Ballons de récupération : l’ouverture... à l’arrière !

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    Ballons de récupération : l’ouverture... à l’arrière !
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Denrées aussi précieuses que rares, les ballons de récupération se doivent d’être utilisés le plus justement possible. D’où l’idée, pour cela, de confier leur gestion à un joueur « protégé » dans le champ profond aux idées plus claires pour effectuer le bon choix...

Avec les saisons et la sophistication toujours plus efficace des systèmes défensifs, l’assertion suivante fait désormais figure d’évidence : les meilleurs ballons à négocier demeurent les ballons de récupération, qui permettent d’affronter des défenseurs désorganisés. À tel point que les systèmes offensifs sont aujourd’hui dessinés pour se mettre le moins possible en situation de perdre le ballon…

Sauf que, malgré toute les précautions, le jeu demande faute, qu’elles soient de main ou de soutien. Si bien que lors de chaque match, une équipe de haut niveau perdra entre cinq et quinze ballons par match. Soit autant d’occasions pour l’adversaire de contre-attaquer. Pas beaucoup ? Certes. Raison de plus pour s’organiser le mieux possible…

Vision panoramique et bon choix

La meilleure manière de négocier les ballons de récupération ? Elle consiste, évidemment, à utiliser très vite les espaces au large, précisément là où les adversaires étaient chargés d’être positionnés en profondeur. Sauf que la théorie n’est pas vraiment la pratique et qu’à ce titre, l’idéal est que le premier porteur de balle ait bien lu la situation. D’où l’intérêt de faire monter l’arrière d’un cran dès la récupération de balle pour apporter le surnombre, non pas au large, mais en position d’ouvreur. « Aux Harlequins, nous considérons qu’en tant qu’arrière, on a forcément une vision panoramique du jeu, beaucoup plus que les joueurs placés dans le premier rideau, nous expliquait l’arrière des Saracens Mike Brown. On a également plus de lucidité qu’un joueur qui viendrait de subir un choc, de plaquer. Il est donc plus facile pour nous de faire le bon choix… Et comme on est normalement placé dans l’axe du ballon, c’est très facile d’intégrer le premier rideau en position de premier attaquant. »

Qualités naturelles

Ajoutez à cela que de par les qualités naturelles du poste un arrière doit être aussi bien capable d’utiliser le pied que la passe, mais peut aussi se trouver capable de mettre le feu grâce à leurs appuis (à l’image de Brice Dulin ou de Maxime Médard, qui raffolent d’intervenir en premiers attaquants face à des avants) et vous conviendrez que le rôle « d’ouvreur de secours » semble tout indiqué pour les numéros 15…

Premier passeur, premier soutien

Et ensuite, nous direz-vous ? L’arrière doit-il conserver le rôle de « numéro bis » pendant la totalité de l’action ? Certainement pas… « La plupart du temps, sur un ballon de récupération, on a deux choix, explique Brown. Soit taper très loin si le champ profond est dégarni, soit transformer immédiatement le jeu au large. Dans le premier cas, on n’a pas intérêt à suivre le ballon. Lorsqu’on tape au fond du terrain, un adversaire qui se replie peut le renvoyer, auquel cas on sera prêt à contre-attaquer en restant dans la profondeur. Et lorsqu’on joue au large, l’idée consiste plutôt à suivre le ballon, premier passeur, premier soutien… Comme cela, on peut arriver à temps pour assurer la conservation si son partenaire est repris par la défense, tout en permettant à l’ouvreur de retrouver sa position initiale. » Le rôle de l’arrière consistant alors à demeurer dans cette portion du terrain pour étirer la défense et prendre la largeur, en attente d’un éventuel renversement de jeu…

L’œil de Brice Dulin - Arrière du racing 92 et de l’Equipe de France

Quels sont les avantages à ce que l’arrière vienne se placer en position de premier attaquant sur un ballon de récupération ?

Il y en a plusieurs. Le premier, c’est que comme l’arrière est positionné en profondeur, il dispose d’une vision large sur le jeu qui lui laisse plus de temps pour analyser la situation ou faire le bon choix. La seconde, c’est que le fait de venir du fond du terrrain nous permet de prendre le ballon à pleine vitesse, à la différence de l’ouvreur qui non seulement ne peut pas s’attendre à recevoir la balle puisqu’il s’agit d’un ballon de récupération, mais est de surcroît placé beaucoup plus près de la défense. Il est donc rapidement sous pression, mais pas l’arrière.

Quel est l’objectif ?

Le but est retrouver de l’avancée afin de remettre le plus rapidement possible les joueurs qui se trouvent devant nous en jeu. L’autre objectif est de garder la dynamique et d’enchaîner au plus vite, pour exploiter au mieux ce ballon de récupération, qui sont les meilleurs à jouer. L’arrière va donc analyser rapidement la situation, et prendre la décision qu’il faut : en fonction de ses soutiens et du placement adverse, il peut solliciter le numéro huit pour que celui-ci retrouve ses avants, ou au contraire écarter au plus vite le ballon sur les extérieurs pour exploiter un surnombre. Il ne faut aussi pas négliger le fond du terrain adverse : si celui-ci est libre, un coup de pied dans cette zone avec une montée rapide peut renverser la pression, et permettre d’occuper le camps adverse.

Quelle information l’arrière doit-il alors prendre en premier ?

Je dirais les soutiens offensifs : il faut savoir qui se trouve autour de nous avant de prendre une décision. Chaque club dispose de schémas pour relancer le ballon, donc il faut tout d’abord savoir si les joueurs sont disponibles à le faire. Mais après, il n’y a pas vraiment de hiérarchie dans la prise d’information, tant les choses vont vite : en deux secondes, on doit avoir fait le tour de la situation générale. On regarde le rideau défensif, le champ profond… Après, si l’on voit que le premier rideau est très fourni, on peut en déduire que l’adversaire a délaissé le deuxième ou le troisième rideau. Donc cela peut aller vite.

Les compétences requises pour évoluer aux postes d’arrière et d’ouvreur sont finalement assez similaires, non ?

C’est vrai, mais l’approche tactique du match est vraiment différente entre ces deux postes : l’ouvreur est constamment sous la pression de la troisième ligne adverse, l’arrière est donc là pour le soulager.

L’arrière doit-il toujours se trouver dans l’axe du ballon pour se muer en premier attaquant ?

Non, pas toujours. Dans certains cas, on ne peut pas se placer en position d’ouvreur, même sur un ballon de récupération car il faut constamment changer de position sur le terrain afin de perturber l’ouvreur adverse. C’est un peu le jeu du chat et de la souris… Avec l’usage de la vidéo, les ouvreurs étudient de près le fonctionnement du triangle arrière. Et puis leur jeu au pied et de plus en plus précis et efficace, donc il faut se méfier.

Simon Valzer
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