Technique : Deuxième rideau, la quête stratégique

  • Technique : Deuxième rideau, la quête stratégique
    Technique : Deuxième rideau, la quête stratégique
Publié le , mis à jour

Face à des défenses toujours plus denses et organisées, la recherche d’espaces incite les équipes à exploiter de plus en plus le deuxième rideau. Une quête beaucoup plus stratégique et collective qu’elle n’y paraît.

Il s’agit probablement de l’image de la semaine, ce « coup de pied renversé » distillé par l’ouvreur des Highlanders Lima Sopoaga face aux Hurricanes, tout proche de déboucher sur un des essais de l’année. Une attitude qui a évidemment rappelé aux observateurs les plus avisés un geste déjà réalisé dans le passé par un autre ouvreur néo-zélandais, à savoir Carlos Spencer, sous les couleurs de Northampton. Sauf qu’entre le coup de pied de Spencer, effectué voilà dix ans, et celui de Sopoaga, une différence de taille existe. Car si le premier devait surtout au sens de l’improvisation, au flair ou au génie de Spencer, celui de Sopoaga s’inscrivait quant à lui dans une dimension beaucoup plus pensée, réfléchie, collective. Interrogé sur son action à la mi-temps, Sopoaga a d’ailleurs avoué que cette combinaison était une « spéciale de Tony Brown », son entraîneur et lui-même ancien ouvreur all black. Preuve que ce dernier avait vu et analysé l’espace qui se trouvait après touche déviée dans le dos des centres des Hurricanes, et réfléchi à la meilleure façon de l’exploiter…

Anticiper la continuité

Au vrai, au-delà du côté spectaculaire de l’action, c’est surtout la réflexion globale qui a amené à cette innovation qui semble remarquable. Quand auparavant les lancements de jeu n’étaient imaginés que pour franchir ballon en main le premier rideau, on trouve de plus en plus aujourd’hui de lancements de jeu en « trois dimensions » visant à isoler le demi de mêlée adverse pour exploiter les espaces dans le deuxième rideau. Une conséquence logique du renforcement toujours plus systématique des premiers rideaux, où les défenseurs cherchent d’abord à ne pas se consommer inutilement dans les rucks… « Lancer le jeu par des coups de pied tactiques fait partie intégrante du rugby moderne, analysait l’ancien demi de mêléenéo-zélandais Justin Marshall. Par exemple, pour contourner les défenses inversées, on voit de plus en plus régulièrement des lancements qui passent par de passes au pied directes pour les ailiers, par exemple. Le problème qui se pose, en revanche, c’est « que fait-on après la récupération », car si le joueur se retrouve isolé au milieu de plusieurs défenseurs sans possibilité de continuité, ça ne sert à rien… Ce qui est intéressant dans le lancement des Highlanders, c’est qu’il était effectué pour exploiter un espace, mais que tout était calculé pour que le réceptionneur ait aussi des possibilités de soutien. »

Privilégier l’extérieur du pied

Reste qu’il n’existe, évidemment, pas qu’une manière de fonctionner. L’unique condition d’une bonne exploitation du R2 résidant en une bonne stratégie collective visant à exploiter le bon espace, et surtout, évidemment, une bonne réalisation technique du coup de pied. Au sujet de son jeu au pied, Sopoaga admettait avec humour avoir été « à deux doigts de la déchirure de l’ischio-jambier », cela ne doit pas occulter un geste technique parfait, répété des dizaines de fois à l’entraînement. Le plus difficile, pour réaliser un coup de pied de récupération, consistant au final à masquer le plus longtemps possible son intention, pour inciter la défense à monter. « C’est pourquoi, pour un coup de pied par-dessus, la meilleure surface à utiliser se situe entre le cou et l’extérieur du pied, nous confiait voilà quelque temps Laurent Labit. C’est cette partie du pied qui permet de déclencher le mouvement le plus vite, et permet de taper aussi bien en rasant qu’en par-dessus. » Celle qui permet, également, de mieux doser sa frappe. Un atout de taille, sachant que le ballon doit être déposé au mètre près…

Nicolas Zanardi
Voir les commentaires
Réagir

Souhaitez-vous recevoir une notification lors de la réponse d’un(e) internaute à votre commentaire ?