L’heure [M]h[R]

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Publié le , mis à jour

Pour sa première finale depuis cinq ans, Montpellier aura l’occasion, ce soir à Lyon, de remporter le premier titre majeur de sa courte histoire. Et de s’installer officiellement parmi les grands clubs français, à la faveur d’une méthode critiquée mais efficace.

«C’est curieux... Personne ne dit quoi que ce soit. Il n’y a rien d’anormal dans les discours, mais on sent dans les comportements, dans les regards, dans une somme de petits détails, qu’il se passe quelque chose. Il y a des ondes qui circulent... Vous savez, on n’a pas d’histoire alors tout ça est nouveau pour nous. » Mohed Altrad l’a découvert ces derniers jours : une semaine de finale ne peut être ordinaire, fusse-t-elle de Challenge Cup. Un moment d’exception pour lequel le président du MHR travaille, et investit, depuis cinq ans. Il n’avait pas apprécié de la même manière la finale de 2011, perdue au Stade de France face à Toulouse (10-15) : « J’étais là depuis une semaine, propriétaire mais pas encore président. Je me souviens être allé dans les vestiaires avant le match. Je ne connaissais personne et personne ne me connaissait, j’étais passé complètement inaperçu. D’ailleurs, j’avais assisté à la rencontre aux côtés de Serge Kampf en tribunes et j’avais été incapable de lui citer le nom des joueurs présents sur la pelouse. Un peu plus tard, il avait confié dans la presse avoir été effaré qu’un président ne sache pas le nom de ses joueurs... »

Le patron du club montpelliérain sourit. De l’eau a coulé sous les ponts depuis... « Objectivement, nous avons des arguments qui n’existaient pas en 2011. » Qui s’appellent Bismarck et Jannie Du Plessis, Pierre Spies ou François Steyn. Rafraichissante surprise il y a cinq ans, le MHR fait aujourd’hui figure de nouvelle puissance de la planète ovale. Tout a été fait, ces cinq dernières années, pour en arriver là. Avec plus ou moins de succès : un quart de H Cup, trois barrages et une demie de Top 14. Mais pas de nouvelle finale. Celle-ci vient comme une validation : « Disons que ça nous conforte dans notre travail, reprend Altrad. Rien n’est permanent dans le sport, tout y est fragile et je ne suis pas sûr que la gloire existe dans ce domaine. Mais c’est vrai que sans le travail de construction et d’anticipation effectué ces dernières années, nous n’en serions sûrement pas là. Nous avons construit une équipe pour pouvoir jouer sur les deux tableaux et même s’il ne s’agit que de la petite Coupe d’Europe, un titre serait pour nous historique, passionnant et très encourageant. »

Marquer l’histoire

Un premier sacre majeur (après le titre de Pro D2 en 2003 et celui de Challenge européen en 2004), mais surtout une première étape. C’est là-dessus que veut insister l’entraîneur Jake White : «On verra vendredi si on mérite de jouer la Champions Cup l’an prochain... Ce qui se passe en ce moment est surtout important pour l’avenir et notre objectif d’installer le club parmi les six premiers de France. Pour l’instant, il est très difficile de faire venir les meilleurs joueurs français. Ils répondent toujours la même chose : « je veux gagner des titres ». Or, le club n’en a pas et ne peut pas rivaliser avec Toulouse, Toulon ou Clermont. Si on l’emporte, ce sera une première étape dans ce processus. » Et l’occasion d’installer officiellement Montpellier parmi les équipes phares de l’Hexagone. « Ce match de Challenge Cup ressemble à un match de Champions cup pour nous. C’est un grand rendez-vous, confirme le capitaine Fulgence Ouedraogo. On en parle entre nous : on veut être les premiers à soulever une coupe européenne et peut-être gagner le championnat. »

Montpellier semble désormais taillé pour le succès. Avec 24 millions d’euros de budget, le club veut se montrer à la hauteur de ses ambitions. Malgré un début de saison laborieux, une qualification in extremis pour les phases finales européennes, le MHR impressionne ces dernières semaines. Avant un revers prévisible à La Rochelle samedi dernier en raison de l’important turn-over effectué en vue de cette finale, il restait sur une épatante série de dix victoires consécutives.

White : « je suis payé pour gagner »

Aussi tardives furent-elles, les arrivées des frères du Plessis, de Spies ou de Steyn ont transfiguré le groupe. Des champions, de Currie Cup, de Super Rugby ou du monde, dont l’expérience des finales pourrait se révéler primordiale ce soir. Ils sont là pour ça. Jake White ne s’en cache pas : « Ces joueurs ont beaucoup gagné, ils savent comment on remporte ces matchs. Si ça se passe mal à un moment vendredi soir, je sais que Bismarck (Du Plessis, N.D.L.R.) ira taper sur l’épaule des jeunes en leur disant que tout ira bien. Ils rassurent. » Et savent gérer la pression de l’événement, qui avait complètement dépassé Montpellier en 2011. La clé du succès selon le talonneur champion du monde en 2007 : « Une finale se joue toujours sur des détails, la marge de manœuvre y est minuscule en général. L’équipe qui l’emporte est donc celle qui gère le mieux la pression. » Alors le reste du groupe « s’appuie beaucoup sur eux, forcément, avoue l’ailier Marvin O’Connor, qui disputera la première finale de sa carrière ce soir à Lyon. On leur demande beaucoup de conseils, on les écoute. Une finale, ça se gagne, Jake nous le martelle à longueur de journée. » Et la victoire a un coût, humain parfois. L’été dernier, le groupe avait été complètement chamboulé (changement d’entraîneurs, dix-neuf départs et dix-neuf arrivées). Ces derniers jours, le cas Trinh-Duc a beaucoup fait parler. Revenu de blessure la semaine dernière, l’enfant chéri du MHR ne figure pas dans le groupe pour ce qui pourrait être sa dernière finale avec le club avant son dernier départ à Toulon. Mas et Privat non plus, tandis que Paillaugue sera laissé sur le banc au profit de White. « J’entraîne depuis longtemps et je sais qu’il faut parfois faire des choix difficiles, justifie Jake White, qui avait été sacré champion du monde à la tête des Springboks à 44 ans. Mais l’essentiel est de gagner. Je ne suis pas payé pour que les gens soient contents, je suis payé pour gagner. » Que la méthode plaise ou non, force est de constater qu’elle fonctionne. Au point que l’équipe du « Languebok », « sixième province sud-africaine » selon ses détracteurs et pointée du doigt par beaucoup de monde dans le milieu, est aujourd’hui supportée par les autres clubs français, à qui elle est en passe d’offrir une septième place qualificative pour la prochaine Champions Cup. Ironique, avez-vous dit ?

Emilie Dudon
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