Masoe : «On n’est pas vieux quand on a 36 ans !»

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    Masoe : «On n’est pas vieux quand on a 36 ans !»
Publié le , mis à jour

Dans dix jours, Chris Masoe aura 37 ans. Du jardin de Satua-Savaii à la pelouse de Nottingham, le All Black (20 sélections) se raconte. Sans prendre de gants...

Brice Dulin nous racontait la semaine dernière que vous êtes le grand ordonnateur des troisièmes mi-temps, au Racing. Comment faites-vous, à votre âge ?

Je me punis dès le réveil ! Je transpire, je souffre pour ne pas pénaliser l’équipe. Et je n’aime pas constater que ceux ayant fait la bringue avec moi ne sont pas à la muscu, le lendemain. (rires) C’est un peu paradoxal, je sais. Mais je suis ainsi. Vous savez, j’ai toujours pris soin de mon corps. Et pour moi, l’âge n’est qu’un chiffre. On n’est pas vieux, quand on a 36 ans !

Vous en aurez 37 le 15 mai…

Oui et je n’ai toujours pas envie d’arrêter ! Je me sens en forme, ma tête est fraîche et tant que ce sera le cas, je poursuivrai. Vous savez, mon frère aîné Maselino (champion du monde des poids moyens en 2004, N.D.L.R.) a arrêté sa carrière professionnelle à 40 ans !

Quand arrêterez-vous, au juste ?

Je n’en sais rien. Jerry Collins, mon meilleur ami, m’avait toujours dit de bien réfléchir avant de ranger les crampons. Il pensait que les regrets étaient le pire ennemi d’un retraité.

Avez-vous des nouvelles de sa petite fille ?

Oui. Je suis en contact avec la belle-sœur de Jerry, qui élève désormais la petite Ayla (15 mois, N.D.L.R.), rescapée de l’accident. Toutes les semaines, elle doit subir des examens à l’hôpital. Mais peu à peu, son état se stabilise. Grâce à son papa, elle a gagné le droit de vivre et s’accroche à ça avec beaucoup de courage.

Vous souvenez-vous de vos débuts au rugby ?

Ça date… J’ai appris le rugby dans le jardin de mes parents, aux Samoa. Nous étions sept frères (pour onze enfants, N.D.L.R.), dans le clan Masoe. J’ai pris des coups. Mais je me suis toujours relevé. J’ai ensuite quitté Satua-Savaii (Samoa) à 16 ans pour rejoindre New Plymouth, en Nouvelle-Zélande.

Dans quel but ?

Mon père était policier, ma mère institutrice. Ils voulaient que je reçoive la meilleure éducation possible, alors ils m’ont envoyé au lycée de Taranaki. Et là-bas, je suis devenu un homme.

Pourquoi ?

J’y étais seul. Je parlais très mal l’anglais et passais mes nuits à pleurer. Mais j’ai eu raison de serrer les dents.

Vous parliez de votre frère Maselino, ancien champion du monde de boxe. Avez-vous également pratiqué ce sport ?

Oui, j’ai fait une dizaine de combats, entre 8 et 14 ans. J’en ai perdu deux, mais jamais par KO. La boxe, c’est hard. Au rugby, tu as quatorze potes. Sur un ring, tu ne peux pas te cacher derrière ton deuxième ligne. Il y a juste toi, le mec qui en veut à ton joli visage et un juge qui ne t’est d’aucune utilité si tu ramasses.

La boxe sert-elle votre pratique du rugby ?

Oui. La boxe enlève la peur du contact. Après être monté sur un ring, tu ne crains plus de jeter ta tête en avant, sans la protéger des bras.

Pouvez-vous schématiser ?

Pour moi, le premier geste du plaqueur s’assimile au crochet d’un boxeur. Les appuis au sol et la façon d’engager l’épaule sont les mêmes. Le plaquage, c’est un mouvement de balancier, ni plus ni moins. Mais la part la plus importante du plaquage est psychologique : si tu veux faire mal à ton adversaire, tu as réussi ton plaquage.

Vous avez réalisé dix-huit plaquages contre Leicester, en demi-finale. Comment l’expliquez-vous ?

Les Tigers couraient vers moi, il fallait bien que je les repousse ! (rires) Plus sérieusement, ce fut plutôt un bon jour, au bureau… à Nottingham, nous voulions tous écrire l’histoire de ce club.

Qui fut, selon vous, le plus grand plaqueur de l’histoire du rugby ?

Chez les îliens, il y en eut beaucoup. Brian Lima, le chiropracteur, a beaucoup marqué les esprits dans les années 90. Il était d’une agressivité incroyable en défense. Ça ne s’enseigne pas. Tu nais avec.

Aviez-vous élaboré un plan anti Fonua, en demi-finale ?

Fonua est une créature impressionnante. à l’époque où il jouait à Agen, il avait fait mal à beaucoup de défenseurs du Top 14. Il avait mis KO Jonny (Wilkinson) et m’avait sonné à l’époque où je jouais à Castres. à chaque fois qu’il s’est emparé de la balle, à Nottingham, j’ai donc essayé de m’occuper personnellement de lui. C’est ce que j’aime dans le rugby : parfois, tu gagnes ton duel et tu te sens fort ; parfois, tu le perds et tu as très mal.

Billy Vunipola, des Saracens, est-il le même genre de « créature » ?

Oui. Mais les Anglais l’ont semble-t-il mis au régime. Il est plus dynamique qu’Opeti ! (rires)

Vous avez déjà disputé deux finales de Coupe d’Europe avec Toulon. Que vous reste-t-il de la première, en 2013 ?

On affrontait Clermont à Dublin et nos adversaires étaient clairement favoris. Nous sommes un peu dans la même position avec le Racing, cette fois-ci. Les Saracens sont invaincus depuis le début de la saison.

Quel fut le plan de jeu contre Clermont, ce jour-là ?

Nous avions choisi de les défier dans l’axe, de ralentir leurs sorties de balle, de leur faire la guerre. Et puis, Juan (Fernandez Lobbe) a volé un ballon au sol et Delon (Armitage) a marqué…

Avez-vous ri quand Delon a salué Brock James ?

Non, pas sur le moment. […] Bon, c’était juste un moment d’excitation. Delon ne voulait pas blesser, j’imagine…

Que vous reste-t-il de la fête qui suivit ?

Le président (Mourad Boudjellal) gardait la coupe avec lui, dans sa chambre. Moi, je voulais la prendre, la sentir, la toucher ! Avec Carl (Hayman) et Juan (Fernandez-Lobbe), on a donc demandé une carte à la réceptionniste, pour tenter de pénétrer dans la piaule. Mais la serrure était consolidée par une chaînette de sécurité…

Regrettez-vous d’avoir quitté Toulon ?

Non, je suis heureux où je suis maintenant. Le Racing est un groupe sain et pour moi, la notion de clan est très importante. Je ne pourrai pas m’épanouir dans une équipe où les notions de partage et de sacrifice sont absentes. J’ai toujours fonctionné ainsi. En 2004, alors que je participais à un tournoi de 7 avec les All Blacks, j’ai quitté le groupe au coup de gong du dernier match de la compétition. Je suis alors grimpé dans un avion pour rejoindre au plus vite Taranaki, mon club d’origine, qui disputait là un match de phases finales. Je suis arrivé avec mes crampons à la main et j’ai pu participer à la deuxième mi-temps !

Quoi d’autre ?

Si j’ai choisi Castres en 2008 (il était aussi courtisé par le Munster à l’époque, N.D.L.R.), c’est surtout parce que le président Pierre-Yves Revol me permettait de disputer le NPC avec Taranaki jusqu’à son terme, quand les Irlandais exigeaient que j’arrive dès l’été. Je suis quelqu’un de fidèle en amitié. D’un peu « old school », dans le rugby actuel…

Marc Duzan
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