T’as l’bonjour d’Albert !

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    T’as l’bonjour d’Albert !
Publié le , mis à jour

De Brisbane à Colombes, le globe-trotter fidjien a connu six clubs en sept ans. Il revient sur les rebonds de son incroyable trajectoire…

Le 5 juin, Albert Vulivuli (30 ans) affrontera Montpellier pour la quatrième fois cette saison. « Avec deux clubs différents, précise-t-il, hilare. La dernière fois, Jake White m’a même dit qu’il en avait marre de voir ma tête ! » Pour l’avoir entraîné l’an passé, le boss des « langueboks » connaît bien le Fidjien. « Oui, s’excuse-t-il dans un sourire. Car j’ai pas mal voyagé… » Débarqué en France en 2009, Vulivuli a ensuite connu cinq clubs en sept ans, passant de Bourgoin au Racing en un changement d’appui, puis des Hauts-de-Seine à La Rochelle, de l’Atlantique à Montpellier, de l’Hérault à Clermont et, enfin, de l’Auvergne au Racing, où il avait passé trois saisons de 2010 à 2013. « J’y ai donc retrouvé une partie de ma famille, Frans van der Merwe, Eddy Ben Arous ou Bernard Le Roux », qu’il avait tous connus à l’époque où les Franciliens s’entraînaient encore à la Croix de Berny, sous les ordres de Mannix et Berbizier. Il ironise : « J’ai coutume de dire que je connais les plans de jeu de toutes les équipes du Top 14. Mais je ne voyage pas par choix. Si l’on me proposait un vrai contrat, je ne partirais plus. Vous savez, ma famille est fatiguée de prendre la route. »

Au fil de sa carrière, Albert a enchaîné les petits boulots, joker médical de Benjamin Fall (un secteur épargné par la crise), joker Coupe du monde à l’ASMCA ou suppléant de Benson Stanley en Auvergne. « C’est un peu l’histoire de ma vie, confie-t-il aujourd’hui. Il n’y a jamais vraiment eu de place pour moi. Quand j’ai débuté en Australie (aux Reds, N.D.L.R.), je ne pouvais participer au Super Rugby parce que la franchise possédait déjà deux étrangers, les Néo-Zélandais Daniel Braid et Ezra Taylor. J’avais donc le choix entre Bourgoin et le Japon. J’ai choisi la France. »

Joker radical

Après avoir passé huit mois en Auvergne, Vulivuli - qui a grandi aux côtés de l’ancien Toulonnais Gabriel Lovobalavu - a été engagé par les Racingmen comme joker médical de Teddy Thomas, blessé aux ischio-jambiers. Laurent Labit explique : « Quand nous sommes arrivés au Racing en 2013, je voulais conserver Albert. Mais il avait déjà signé pour La Rochelle. » Si Virimi Vakatawa faisait faux bond aux Racingmen, l’idée serait aujourd’hui de conserver Vulivuli dans l’effectif pour deux saisons supplémentaires. « On verra, avoue-t-il un rien fataliste. S’il le faut, je bouclerai à nouveau mes valises. Je suis un habitué des choix douloureux. » Parce qu’à l’instant où il disait « oui » à l’ASMCA, voici dix mois, il devait simultanément dire « non » à John McKee, le sélectionneur des Fidji : « Je ne pouvais refuser l’offre de Clermont. J’ai deux enfants, il me fallait un contrat pour les nourrir. Tous les mois, j’envoie aussi de l’argent à ma mère, au pays. Elle souffre d’une grave maladie des reins. Ses soins médicaux coûtent très cher. » Pour toutes ces raisons-là, Albert Vulivuli a fait une croix sur le Mondial anglais. « À l’époque, mon épouse en était aussi à son neuvième mois de grossesse. Je l’avais laissée dans le même état lors de la Coupe du Monde néo-zélandaise, quatre ans plus tôt. Je me voyais mal recommencer. Mon frère m’a dit : « Elle trouve toujours le moyen d’accoucher pendant la Coupe du monde ! Je crois qu’elle a envie que tu mettes un terme à ta carrière ! » Ça m’a fait rire. »

Alors qu’il s’apprête à retrouver l’un de ses anciens clubs, le délicieux Vulivuli aura comme toujours une pensée pour son père, à l’instant d’entrer sur la pelouse de Colombes. « Papa était pêcheur à Savusavu, le paradis caché des Fidji. Il ramenait le thon jaune ou du requin corail pour nourrir les siens, pas pour le vendre. La disparition de mon père m’a fait mal. Je pense souvent à lui. Mes premiers exercices de musculation, je les ai faits sur sa petite barque, en luttant avec un marlin de quatre mètres pendant près de deux heures… »

Marc Duzan
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