombre pour un ailier (en comptant sur le retour de ses partenaires à l’intérieur du terrain), la meilleure solution pour ces derniers consiste à monter en pointe, notamment sur les situations proches de la ligne d’en-but, lorsque l’ailier juge que ses partenaires n’ont pas le temps matériel de se replier. Et ici, le feeling compte pour beaucoup. « Lorsque l’ailier monte en « rush », c’est-à-dire en inversée, il doit se situer devant ses partenaires, appuie Ellis. Son but est d’être vu par les attaquants, pour les inciter à rentrer. Mais lorsqu’il coupe, c’est l’inverse… Il doit être sur la même ligne que ses partenaires, voire même légèrement en retrait, et compter sur sa vitesse. Sa montée doit débuter lorsque le ballon quitte les mains du passeur et s’effectuer pendant le temps de suspension du ballon, pour plaquer l’attaquant au ballon, au moment précis où il reçoit la passe. Comme on vise généralement depuis l’extérieur, c’est-à-dire dans l’angle mort de l’attaquant, celui-ci ne vous voit pas venir, et les plaquages sont souvent destructeurs. Mais si on lui laisse les quelques centièmes qui lui permettront se passer sur un pas ou de se décaler sur la passe, on est mort… C’est une arme à double tranchant. » Laquelle peut également permettre de jouer l’interception, à quitte ou double !

L’œil de... Guillaume Nany – Ailier de Brive

Dans quelles conditions décide-t-on de couper les extérieurs ?

À Brive, nous essayons de couper les extérieurs sur les premiers temps de jeu, tout en gardant un œil attentif sur le second centre, que l’on va chercher à contrôler. Nous ne pratiquons donc pas vraiment la « rush défense », qui peut être efficace quand le ruck est dans le couloir des cinq mètres, ou quand les mauvaises conditions météo rendent les passes plus lentes et moins précises. La « rush défense » comporte des risques, comme celui de se faire contourner par la main, ou de se faire passer par-dessus par un jeu au pied.

Vous vous en remettez donc aux initiatives individuelles des ailiers donc ?

C’est ça. Mais tout dépend de l’endroit où l’on se trouve sur le terrain : plus on est proche de notre ligne, plus nous allons tenter ces montées individuelles. En tant qu’ailier, je sais que si je suis prêt de ma ligne d’en-but, mon arrière n’a que peu de champ à couvrir : il sera donc prompt à venir intervenir en défense si besoin est, comme en cas de surnombre.

Faut-il déclencher cette montée défensive individuelle à chaque situation de surnombre offensif ?

Non, là encore, cela dépend de l’endroit sur le terrain. Au milieu de terrain ou dans les quarante mètres, il vaut mieux défendre en contrôle et concéder du terrain pour pousser les attaquants vers la touche. Mais si l’on n’est proche de sa ligne, il ne faut plus se poser de question et tenter ce coup de poker.

Comment faire ?

Surtout, il ne faut pas partir trop tôt. Si c’est le cas, un attaquant habile annulera sa passe au dernier moment et s’engouffrera dans l’intervalle que l’on vient de créer en quittant la ligne défensive. Il faut donc partir au moment où il ne peut plus revenir en arrière, c’est-à-dire quand le ballon quitte ses mains. À la rigueur, on peut partir un peu plus tôt si l’on repère que le porteur de balle est moins technique, et qu’il aura plus de difficulté à changer de décision au dernier moment.

Quel plaquage privilégier ?

Il faut viser le haut du corps, pour coffrer le ballon. C’est difficile car les équipes travaillent de plus en plus les passes après contact.

Quel angle de course doit-on adopter ?

C’est contraire aux principes de base de défense de ligne car on se coupe du soutien défensif, mais il faut avoir une course qui va de l’extérieur à l’intérieur. De cette façon, on empêche le receveur de tenter une passe sur un pas, et on tente même d’intercepter le ballon. De plus, le fait de se placer à l’extérieur fait que l’on sort de l’angle de vue du porteur de balle. Ainsi, on reste caché, et on favorise l’effet de surprise. Tant que le moment n’est pas venu, il faut rester caché.

Nicolas Zanardi
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