Dusautoir : « Je veux me dégager de mes responsabilités »

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    Dusautoir : « Je veux me dégager de mes responsabilités »
Publié le , mis à jour

Barrage : racing 92 - stade toulousain Discret depuis l’annonce de sa retraite internationale, il évoque pour Midi Olympique, à la veille de défier le Racing sur ses terres, sa saison singulière, entre l’échec du mondial ou le départ de Guy Novès. Il confesse aussi qu’il pourrait ne plus être le capitaine de Toulouse la saison prochaine.

Ugo Mola nous confiait récemment qu’au-delà de votre professionnalisme habituel, il sentait que vous éleviez encore votre curseur personnel en termes d’intensité et d’envie à l’approche des phases finales…

Je ne le formalise pas mais cela se ressent peut-être de l’extérieur. Une personne qui me regarde avec du recul doit le voir. Je suis un compétiteur et quand on joue dans un club comme Toulouse, que ces matchs de phase finale approchent, que l’on s’investit tant au cours d’une saison et que l’on a la chance de participer à ce genre de rendez-vous, les comportements évoluent. Même si ce n’est pas une chose que j’ai particulièrement identifiée.

Avec l’expérience, l’excitation est-elle différente ?

Non, elle est la même. C’est la pression que tu gères différemment mais heureusement que l’excitation est toujours aussi présente. Au-delà du jeu, ce sont les émotions et le fait de les partager qui t’animent. Quand tu les ressens, tu es dans le vrai. Lorsqu’elles disparaissent, c’est sûrement le moment d’arrêter.

La fin de saison toulousaine marque-t-elle la fin d’un cycle avec les départs ou les arrêts de Vincent Clerc, Clément Poitrenaud ou Imanol Harinordoquy ?

Je suis de la même génération. Avec quelques autres, je serai encore là la saison prochaine. Ce sera peut-être notre dernier exercice et je serai davantage tourné vers le plaisir et la transmission. Oui, il y a une évolution du vestiaire mais cela arrive dans toutes les équipes. C’est marquant à Toulouse car il y a ici une quantité importante de mecs ayant joué une décennie ou plus au club. C’est très rare. Certains amateurs de rugby aujourd’hui n’ont connu ces hommes qu’au Stade toulousain.

Ce genre de séparation ne se fait pas sans traumatismes. On pense à Vincent Clerc mais aussi à François Trinh-Duc à Montpellier. Vous vous êtes récemment étonné que les gens s’émeuvent à ce point d’un seul coup…

Oui, car des exemples comme ceux-ci, il y en a depuis des années dans chaque club, en Top 14 ou en Pro D2. Je pense aux Perpignanais. Il existe sûrement un décalage entre la réalité dure et cruelle du rugby professionnel et l’idée que l’on s’en fait. Là, on en parle davantage car les cas sont très symboliques mais cela arrive lors de chaque intersaison.

Le dernier titre du club remonte à 2012. L’attente est-elle trop longue pour le Stade toulousain ?

C’est beaucoup car nous sommes dans un club ambitieux, avec une forte histoire et un gros palmarès. Mais on ne peut pas balayer d’un revers de la main qu’il y a eu une évolution dans le paysage rugbystique français. À une époque, Toulouse était seul. Il y a quelques années encore, il était le grand favori d’entrée. Ce n’est plus le cas. Aujourd’hui, six ou sept équipes possèdent d’énormes effectifs. Le Stade toulousain n’est plus ce club qui avait le groupe de plus grande qualité. Il n’est même pas le favori pour le barrage. À nous de nous bagarrer pour exister. Il n’y a pas que les choses quantifiables qui entrent en jeu.

Six succès de rang, des blessés de retour, une conquête retrouvée, un jeu en place : ce barrage n’arrive-t-il pas au meilleur des moments ?

La qualification arrive au meilleur des instants car notre parcours n’a pas été linéaire cette saison. Nous avons raté notre campagne européenne, vécu un passage délicat cet hiver. C’est déjà bien d’être au rendez-vous des phases finales. Maintenant, voilà un barrage à l’extérieur chez un adversaire, vice-champion d’Europe, qui fait un exercice complet. On sait où on va, on connaît la qualité du Racing.

Vous avez disputé de nombreuses phases finales. Sur quoi se gagne un match à élimination directe ?

C’est une bonne question. C’est un mélange de tellement d’ingrédients. Je dirais qu’il faut avoir le bon équilibre au bon moment mais la recette secrète n’existe pas. Il y a la confiance accumulée durant la saison mais aussi la façon dont tu abordes l’événement le jour J. En revanche, au fond de toi, lorsque tu entres sur le terrain, tu sais très bien où tu en es. C’est ce qui se joue dans les derniers instants, les dernières heures, les derniers jours.

Le match de samedi décidera-t-il de la réussite ou non de la saison toulousaine ?

Peu de monde aurait parié sur nous avec tous les chamboulements intervenus à l’intersaison, l’éclosion de jeunes joueurs, le manager historique qui s’en va. à ce niveau-là, la seule équipe satisfaite de sa saison sera celle championne. Quand tu te bagarres pour être en phase finale, l’unique ambition est de soulever le trophée. Certains clubs ont démontré plus de régularité, comme le Racing. Toulon est triple champion d’Europe. Montpellier a aligné dix victoires d’affilée. Clermont, après un moment difficile, a écrasé le championnat. Nous serions évidemment déçus de perdre mais si nous venions à l’emporter samedi, il sera impossible de s’en contenter. On voudra juste aller plus loin. Je le répète, se qualifier n’était pas un pari gagné d’avance. Le Stade toulousain a rompu avec vingt ans de Guy Novès. Il y a eu l’arrivée d’Ugo Mola, toujours dans l’idée de perdurer au haut niveau, mais qui le fait à sa manière. C’est un fonctionnement différent de ce que l’on connaissait.

Une transition que vous avez vécue à distance en raison de la Coupe du monde. En tant que capitaine, donc de relais du staff et du groupe, comment avez-vous accueilli l’absence de Guy Novès à votre retour ?

Ça fait bizarre. La très grande majorité d’entre nous n’avaient connu le Stade toulousain qu’avec Guy Novès, comme joueur mais aussi amateur de rugby. Je fais partie des plus âgés et, quand il a pris le club, j’avais à peine dix ans. Pour moi, le Stade toulousain était lié au nom de Novès. Le fait qu’il ne soit plus là était quelque chose de particulier… Après huit mois, on a avancé et on a plaisir à le voir quand il passe ici, même si c’est rare (sourires).

Après la Coupe du monde, avez-vous dû trouver votre place ?

Bien sûr, même avec Ugo. On se jauge toujours quand on ne se connaît pas, pour savoir comment chacun fonctionne. Il y a des choses qui sont admises, d’autres qui ne le sont pas. En clair, on apprend à se connaître. Au bout d’une saison, forcément, on se comprend mieux. Et il y aura la prochaine pour aller encore plus loin dans notre relation. Ugo en avait conscience et cette transition s’est déroulée avec tout le monde. L’avantage, pour ma part, est que je n’étais pas dans un groupe neuf. Connaître si bien les autres joueurs était un confort.

On parle beaucoup de transition au Stade toulousain cette saison. Il y a aussi une forme de transmission dans le capitanat puisque Yoann Maestri a été responsabilisé pour préparer l’avenir. Est-ce un rôle que le nouveau manager vous a demandé de tenir ?

Nous n’en avons pas spécialement parlé mais c’est une chose évidente. Je suis encore sous contrat pour la saison prochaine mais je vais me dégager petit à petit de ces responsabilités pour que l’année à venir soit… (il coupe). Je ne vais pas dire insouciante car je suis trop vieux pour employer ce mot mais axée sur le pur plaisir. Me dégager des responsabilités qui ont été les miennes pendant toutes ces années est dans l’ordre des choses. Je suis capitaine en club depuis longtemps. Fin 2008, je commençais à tenir parfois ce rôle. Je ne saurais pas dire le nombre de capitanats que je compte à Toulouse mais il y en a un certain nombre. Il faut préparer la suite. Je le prends comme un passage de relais. Honnêtement, je sais que cela m’allégera et me permettra d’être vraiment égoïste sur la saison qui arrive. L’effort et le combat. Aujourd’hui, c’est à lui de mener les Bleus, de prendre la parole et donc d’occuper l’espace.

Pour le choix du capitanat ou d’autres questions concernant l’équipe de France, avez-vous été sondé par Guy Novès ou Yannick Bru ?

Pas du tout. Il y a toujours des discussions informelles. Mais on ne m’a jamais dit : « Thierry, viens, il faut qu’on discute. » Il n’y a aucune raison pour que je m’immisce là-dedans même si ce sont des personnes avec qui je suis en totale confiance et avec lesquelles j’ai vécu beaucoup de choses. De toute façon, ils n’avaient pas besoin de moi.

Une cellule technique a été formée après l’échec du Mondial pour aider à réformer le système français. Quel regard portez-vous dessus ?

C’est bien qu’il y ait une prise de conscience entre guillemets. Mais c’est dommage qu’elle arrive tard. Cela fait longtemps que les signaux d’alerte sont lancés. Depuis que j’ai commencé en équipe de France (en 2006, N.D.L.R.), j’entends parler du calendrier, du système français qui n’est pas adapté à ce que peut réclamer le circuit international. Tant mieux s’il y a eu cette démarche mais il ne faut pas que la montagne accouche d’une souris. La Fédération et la Ligue doivent vraiment avoir le souhait de faire avancer les choses. Je ne parle pas de révolutionner le système mais au moins de le faire évoluer pour bénéficier d’une équipe nationale performante. Je ne suis pas de ceux qui pensent : c’est soit le Top 14 meilleur championnat du monde et on s’en fout de l’équipe de France, soit tout pour l’équipe nationale et rien pour le Top 14. Aujourd’hui, je suis persuadé que nous avons le potentiel économique et humain pour disposer d’une équipe nationale avec des résultats à la hauteur d’une nation comme la France et d’un championnat attractif. Seulement, il faut une volonté sincère de part et d’autre de s’asseoir autour d’une table et de construire un projet commun.

Que pensez-vous des préconisations émises par cette cellule, comme le Tournoi concentré ou la stricte limitation du nombre de matchs ?

Il y a eu des avancées… Enfin, si je dois être honnête, je ne pense pas qu’elles seront appliquées. Elles vont dans le bon sens, à savoir dans celui de la récupération du joueur pour qu’il puisse se préparer et être le plus performant possible. Mais dans l’état actuel des choses, ce n’est pas possible. Cela ne viendra donc pas d’une prise de décision unilatérale. Ce ne pourra pas être : soit la Ligue, soit la FFR, soit les joueurs avec Provale. Il faut un consensus et, encore une fois, nous devons être portés par une volonté commune. Tant qu’on ne la sentira pas, ce sera difficile de faire avancer les choses et de parvenir à un résultat.

Cette dernière Coupe du monde a été traumatisante pour le rugby français même si elle a permis d’ouvrir enfin les yeux. Avec des mois de recul, vous expliquez-vous cet échec ?

La première des choses, quand on est joueur et qu’on a disputé le quart de finale contre les Blacks, est de ne pas se cacher derrière un système. Lorsque l’on est sur un terrain, on est responsable de ce qu’on y fait. L’ampleur du score (13-62) montre que l’équipe a démissionné à un moment. On ne prend jamais soixante points quand on est présent mentalement dans une rencontre. Nous, joueurs, avons failli par rapport à ce que nous devions apporter ce jour-là. Après, la façon dont les choses avancent en France… Moi, je ne crois pas que les gens aient attendu ce quart pour ouvrir les yeux. Ce fut traumatisant en raison de l’écart au tableau d’affichage mais ce dont on parle, je ne saurais dire depuis combien d’années on l’entend toujours aux mêmes périodes. Ce sont les mêmes personnes qui dénoncent les mêmes problèmes. Quelque part, ce n’est pas une prise de conscience mais un raz-de-marée. Cet échec a fait dire : « Il faut qu’on se bouge et qu’on trouve des solutions. » Mais elles doivent être réfléchies et les actions enclenchées dans les mois et les années à venir. Cette équipe ne sera pas performante l’année prochaine. Elle doit l’être dans quatre ou cinq ans. Ce sont des processus longs et, plus on attend, plus on repousse l’échéance.

Vous serez en fin de contrat à Toulouse en juin 2017. Vous aurez alors 35 ans et demi. Savez-vous de quoi votre avenir sera fait ?

Sportivement, non. Pour tout dire, je ne veux pas le savoir. J’ai envie d’être dans l’instant présent, d’en profiter, surtout si ce sont mes derniers moments sur un terrain. Parce que les ultimes instants marquent une carrière, j’aimerais partir avec de beaux souvenirs. Après, je ne me pose pas encore la question même si je commence à initier mon après-carrière avec plusieurs projets et sociétés créés. On aimerait qu’il le soit mais le rugby n’est pas éternel.

Pourriez-vous porter un autre maillot que celui du Stade toulousain ?

Je ne me suis pas projeté. On verra comment je me sens physiquement et surtout mentalement lorsque j’aurai des décisions à prendre. Il faut avoir l’envie de repartir au combat tous les week-ends. Cela prend beaucoup de jus. Si j’ai toujours la volonté, où est-ce que ce serait ? Franchement, aujourd’hui, je suis davantage stimulé par le match de samedi que par mon avenir personnel.

Jérémy Fadat
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