Privat : "je me méfie..."

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    Privat : "je me méfie..."
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S’il prendra place sur le banc samedi soir (à l’Altrad Stadium à 18h30), face à Newport en demi-finale de la Challenge Cup, Privat reste un élément précieux au MHR. A 37 ans, l’expérimenté deuxième ligne sera le seul Montpelliérain, présent sur la feuille de match, à avoir déjà battu les Dragons gallois.

Vous êtes le dernier « tueur de Dragons « présent dans le groupe héraultais (Anthony Floch n’a pas été retenu) qui affrontera Newport demain. Vous souvenez-vous de cette demi-finale de Challenge européen remportée avec Clermont face aux Gallois le 21 avril 2007 (46-29) ?

C’est vrai que Mathieu Austruy (l’analyste vidéo du club) et Anthony Floch m’en ont parlé en début de semaine. Mais honnêtement, je ne m’en souvenais pas. Mais alors, pas du tout (sourire, NDLR). Je me rappelle plus de la finale gagnée face à Bath (22-16) et donc du titre remporté cette année-là avec Clermont-Ferrand. Les autres rencontres remontent à une dizaine d’années et il m’est donc difficile de ressortir des souvenirs particuliers.

Ce trophée avait-il à l’époque apporté un supplément d’âme à l’ASM, au-delà d’une ligne supplémentaire à son palmarès ?

Oui, car un titre apporte toujours une confiance supplémentaire. Nous étions en reconstruction totale lors de cette saison, qui était la première de Vern Cotter. On repartait donc de zéro. Et ce trophée avait récompensé le travail du groupe, en faisant grandir les joueurs et le club. Nous étions d’ailleurs allés en finale du championnat de France dans la foulée (perdue face au Stade Français, 23-18).

N’y-a-t-il pas certaines ressemblances avec votre parcours à Montpellier cette année en termes de reconstruction ?

En effet, il y a un peu de ça. Et j’espère donc que l’issue sera heureuse sur la scène européenne à l’image de notre saison avec Clermont.

L’idée d’ajouter un second titre européen avec le MHR cette saison vous enthousiasme-t-elle particulièrement ?

Bien entendu. Même si cette compétition est au départ en dessous de la grosse coupe d’Europe et n’a donc pas le même engouement, elle prend une autre dimension une fois arrivée les phases finales. Car les matchs à élimination directe sont toujours particuliers à jouer. Et le fait de s’approcher d’un titre, d’espérer mettre une ligne sur un palmarès, est toujours quelque chose d’intéressant et d’excitant.

Justement, si vous allez-bout cette année, à combien de titres en seriez-vous dans votre longue carrière ?

Cinq. J’ai gagné le Challenge Européen (2007) et le Bouclier de Brennus avec Clermont (2010). Ainsi que le Grand Chelem avec le XV de France lors du tournoi des six nations (2002) et le titre de champion de France universitaire avec Montpellier 2, la fac de sciences. Et oui je suis le seul joueur de l’effectif à être champion de France avec Montpellier ! Cela ferait donc cinq titres. Mais n’oublions pas que l’on joue seulement les demi-finales samedi… Il reste encore deux matchs à gagner et il ne faudrait pas inconsciemment brûler les étapes.

Il faut donc selon-vous se méfier de cette équipe de Newport qui est pourtant dixième de son championnat (Pro12)…

Je pense, car j’ai eu l’impression que tout le monde nous annonçait Gloucester comme adversaire et au final, Newport est allé gagner sur le terrain du champion sortant. Je me méfie énormément des équipes que l’on n’attend pas, car elles sont souvent les plus dangereuses. Nous les avons un peu étudiés jeudi, car nous sommes attentifs à tout ce qui peut se faire en face. Mais on essaye de se concentrer principalement sur ce qu’on peut faire de bien ou de mal. C’est pour cela que le retour vidéo sur notre victoire au Stade français a été riche en enseignements.

Quels ont-été ces enseignements ?

Dans un premier temps, on s’est rendu compte qu’il faudra absolument marquer sur nos temps forts samedi face à Newport. Trois points ou un essai. On ne devra surtout pas repartir à vide des cinq ou dix derniers mètres adverses, sous peine de le regretter à la fin. Ensuite, nous devrons avoir une plus grande maîtrise en fin de match. Car s’il y a moins d’écart au score, cela peut nous faire perdre un match.

Et briser une série incroyable de huit victoires consécutives… Une défaite pourrait être très préjudiciable à l’aube du sprint final en Top14 ?

A mon sens, le sprint final est encore loin. Il reste ces deux matchs européens et cinq rencontres de championnat. Donc cela voudrait dire qu’il faudrait faire un sept sur sept pour conserver cette confiance accumulée ? Il faut garder la tête froide. C’est vrai que ce sprint s’approche, mais il ne faudrait pas se projeter trop loin dans le futur sous peine de griller le présent. On va devoir recevoir Grenoble, Bordeaux et aller à La Rochelle, avant de penser à la fin du championnat. Restons donc focalisés sur ces rendez-vous.

Après avoir vécu dans l’ombre en début de saison vous retrouvez progressivement du temps de jeu (13 matchs disputés). Commencez-vous à compter les matchs à l’approche de la fin de votre si longue carrière ?

Je prends beaucoup de plaisir à être dans le groupe et à participer à la préparation du match. Et que je sois titulaire ou remplaçant, comme cela m’arrive souvent depuis deux mois, je suis simplement heureux d’être sur le terrain. A 20 ou 37 ans, on s’entraîne pour vivre ces moments-là. Après, je ne me pose pas plus de questions que cela sur ma situation. Je ne fais pas un décompte. Il faut profiter de chaque instant, car c’est une chance de jouer au rugby et surtout en Top14 ou sur la scène européenne. Moi je le sais depuis longtemps car je suis vieux et j’espère que les jeunes s’en rendent compte aussi. Car on ne peut jamais savoir à l’avance quand cela va s’arrêter.

Essayez-vous d’apporter votre expérience aux jeunes éléments héraultais durant la semaine, surtout avant un match couperet comme cette demi-finale ?

Pas particulièrement. Je n’ai jamais été fan des grands discours. Si on me demande des conseils, je les donne avec plaisir. Mais il y a beaucoup de joueurs d’expérience dans l’équipe et chacun connaît donc son rôle. Il ne faut pas qu’il y ait une cacophonie dans le groupe. Je ne veux donc pas jouer le vieux sage qui porte la bonne parole. Surtout que si on prend l’exemple cité de Paul Willemse, nous n’avons pas le même profil.

Mais vous formez tout de même une paire complémentaire en deuxième ligne ?

Oui, mais il y a toujours une complémentarité aussi avec la troisième ligne. Quand Paul et Tchale (Tchale-Watchou, NDLR) démarrent ensemble (comme ce sera le cas samedi, NDLR), il y a une complémentarité avec les mecs derrière eux. C’est plus fin qu’une simple complémentarité directe entre les numéros cinq et quatre. Lorsque tu as un gros huit, tu peux avoir des flankers qui se déplacent plus et sautent. Cela te permet d’être bon en touche, d’avoir de la défense et de la mobilité. Ces cinq joueurs marchent aujourd’hui beaucoup ensemble.

Samedi, vous devrez donc continuer à afficher vos forces sur touche et groupés pénétrants pour triompher de Newport…

C’est exactement ça. On devra arriver à gagner nos ballons aériens tout en trouvant de la puissance. Nous avons les gars pour avec Fufu (Ouedraogo, NDLR) et Pierre Spies. Pierre est à la fois puissant et dynamique. La complémentarité avec un mec comme lui, elle est vite trouvée. C’est un athlète donc tu peux associer n’importe qui à ses côtés. La touche et les mauls fonctionnent actuellement bien. Mais il faut faire attention, car les vidéos tournent à plein régime là-dessus. Et si on s’endort dans un secteur basé sur la confiance et la précision, on peut vite se retrouver en difficultés. La conquête, c’est l’école de l’humilité. On le dit souvent de la mêlée, mais c’est aussi le cas de la touche. L’équilibre est fragile.

Propos recueillis par Julien LOUIS

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