La marche de l’histoire

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A Nottingham, le Racing 92 disputera la première demi-finale européenne de son histoire. La résurrection d’un club en friches, ou presque...

De la poussière sur les trophées. Des photos jaunies. Des souvenirs un peu fânés, aussi. « Ce n’était pas la Pologne après guerre, mais presque », se souvient ce dirigeant, aujourd’hui devenu familier du paquebot du Plessis-Robinson, dressé sur les hauteurs de la capitale. Fin 2006, les joueurs les mieux cotés du Racing-Metro s’appelaient donc Carlos Martos, Thomas Pochelu ou Sydney Galopin. Ils étaient tous « smicards » du rugby pro, touchaient entre 2000 et 4000 euros pour jouer devant trois cent personnes à Colombes et luttaient, pour survivre en Pro D2, avec Tyrosse et Aix-en-Provence. C’est d’un club moribond, en fin de vie mais aux finances saines dont Jacky Lorenzetti, jusqu’ici « sugar daddy » de Michel Desjoyaux et des Routes du Rhum, a ainsi hérité à l’époque. Au départ, l’équipe administrative de « JLO » se composait de trois salariés et occupait les bureaux de Foncia à la Croix de Berny, non loin du centre d’entraînement des pros. Un ancien se souvient : « Berbizier voulait que les joueurs aient un lieu de vie. Il disait qu’à Paris, les mecs étaient désorientés et perdus. Ils avaient besoin d’un point d’ancrage ». à la va-vite, on installait donc le club-house du Racing-Metro dans un vieux gymnase décrépit, avant de passer un accord avec Dudu, le patron d’un resto de routiers situé à l’angle de la rue. « Dudu est rapidement devenu notre cantinier, rappelle un dirigeant de l’époque. à Berny, il nous portait la bouffe dans d’immenses caisses métalliques ». Après l’entraînement, Chabal, Nallet et les autres se faisaient réchauffer la bonne chère, avant de laver, dans un roulement organisé par Pierre Berbizier « himself », les quarante assiettes du déjeuner.

De fait, le Racing-Metro des années sombres n’intéressait personne mais vivait plutôt bien. On se retrouvait à Noël. La belle-mère de Jacky Lorenzetti (89 ans) tricotait des nounours Ciel et Blanc aux joueurs de l’équipe « Une ». « On avait aussi construit un centre de formation à la hâte, se marre un vieux de la vieille. Pour ça, on avait coulé une dalle de béton sur laquelle on avait posé un Algeco. A la télé, Jean-Pierre Elissalde avait même dit que notre académie était une roulotte. Et c’était vrai ! » A la Croix de Berny, le Racing a donc écrit les premières lignes de son histoire contemporaine. Il s’est aussi forgé une identité, se démarquant soudainement de l’image que cultivait jusque-là le Racing Club de France : élégante, anglo-saxonne, tout à la fois aristocrate, canaille et show-bizz. Un proche de Lorenzetti confesse : « Nous ne voulions pas refaire l’histoire. Les nœuds papillons roses et le champagne à la mi-temps n’auraient pas supporté le copié-collé. […] Jusqu’aux années 2000, le Racing représentait la bonne société parisienne, le bon chic bon genre du Bois de Boulogne et les entraînements au Pré Catelan. Ils étaient cinquante et vivaient entre eux. Nous ne pouvions continuer ainsi. Il nous fallait une image populaire, accessible, familiale. Pour survivre dans le rugby pro, il nous fallait des spectateurs à Colombes. » Ce sont donc les supporters de l’US Metro, et eux seuls, qui ont donné au Racing l’identité RATP, bravache et très « banlieue rouge » qui caractérise aujourd’hui le club des Hauts-de -Seine. Parce qu’il y a dans les travées de Colombes beaucoup plus de communistes, de trotskystes et de « cégétistes » que dans tous les autres clubs du rugby pro...

« Castro » promet la guerre

De cette époque, de cet âge de fer un brin touchant, Lorenzetti n’a rien oublié. Assis sur un siècle d’histoire, il a aussi compris qu’on arrêterait de l’emmouscailler avec l’épopée des nœuds pap’s le jour où « son » Racing gagnerait enfin un titre. L’heure est venue, semble-t-il. Et puisque Toulon, écarté de l’Europe, sera désormais intouchable en Top 14, autant mettre toute son énergie au service de la Champions Cup. Car on ne pourrait rêver meilleur tirage, pas vrai ?

Au printemps 2016, Leicester est en pleine métamorphose (lire en page 6). Du jeu d’avants simpliste et rugueux qui avait fait sa force, ne reste plus grand chose, à tel point que le pack du Stade français lui fit souffrir mille maux, voici deux semaines à Welford Road. Les Tigers de Leicester, c’est fort. Mais ça l’est moins que le Racing, les Saracens et les Wasps. Martin Castrogiovanni, sept saisons dans les Midlands, nuance : « Il n’y a pas de favori et quelle que soit l’époque, un Tiger reste un Tiger. Chez eux, la culture de combat, voire de violence reste la même. Quand j’ai débarqué là-bas, l’entraînement du mardi me faisait peur. Il y avait des bagarres. Mais de vraies bagarres ! Les vieux -Lewis Moody, Neil Back, Martin Corry, Martin Johnson ou Julian White- te faisaient vivre l’enfer. Après ça, le match me semblait presque facile. Cet esprit commando n’a jamais disparu. à Leicester, il se transmet de génération en génération ». Poussés par 30 000 gosiers et campés sur les légendes sanglantes de la bande à « Johnno », les Tigers ont promis l’enfer aux Racingmen. Mais Lyon vaut bien une guerre, n’est-ce pas...

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