Poitrenaud : « Je ne quitte pas le Stade toulousain »

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    Poitrenaud : « Je ne quitte pas le Stade toulousain »
Publié le , mis à jour

L’arrière international (47 sélections), qui a débuté avec Toulouse en 2001 et y a effectué toute sa carrière, a annoncé dans les colonnes du magazine toulousain Boudu qu’il ne prolongerait pas son contrat au club en fin de saison. Pour Midi Olympique, il a choisi de se confier sur sa décision de ne pas porter un autre maillot en Europe, sur ses contacts avec les États-Unis pour y effectuer une dernière pige, et sur le rôle qui devrait l’attendre ensuite au Stade toulousain.

Après cette fin de saison, vous ne porterez plus le maillot du Stade toulousain, comme vous l’avez révélé il y a quelques jours. Aviez-vous imaginé ce jour ?

Non, même si on pense forcément. Les années passant et l’âge avançant, on comprend que l’échéance se rapproche. Maintenant, c’est dur de déterminer une date précise. C’est quelque chose que l’on aimerait maîtriser mais qu’il est parfois difficile de faire… Cela s’est plutôt bien passé de ce côté avec le Stade toulousain. C’est une décision disons choisie.

Cela n’empêche pas que vous souhaitiez jouer une année supplémentaire ?

Évidemment que si j’avais eu la possibilité de le faire, je n’aurais pas pu refuser une saison supplémentaire dans mon club. Je l’aurais même prise avec grand plaisir. Il est vrai que j’avais émis l’idée, au début de la saison, de poursuivre. Après, au vu des circonstances de l’exercice en cours et des trente-quatre ans que j’aurai dans quelques jours, j’ai tout à fait compris le choix du Stade toulousain de ne pas me faire signer pour une saison supplémentaire. Et c’est à partir de là que j’ai pris la décision d’arrêter… Enfin, en tout cas d’arrêter de jouer en France et en Europe pour l’instant, puis de me donner la possibilité de me reconvertir au sein du club, puisque ce sont des discussions que nous avons ensemble, et aussi de faire éventuellement une pige à l’étranger.

L’idée de porter un autre maillot que celui de Toulouse en France vous était-elle impossible à envisager ?

J’ai eu quelques contacts… Mais, déjà, je viens de vivre une saison délicate, dans le sens où j’ai beaucoup moins joué que les années précédentes, du fait notamment de ma blessure à la cheville la saison dernière puisque j’ai mis du temps à retrouver des sensations. Cela n’incite pas forcément les autres clubs à se tourner vers moi. Et ensuite, il est certain qu’avoir passé seize années professionnelles dans ce club, et au-delà mes vingt-six ans de licence au Stade toulousain, ne rendent pas évident le fait d’envisager évoluer ailleurs en France ou même en Europe. C’est pour cela que j’ai pris cette décision d’éventuellement m’offrir une opportunité de quelques mois aux États-Unis.

Pourquoi ce désir d’une pige aux États-Unis en particulier ?

Car je trouve l’idée très sympathique et parce que c’est un championnat émergent, que c’est l’occasion de vivre une aventure intéressante dans la mesure où j’ai toujours joué en France et à Toulouse. Puis être au début d’une histoire comme celle-ci me correspond bien. Je serais donc ravi de vivre autre chose à l’étranger. Mais me replonger dans le championnat anglais, ou même dans un autre championnat européen, était une hypothèse plus dure à envisager pour moi.

Est-ce l’aspect plus exotique ou culturel qui vous plaît dans cet ultime défi sportif ?

Oui. J’ai fait le choix de rester au Stade toulousain durant toute ma carrière. J’avais de bonnes raisons sportives puisque j’ai disputé onze finales et gagné quelques titres (quatre fois champion de France et trois fois champion d’Europe, N.D.L.R.). Cela m’a aussi permis de jouer avec l’équipe de France. J’avais donc des tas d’arguments pour demeurer fidèle à mon club mais on sait qu’aujourd’hui, le rugby professionnel donne l’opportunité de voyager et découvrir d’autres cultures, d’autres façons de vivre. Je n’en ai pas profité, donc je me dis que c’est peut-être le moment de tenter le grand saut. D’autant plus qu’effectuer une pige là-bas ne me couperait pas d’activités que je pourrais entreprendre en France.

Avez-vous des premiers contacts concrets avec certaines équipes américaines et des discussions se sont-elles nouées ?

J’ai un agent qui s’est rendu sur place et qui s’occupe de mon dossier. C’est dans les tuyaux mais, pour l’instant, rien n’est fait ni établi. C’est une idée que j’ai émise et je planche dessus. Les discussions n’ont pas encore été réellement entamées puisque les États-Unis sont en plein championnat actuellement et les équipes ne sont pas encore constituées pour la prochaine saison. Mais c’est un projet que je compte mener à bien.

Le Japon était aussi une destination qui vous attirait pour une dernière pige. Cette piste est-elle abandonnée ?

Culturellement, le Japon est bien sûr très riche et dépaysant. C’est donc une expérience qui me plairait également. Maintenant, le championnat nippon s’est énormément densifié et il y a moins d’étrangers qui sont recrutés dans les provinces. Disons que les Japonais essayent un peu de changer leur politique et ce sera ainsi certainement plus difficile de me rendre là-bas. Voilà pourquoi j’ai plutôt fait le choix des États-Unis.

En signant aux États-Unis ou au Japon, vous seriez le premier joueur majeur français à disputer l’un de ces deux championnats et feriez office de pionnier…

C’est ce qui m’attire, tout comme le fait qu’un grand pays comme les États-Unis s’ouvre à un sport qui est ancré dans notre culture en Europe. Faire partie de ce courant-là, je trouve cela très excitant. Ce n’est pas une question financière mais pour l’aventure humaine ou familiale, parce que ce n’est pas là-bas que je ferai fortune. J’aurai probablement gagné davantage d’argent en acceptant la proposition d’une équipe de Pro D2 ou d’un club ambitieux de Fédérale 1.

L’ancien Biarrot Jean-Baptiste Gobelet dispute la première édition du championnat américain. Êtes-vous en contact avec lui ?

Je jouais avec Jean-Ba en moins de 19 ans, donc on est effectivement en contact. On discute un peu et j’ai aussi quelques amis français qui sont sur place et aimeraient bien me voir débarquer. Mais, encore une fois, rien n’est acté. C’est vraiment un projet qui est en marche mais qui n’est pas bloquant pour ce que je pourrais lancer en France avant de partir.

Faites-vous allusion à des activités extrasportives ou à une reconversion au Stade toulousain ?

Le club et moi avons émis l’idée de demeurer en lien. D’ailleurs, j’ai lu un peu partout que je quittais le Stade toulousain ces derniers jours. Je ne quitte pas le Stade toulousain. J’arrête simplement d’être joueur au Stade toulousain mais ce n’est pas pour autant que je vais quitter le club. J’en serai toujours proche d’une manière ou d’une autre. Je suis en train de réfléchir à cela. Avec René Boucatel (président du club, N.D.L.R.) et Fabien Pelous (directeur sportif, N.D.L.R.), nous avons eu quelques entrevues pour une éventuelle reconversion, qui prendra effet à plus ou moins court terme. Ce sont aussi des choses dans les tuyaux.

Pouvez-vous être plus précis sur le rôle qui vous attend au club ? Est-ce que cela se rapprochera de l’entraînement ?

Oui, c’est quelque chose qui me plairait. Le staff professionnel est déjà constitué mais pour ce qui est de la formation, il y a des possibilités. Être entraîneur ne s’improvise pas et il y a des phases à respecter mais il y a beaucoup de belles initiatives à mettre en place. Je pense pouvoir apporter mon engagement, ma volonté et mon expérience. Et, pourquoi pas, se rapprocher petit à petit du groupe professionnel à terme. C’est de l’ordre de la réflexion.

Cette envie de transmission a-t-elle toujours existé chez vous ?

Cela fait partie de la culture du club. Moi, j’ai toujours eu comme entraîneur d’anciens joueurs quand j’étais gamin. Et même en équipe première pendant toutes ces années. Que ce soit Philippe Rougé-Thomas, Jean-Baptiste Elissalde, William Servat, Yannick Bru, Guy Novès… Avec les jeunes, c’est pareil, que ce soit chez les Espoirs ou jusqu’aux Benjamins. C’est dans mon vécu, donc je me pose la question. Je n’ai jamais été un joueur « physico-physique » et j’ai dû trouver d’autres armes pour évoluer au plus haut niveau. Du coup, je pense avoir quelques qualités à faire valoir de ce côté-là.

Si vous ne deviez garder qu’un ou deux moments forts de votre carrière au Stade toulousain, quels seraient-ils ?

J’ai eu la chance de remporter beaucoup de titres, donc c’est difficile d’en sortir un du lot parce qu’ils ont tous une saveur particulière. Mais j’ai quand même envie de retenir le premier Brennus (en 2001, quelques mois après ses débuts en équipe première, N.D.L.R.) car c’est toujours exceptionnel. Puis c’était avec Fred (Michalak, N.D.L.R.), Jean (Bouilhou, N.D.L.R.), Nico (Jeanjean, N.D.L.R.), notre bande avec laquelle j’ai passé de nombreuses années par la suite. Il y a aussi eu les moins bons moments desquels j’ai toujours su tirer du positif et de la force. Je n’ai pas de regret spécifique.

Vous parlez de moins bon moment car la carrière de Clément Poitrenaud au Stade toulousain, c’est aussi deux graves blessures (fracture du tibia en 2008 et fracture de la cheville en 2015) ou encore cette bévue lors de la finale de Coupe d’Europe perdue contre les Wasps, en 2004, qui vous a toujours poursuivi…

Les Wasps, je comprends que cela fasse partie de mon CV. Je ne pourrai jamais rayer cette ligne. Mais, très sincèrement, je n’ai jamais été traumatisé par ce qui s’est passé ce jour-là. C’était en 2004 et nous sommes en 2016. Donc si cela avait dû m’affecter de manière excessive, je crois que je n’aurais pas fait douze années derrière et gagné autant de titres par la suite. Je ne peux pas nier cela mais j’espère qu’on ne retiendra que ça de moi non plus (sourires).

Vous évoquiez Frédéric Michalak, qui a décidé de se lancer un ultime défi à Lyon. Mais c’est toute une génération qui est en train de tirer sa révérence avec vous, Nicolas Mas, David Marty, Imanol Harinordoquy, David Skrela, Julien Bonnaire, Pascal Papé, Damien Traille, des joueurs que vous avez tous côtoyé chez les Bleus sous Bernard Laporte. Que vous inspire votre carrière internationale ?

Je suis très fier de ce parcours en équipe de France, même si j’aurais aimé avoir trois sélections supplémentaires (il en compte quarante-sept, N.D.L.R.) et parvenir à cinquante. Cela aurait fait un compte rond !

Mais n’avez-vous pas quelques regrets ?

Peut-être simplement la Coupe du monde 2011 que je suis passé près de disputer. Marc Lièvremont m’a appelé, le matin même avant l’annonce du groupe, pour me prévenir que je n’y étais pas. Donc cela signifiait que je n’en étais pas loin. C’est sûrement le seul regret que j’ai. J’aurais adoré effectuer une troisième Coupe du monde personnelle, en Nouvelle-Zélande, dans le pays du rugby. Mais cela fait partie des aléas d’une carrière et des désagréments que l’on doit affronter. J’ai toujours réclamé de l’honnêteté à mon égard de la part de mes entraîneurs. De mon côté, j’ai toujours été honnête avec eux et, du coup, je n’ai ni rancœur ni de ressentiment pour qui que ce soit.

Effectivement, vous ne semblez pas ressentir de rancœur même si les négociations avec votre club ne vous ont pas permis de jouer un an de plus à Toulouse…

Non, parce que c’est une décision réfléchie. Puis, de toute façon, il faut bien s’arrêter à un moment ou à un autre. Si cela n’avait pas été cette année, cela aurait été la saison prochaine. Quelque part, c’est triste de me dire que je ne porterai plus le maillot de mon club de toujours. Je suis resté relativement maître de mes choix même si, je le répète, je n’aurais pas craché sur une année supplémentaire. À partir de l’instant où ce n’est pas le cas, il faut savoir prendre ses responsabilités et un peu de recul. J’espère que les discussions avec le club, sur d’autres sujets, avanceront positivement de manière à ce que je garde un pied chez moi.

Jérémy Fadat
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