« Pour Folau, on ne pourra pas lutter avec Toulon »

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    « Pour Folau, on ne pourra pas lutter avec Toulon »
Publié le , mis à jour

Michael Cheika - directeur sportif des Waratahs l’ancien coach du Stade français, Aujourd’hui à la tête de la franchise de sydney, présente le troisième et dernier match de la tournée. ça décoiffe.

 

Propos recueillis à Sydney par Marc DUZAN

 

 

 

 

 

 

 

Combien de joueurs comptez-vous chez les Wallabies ?
 
 

 

 

Huit dans le XV majeur
 
!
(il compte sur ses doigts, N.D.L.R.)
Polota-Nau, Skelton, Hooper, Palu, Kepu, Folau et Ashley-Cooper. Ils sont en forme, hein
 
? Quand je suis arrivé ici
(février 2013)
 
 
, ils ne travaillaient pas. Ils avaient du talent mais estimaient que finir dixièmes du Super 15, c’était suffisant. J’ai remué tout ça…

 

 

 

 

 

Votre flanker Michael Hooper, capitaine des Wallabies à 22 ans, est quelqu’un d’atypique…

 

 

Il ne ressemble à aucun autre joueur. C’est un surfeur. On a toujours l’impression qu’il se fout tout, que la vie n’est qu’un jeu pour lui. Lors de notre dernier match contre les Chiefs, il s’est fait découper par un Kiwi de 137
 
kg. Quand il s’est relevé, Michael sautait partout et avait la banane. Il en voulait encore. Ce mec aime les sensations fortes.

 

 

 

 

 

Avez-vous regardé les deux premiers tests de la tournée des Bleus en Australie ?
 
 

 

 

J’ai regardé le premier match de la tournée à Paris, dans un café de Saint-Germain-des-Prés. Les gens disaient que les Bleus avaient des circonstances atténuantes, qu’ils étaient fatigués… Fatigué de quoi
 
? Quand tu disputes un test-match, tu n’es pas fatigué. Et si c’est le cas, fais une sieste l’après-midi
 
! Tout ça, c’est dans la tête.

 

 

 

 

 

Est-il vrai que le Top 14 ne prépare pas bien au plus haut niveau ?
 
 

 

 

N’importe quoi. Le rugby, qu’il soit disputé en Top 14 ou ici, reste le même. En France, on dit qu’il y a trop de combat et en Australie, on dit qu’il n’y en pas assez, que les mecs ne mettent pas le nez dans les regroupements… On peut avoir des résultats au plus haut niveau de bien des façons, vous savez. Il n’y a pas un style de jeu qui marche, un autre qui vous fait prendre des branlées
(sic).
Il y a le style qui correspond à la nature de chacun
 
: un rugby électrique pour les All Blacks, l’Irlande et l’Australie
 
; une identité de jeu basée sur le combat d’avants pour la France, l’Angleterre ou l’Afrique du Sud.

 

 

 

 

 

Quelle est l’identité de jeu du XV de France ?
 
 

 

 

Les adversaires des Bleus ont toujours été effrayés par les avants français. Des mecs comme Fabien Pelous, Abdel Benazzi ou Olivier Merle marquaient physiquement leurs vis-à-vis. Ils leur faisaient peur, leur faisaient mal
 
! Il manque aujourd’hui un ou deux vrais méchants à ce pack français. Pascal Papé ne peut assumer ce rôle tout seul.

 

 

Quels joueurs français vous ont-ils tapé dans l’œil ?
 
 

 

 

Dulin est un super attaquant. Israel Folau
(arrière des Waratahs)
me disait d’ailleurs que l’arrière des Bleus l’avait beaucoup impressionné.
« Ce petit mec a une bombe dans chaque jambe »,
 
 
 
 
m’a-t-il avoué en début de semaine.

 

 

 

 

 

Israel Folau est en contacts avancés avec plusieurs clubs européens. Allez-vous vous battre pour le conserver dans votre effectif ?
 
 

 

 

Pour Izzy, on ne pourra pas lutter avec Toulon. Mais il ne faut pas s’angoisser. Il ne partira qu’après le Mondial
 
! Il reste un peu de temps pour s’amuser avec lui, non
 
?

 

 

 

 

 

Les Bleus ont récemment lancé Jules Plisson, votre ancien ouvreur à Paris. Quel est votre avis sur lui ?
 
 

 

 

Cette décision me laisse sceptique. Pour moi, un jeune joueur ne doit pas avoir sa chance trop tôt. Si tu choisis néanmoins de lui offrir cette chance, tu ne dois pas la lui enlever quinze jours plus tard, au risque de le tuer… J’ai toujours considéré qu’un joueur devait prendre conscience de la difficulté d’accéder au plus haut niveau, afin qu’il ne veuille plus jamais en partir.

 

 

 

 

 

Un exemple ?
 
 

 

 

Au Leinster
(2005-2010)
, j’ai longtemps été en guerre avec Jonny Sexton. Sur le banc de touche, il me regardait avec un œil si noir
 
! On aurait cru qu’il voulait me tuer
 
!
(rires)
Il m’en a fait voir et la réciproque est vraie. Mais le jour où je l’ai lancé dans le grand bain, il a immédiatement répondu présent. Le jour où Jonny a goûté au haut niveau, il ne l’a plus jamais quitté. […] Dernièrement, j’ai lu à droite et à gauche que Hugo Bonneval ne me supportait pas parce que je ne le faisais jamais jouer, à Paris. Je considérais qu’il avait du talent mais je voulais aussi qu’il gagne sa place. Je souhaitais qu’il se batte.

 

 

 

 

 

Regrettez-vous d’avoir entraîné le Stade français ?
 
 

 

 

Non. Vous savez, je n’ai pas fait une mauvaise saison au Stade français. Nous avons terminé septièmes, le classement du club lors du dernier Top 14. J’ai beaucoup d’estime pour Thomas Savare, qui est un homme honnête et droit. J’avais la volonté, au printemps 2012, de donner à ce groupe un nouvel oxygène. Je voulais que les anciens, Rabadan, Dupuy et Arias, quittent l’équipe pour démarrer un nouveau cycle. Le président n’avait pas la même opinion que moi et on s’est quitté bons amis. Aujourd’hui, je suis toujours supporter du Stade français et je souhaite beaucoup de réussite à Gonzalo
(Quesada).
 

 

 

 

 

 

Qui a eu votre peau, à Paris ?
 
 

 

 

Richard Pool-Jones et Diego Dominguez ne doivent pas être étrangers à mon départ de la capitale. J’ai eu juste envie de leur dire
 
: mais combien d’entraîneurs allez-vous changer avant de vous rendre compte qu’il faut d’abord renforcer et chambouler cet effectif vieillissant
 
?

 

 

 

 

 

Votre business dans le monde du textile a fait de vous un homme riche. Pourquoi continuez-vous à entraîner ?
 
 

 

 

Parce que j’aime ça
 
! Je suis un homme libre. Je n’ai pas besoin du rugby pour payer mon loyer. Je n’appartiens à personne et je ne m’aplatirai jamais devant un président. Tu veux faire l’équipe à ma place et t’occuper du recrutement
 
? Prends quelqu’un d’autre, je démissionne. Personne ne m’a jamais mis de menottes aux poignets.

 

 

 

 

 

Vous avez été suspendu six mois pour avoir insulté un cameraman de la Fox et cassé la porte de votre box. Que s’est-il passé ?
 
 

 

 

(sourire)
Dans ma jeunesse, j’étais un piètre rugbyman. Mais j’ai toujours compensé par beaucoup de caractère. Je trouve important que mon équipe comprenne que je vis, que je me bats pour eux. Ça met une bonne ambiance dans le groupe. Le rugby est trop aseptisé. Il faut réagir en être humains, de temps en temps.

 

 

 

 

 

Que s’est-il passé avec le cameraman ?
 
 

 

 

Il était là, sur le bord de touche, tout près de moi… Je lui ai demandé de s’éloigner un peu
 
: tu ne peux pas me filmer à dix mètres de distance, en utilisant ton zoom
 
? Il a haussé le ton et j’ai été grossier. Je n’aurais pas dû faire ça.

 

 

 

 

 

Et la porte, alors ?
 
 

 

 

Elle était déjà à moitié cassée. J’étais en rogne. Alors je l’ai poussée un peu fort et terminé le travail.

 

 

«
 
Je suis un homme libre. Je n’ai pas besoin du rugby pour payer mon loyer. Je n’appartiens à personne et je ne m’aplatirai jamais devant un président.
 
»

 

 

 

 

 

Michael CHEIKA

 

 

Directeur sportif des Waratahs

 

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