Soyaux-Angoulême sous surveillance

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    Soyaux-Angoulême sous surveillance
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La Commission de Contrôle des Clubs Fédéraux a rouvert le dossier des photographes auto-entrepreneurs. La participation de Soyaux-Angoulême à la phase d’accession au Pro D2 est remise en cause.

Après les dépôts de bilan des clubs de Chalon-sur-Saône et de LiIle, le championnat de Fédérale 1 pourrait connaître une nouvelle secousse d’ampleur. La participation de l’équipe de Soyaux-Angoulême à la phase d’accession au Pro D2 est réévaluée en ce moment même par la Commission de Contrôle des Championnats Fédéraux (CCCF). Elle s’intéresse au montage des salaires versés aux joueurs angoumoisins. Au centre de ses questionnements : le statut de la vingtaine de ceux qui ont monté parallèlement à leur présence au club une activité d’auto-entrepreneur, tous en tant que photographe. Au mois de décembre, la DNACG avait pourtant validé la participation du club à la phase d’accession. À cette époque, le président de Soyaux-Angoulême Jean-Jacques Pitcho assurait que cette activité d’auto-entrepreneur relevait de la responsabilité individuelle des joueurs, et qu’elle n’était pas une activité montée de toutes pièces par le club, pour déguiser une partie de leur salaire et dépasser de façon cachée le plafond autorisé de 30 % maximum de masse salariale autorisée sur l’ensemble du budget. De nouveaux éléments ont incité la CCCF à rouvrir ce dossier.

Aubenas-vals réintégré ?

D’après nos informations, elle a basé son action sur une observation : les lettres d’embauche des joueurs précisent une proposition salariale, qui correspondrait à l’addition de leur salaire officiel versé par le club et le niveau d’activité de leur auto-entreprise. En clair, le niveau de cette activité aurait été programmé. Elle pourrait donc correspondre à un salaire déguisé. Des indemnités kilométriques seraient aussi sujettes à caution. Un joueur domicilié à Bordeaux recevrait un dédommagement kilométrique important, correspondant à des allers et retours permanents entre son lieu de vie et le terrain d’entraînement. La CCCF a envoyé à tous les joueurs concernés des demandes d’éclaircissement. Le dossier est très chaud. Soit Soyaux-Angoulême sort blanchi de ce complément d’enquête, et le championnat peut reprendre sa route tranquillement. Soit la CCCF estime qu’il y a fraude, et la Fédération se trouvera face à une situation qui pourrait devenir incertaine.

En théorie, Soyaux-Angoulême serait déclaré inapte à concourir pour le Pro D2. Nevers prendrait la place de second au classement national, et participerait directement aux demi-finales de la phase d’accession. Les équipes suivantes grimperaient aussi d’un cran dans la hiérarchie, ce qui modifierait la composition des oppositions en barrage. Et c’est le club d’Aubenas-Vals qui serait qualifié en sixième position. Discrètement, la semaine dernière, la Fédération a envoyé un courrier aux responsables d’Aubenas-Vals pour savoir leur position, si Soyaux-Angoulême devait être déclassé. Ces derniers ont consulté leur comité directeur et leurs partenaires, et se sont déclarés prêts à accepter une éventuelle participation. Une éventualité dans ce cas de figure : si une sanction tombait, les dirigeants de Soyaux-Angoulême feraient sans doute appel à la commission de conciliation du CNOSF. En interne, depuis quelques jours, Jean-Jacques Pitcho et ses dirigeants organisent leur riposte. Une demande de conciliation de leur part au CNOSF induirait sans doute la nécessité de repousser les phases finales.

Quoi qu’il en soit, la Fédération semble décidée à faire toute la lumière sur cette affaire, pour ne pas autoriser un club à jouer sa carte de la montée en Pro D2 tout en craignant, comme Lille la saison dernière, qu’il puisse être interdit de montée par la suite. Deux fois de suite, elle décrédibiliserait son institution chargée de contrôler le train de vie de ses clubs. L’affaire ne fait que commencer.

L’homme fort du SA XV, Didier Pitcho, directeur général de Soyaux-Angoulême, monte au créneau pour défendre son club.

Quelle est votre réaction par rapport aux suspicions qui touchent votre club ?

Il est vrai que la Fédération nous a demandé des explications par rapport aux statuts de nos joueurs. Il faut savoir que nos joueurs ont un contrat de travail avec le club, fait en bonne et due forme. Ces contrats ont d’ailleurs été avalisés par la Fédération. Nous avons pu fournir tous les justificatifs nécessaires pour prouver notre bonne foi. Oui, nous avons des joueurs qui ont d’autres activités que le rugby et c’est leur droit le plus absolu. Certains sont pigistes de presse, un autre est dans l’éducation nationale par exemple. Cela appartient à la sphère privée et c’est légal. De notre côté, nous avons tout à fait le droit de faire jouer des joueurs pluriactifs puisque nous dépendons de la Fédération française de rugby et non pas de Ligue. J’entends bien que l’on veut nous sanctionner. Mais sur quel prétexte ? Nous ne faisons rien d’illégal et cela nous a été confirmé par la Fédération. Je précise d’ailleurs que nous n’avons jamais été convoqués pour nous expliquer. La totalité de notre effectif sera reconduite et je mets au défi quiconque de trouver un joueur qui ne soit pas content de rester à Soyaux-Angoulême.

Tout cela doit vous affecter…

Avec mon frère Jean-Jacques, nous sommes dans le rugby depuis une bonne cinquantaine d’années. Nous sommes contents que tout se passe bien sur le terrain. Cet après-midi encore (dimanche, N.D.L.R.) nous avons gagné avec le bonus et nous finirons premiers nationaux. Notre fierté, c’est d’avoir réveillé une région tout entière qui pousse notre club. Si ce club monte en Pro D2 dès cette année, nous en serons ravis. Sinon, nous réessaierons la saison prochaine. Nous avons construit notre projet dans la durée. Nous ne sommes pas des arrivistes. Honnêtement, je pense que le club de Soyaux-Angoulême dérange. Nous sommes en passe de réussir en très peu de temps ce que certains n’ont pas pu faire en une décennie. Aujourd’hui, nous sommes au sommet de la Fédérale 1, en passe d’obtenir notre montée en Pro D2 et cela ne plaît pas peut-être pas à tout le monde.

Par Guillaume Cyprien et David Bourniquel

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