James O’Connor : «J’ai eu très peur, oui»

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    James O’Connor : «J’ai eu très peur, oui»
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Loin de ses mésaventures australiennes, le Wallaby s’est assagi à Toulon, en conservant sa liberté et un brin d’insousiance. Et le joueur James O’Connor, aussi, a évolué au fil des voyages. Jusqu’à retrouver ses sensations.

Par Vincent BISSONNET, envoyé spécial

vincent.bissonnet@midi-olympique.fr

De son bercail Southport à l’exotique Bali, en passant par l’aéroport de Perth et un établissement de restauration rapide à Melbourne, James O’Connor s’est forgé, sur une petite décennie, une solide réputation de diablotin, insaisissable et incompris. Le temps d’une conversation libre d’une trentaine de minutes improvisée dans un recoin de Berg, les yeux dans les yeux et le sourire aux lèvres, le magicien d’Oz lève le mystère sur son insondable personnalité d’hier et d’aujourd’hui. Pour le meilleur et pour le pire.

Souriant, charmant et naturel, l’enfant prodige se révèle alors dans toute sa simplicité et son authenticité. Sans mentir ni se trahir. « Je sens que j’ai muri, à croire que je deviens vieux, annonce la vedette, née en Australie d’un père néo-zélandais et d’une mère sud-africaine... Sérieusement, je ne suis plus l’adolescent que j’étais. » Retour en arrière, en 2008, à un âge d’or et de chape de plomb : à seulement 18 ans et avec trois saisons de rugby à XV dans les jambes, James O’Connor intègre les Wallabies avec le statut de grand espoir de la nation. L’attente de tout le peuple australien entre alors en contradiction avec les aspirations bohèmes du blondinet : « Les gens me voyaient uniquement comme un international mais ce n’était pas ma perception, se défend l’intéressé. Je voulais juste jouer au rugby, vivre ma jeunesse, voir mes amis, aller boire des coups de temps à autre... Qu’y a-t-il de plus normal pour un jeune ? » La vox populi et les fédérastes de l’ARU ne partagent pas son ouverture d’esprit carpe diem : « Dès que j’étais en soirée, j’entendais : « Mais que fais-tu, tu es professionnel ? » J’avais envie de répondre : « Je m’entraîne, j’étudie, je ne cherche pas les ennuis, alors quel est le souci ? » Les gens voulaient que je sois quelqu’un d’autre. Le problème est que je n’aime pas qu’on me dise comment je dois être. Je voulais être moi-même, c’est tout. Si tu ne m’aimes pas, et bien tant pis. » Ainsi s’est terminé son tumultueux mariage avec la Fédération australienne.

« J’avais besoin de ce départ »

Quelques minutes de retard à un rassemblement, deux ou trois gueules de bois trop prononcées et un hamburger consommé au petit matin au milieu d’une tournée des Lions auront conduit à l’inévitable divorce, prononcé en octobre 2013 : «Nous sommes conscients de la contribution de James au rugby australien et de son talent unique de joueur mais nous sommes arrivés à cette décision après un certain nombre d’incidents lors des dernières années qui ne sont pas en phase avec les valeurs de notre jeu », justifie la Fédération dans un communiqué. Je t’aime, moi non plus... « Niveau rugby, évoluer en Australie était parfait mais, pour le reste, ce n’était pas le meilleur environnement », résume, avec le recul, James O’Connor, alors condamné à l’exil. Il s’aventure dans un premier temps aux London Irish avant de rejoindre, sur la pointe des pieds, le Var à l’été 2014. Lentement mais sûrement, les voyages réforment sa jeunesse : « Le fait de prendre de la distance m’a permis de réfléchir et de comprendre ce qui s’était passé. La vie est un long apprentissage. Tout n’a pas été parfait dans le mien, loin de là, je le sais. Ces choses sont arrivées, je ne peux pas revenir en arrière. Mais j’ai avancé. » En France, le polyvalent trois-quarts trouve enfin une terre d’accueil propice : « Je me suis tout de suite senti à l’aise. J’avais besoin de ce nouveau départ. Ici, je peux davantage m’occuper de moi, de ma copine, je me balade en toute tranquillité... L’atmosphère est plus détendue. Je me sens en paix. »

« L’Australie ne me manque pas trop »

Après avoir tenté, en vain, de gagner sa place avec les Wallabies pour le Mondial 2015, le natif de Southport est naturellement revenu dans le Var. La première impression s’est confirmée et renforcée : « L’Australie est mon foyer et j’y reviendrai mais elle ne me manque pas trop. La France me convient mieux à l’heure actuelle. J’ai trouvé un nouveau chez moi et un équilibre. » Son quotidien à Carqueiranne, au cœur de la communauté des Wallabies du RCT, ses escapades à Cannes et Collobrières, ou encore les dégustations – rares mais appréciées - de vins ravient cet hédoniste patenté. James O’Connor ou la stature de la liberté : « J’adore profiter de la vie. J’ai besoin d’avoir ces moments de détente et de plaisir pour être heureux. » Un bonheur aujourd’hui complet... ou presque : « Les petits-déjeuners me manquent terriblement, tout de même. Vous voyez, avec les œufs, les bacons, la sauce spéciale... Franchement, je pourrais payer cent dollars pour en avoir un ! Et puis je ne comprends pas tout en France, mais ça doit venir du choc culturel : tous les quinze jours, il y a une fête nationale et les magasins sont fermés le dimanche et le lundi. » Souriant et un brin provocateur, James O’Connor est resté fidèlé à ses principes en évoluant. Suivant une même philosophie, à l’interprétation revue et corrigée : « Ce n’est pas la destination qui compte mais le voyage. Si tu ne profites pas de ce qui arrive, tu passes à côté de l’essentiel. »

« J’ai eu très peur, oui »

Et le sportif, dans tout ça ? Si ses mésaventures et ses incessants mouvements avaient ralenti son bel élan, le Wallaby aux 43 sélections a retrouvé ses sensations depuis son retour à Mayol, l’été dernier. Avec sept essais inscrits en Top 14, il réalise même sa meilleure saison sur le plan statistique avec, au passage, le premier quadruplé de sa carrière à Agen, mi-mai : « J’étais heureux de marquer ces quatre essais mais j’étais encore plus content du travail accompli au cours du match : les courses, les contacts, les passes, tous ces détails qui font un bon match. » Comme un symbole, ce roi du contre-pied a signé cette performance rare, deux mois après avoir connu la plus grande frayeur de sa carrière... Sur le chemin du retour d’Oyonnax, fin février, le joueur a perdu connaissance. Son sourire s’atténue et son lumineux visage s’assombrit à l’évocation de ce souvenir : « Je ne préfère pas trop m’épancher sur le sujet. Une fois que la saison sera finie, on pourra y revenir longuement. Je peux juste dire que c’est derrière moi. J’ai eu très peur, c’était une sensation très bizarre. Je ne comprenais pas ce qui arrivait à mon cœur. Je n’ai plus d’inquiétude désormais. Tous les tests sont normaux. C’est ce qui compte. »

Cette fin de saison peut-elle définitivement marquer la renaissance de la pépite ? Le joueur s’estime en tout cas à la hauteur du challenge des phases finales, après avoir traîné ses guêtres sur les pelouses d’ici et d’ailleurs : « J’ai connu tous les types de rugby. En Australie, les équipes sont obnubilées par l’attaque et la technique. En Europe, j’ai appris à aller défier les avants, à maîtriser les systèmes en défense, à travailler tactiquement, à gérer le tempo d’un match... C’est plus dur, ça demande davantage de rigueur. Mon parcours m’a rendu plus complet en tant que joueur. » Au point de convaincre Bernard Laporte, jusque-là critique à son égard, de l’aligner pour les rencontres couperet du printemps ? Wait and see... Mais avec le sourire, toujours : « Mon but est de tout donner pour aider l’équipe à aller jusqu’au bout. Je ne pense pas encore à la finale de Barcelone mais c’est toujours mieux de savoir où tu veux aller. » Et ce même si « ce n’est pas la destination qui compte mais le voyage. » Parole de globe-trotter.

Vincent Bissonnet
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