Technique : Rucks, un mal français

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    Technique : Rucks, un mal français
Publié le , mis à jour

Traditionnellement moins enraciné dans le rugby français que peut l’être la mêlée fermée, le jeu au sol est un domaine dans lequel les équipes tricolores sont souvent dominées, comme ce fut le cas lors de la dernière finale de Champions Cup.

«Sans maîtrise, la puissance n’est rien », dit le slogan publicitaire. Et l’adage sied parfaitement au rugby. Et la dernière finale de Champions Cup l’a encore prouvé. Car même presque dix jours plus tard, on ne peut encore s’empêcher de se poser la question : comment diable une équipe de mastodontes telle que le Racing 92 a reçu une telle leçon dans le jeu au sol de la part des Saracens ? Les Ben Arous, Szarzewski, Van der Merwe, Lauret ou autres Le Roux sont rompus aux joutes du très haut niveau. Et pourtant… Les Kruis, Vunipola et Itoje les ont dévorés tous crus, comme en témoignent ces sept ballons perdus dans les mêlées spontanées.

Le phénomène ne se limite pas aux équipes du Top 14. Régulièrement, le XV de France se trouve en souffrance dans ce secteur. Les Italiens, les Irlandais et les Écossais avaient dominé les Bleus lors du dernier Tournoi. Quelques mois plus tôt, le jeu au sol avait été le gros point noir des Bleus au Mondial. L’Irlande encore, et même la Roumanie avaient dominé les Bleus de Philippe Saint-André. Alors, c’est quoi le problème ? Est-il d’ordre physique ? Technique ? Mental ? Les trois ? Avant le quart de finale disputé face à la Nouvelle-Zélande, le talonneur Guilhem Guirado évoquait la troisième possibilité : « Sur les premiers rucks, il faudra même être un peu à la limite. Jusque-là, on a peut-être été un peu trop gentils… » Son coéquipier Yohann Maestri balayait les deux premières : « Je crois que ce n’est pas un problème physique ou technique mais plutôt un manque de férocité mentale sur chaque ballon au sol. »

Intelligence tactique et efficience

Seulement voilà, la seule rage de vaincre ne suffit pas à remporter la bataille des rucks. Certes, elle est indispensable. Mais elle peut également être dommageable à la performance, surtout quand elle conduit les joueurs à commettre des fautes. Celles-ci peuvent même être réalisées de façon intentionnelle, et notamment dans les zones de marques, là où chaque erreur est fatale : percussions à vide, tirage de maillots, maintien de joueurs au sol… tout est bon pour supprimer des défenseurs. Pour se prémunir de ces gestes d’antijeu, la formation londonienne a trouvé la solution : plutôt que de se jeter à corps perdu dans la bataille, la « Meute de Loups » de Londres s’y est mêlée avec parcimonie mais surtout avec une redoutable intelligence. Ainsi, plutôt que d’aller au contest de façon systématique et à plusieurs, les Sarries n’y envoyaient qu’un ou deux joueurs, lesquels n’intervenaient seulement quand l’occasion se présentait comme l’indique l’arbitre international Pascal Gaüzère : « Ils ont fait preuve d’une grande intelligence, en intervenant par rapport aux zones du terrain et à la présence de l’opposition : dès qu’un soutien du Racing 92 accusait une seconde de retard, un Saracens se jetait sur le ballon. »

Les vertus de la précision

Le meilleur dans tout ça ? C’est que les Saracens l’ont fait en toute légalité : « Les Saracens ont appliqué beaucoup de pression en passant par l’axe du regroupement, notamment par le biais de leur deuxième ligne Maro Itoje. À plusieurs reprises, ils ont gagné le ballon en le poussant du pied. C’est un geste que l’on voit rarement en France, mais il est totalement licite. » Plus précis et plus intelligents, les Saracens ont contraint les Racingmen à se multiplier dans les rucks : « Stratégiquement, les Saracens ont remporté la bataille des rucks. Ils ont réussi à désorganiser la structure offensive des Franciliens. Chacune de leurs interventions était millimétrée », abonde Gaüzère. In fine, ils ont été plus qu’efficaces : ils ont été efficients. Un exemple sur lequel l’ensemble du rugby français devrait se pencher.

Simon Valzer
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