Trinh-Duc : «Il valait mieux partir...»

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    Trinh-Duc : «Il valait mieux partir...»
Publié le , mis à jour

Le joueur (29 ans, 51 sélections) a été laissé libre par le MHR pour s’envoler en direction de l’argentine avec l’équipe de france. C’est donc par la petite porte que l’ancien ouvreur emblématique de montpellier a quitté son club de cœur. Il se confie.

Vous retrouvez l’équipe de France, qui vous a parfois beaucoup manqué, tout en quittant votre club de cœur qui prépare un barrage du Top 14. Comment vivez-vous la situation ?

C’est particulier. Je ne pensais pas vivre ça. Le changement a été un peu brutal. La première chose, c’est que je suis très heureux de pouvoir jouer au rugby à nouveau. C’est ce qui me manquait le plus. J’avais beaucoup travaillé pour accélérer ma reprise afin d’être disponible en fin de saison malgré ma blessure pendant le Tournoi des 6 Nations. Maintenant, je me concentre à 200 % sur cette tournée. Elle est un peu inespérée pour moi puisque les joueurs dont les clubs participent aux phases finales ne peuvent pas être retenus. J’ai de la chance de partir, et je le prends comme ça.

Comment s’est passée votre « libération » du MHR ?

Guy Novès a contacté le club pour savoir s’il pouvait me libérer pour l’équipe de France. Moi, j’étais un peu dans l’attente… J’ai appris officiellement ma sélection lundi matin. J’étais en train de faire du vélo, au stade, quand le préparateur physique est venu m’annoncer que je pouvais faire mes bagages. C’est une très bonne chose pour moi… L’équipe de France a toujours été très importante dans mon esprit, et recevoir une marque de confiance comme celle-là compte beaucoup. Je me suis blessé, j’ai fait ce qu’il fallait pour revenir rapidement et cette sélection me fait vraiment du bien. C’est une vraie chance et une belle… (il hésite) Je n’ai pas envie de dire que c’est une belle porte de sortie mais c’est l’idée. Disons que c’est une bonne bouffée d’oxygène.

Votre fin de saison devait être délicate à gérer sur le plan personnel.

Ca a été dur à gérer, en effet. Mais je me dis qu’il vaut mieux partir faire une tournée dans un beau pays de rugby que de rester faire de la musculation sans avoir l’occasion de jouer. Quand on vous laisse partir pour l’équipe de France alors qu’il reste des matchs de phase finale, c’est qu’on ne compte vraiment pas sur vous. Alors, cette tournée est une occasion rêvée pour moi.

Avez-vous été étonné que le club vous libère ?

Non. Tant mieux pour moi ! Comme je le disais plus tôt, c’est une aubaine de pouvoir partir plutôt que de ne pas m’entraîner avec le reste de l’équipe.

Espériez-vous ce rappel en Bleu, sachant que vous ne jouiez plus à Montpellier ?

Quand j’ai vu ma situation qui était, disons, assez unique, je me suis rapidement dit qu’il valait mieux partir pour jouer et continuer mon aventure avec l’équipe de France, oui.

Craignez-vous de manquer de rythme ?

J’ai fait beaucoup de travail physique la semaine dernière et je m’y suis aussi « collé » ces derniers jours. Pour autant, rien ne remplace le terrain et l’accumulation des matchs. Je vais essayer de compenser par l’enthousiasme et l’envie.

Comment s’est passé le départ de Montpellier ?

J’ai vraiment quitté le MHR mardi. ça a été un peu difficile, d’autant que je ne savais pas quand aurait lieu le rendez-vous au CNR, à Marcoussis. J’avais commencé à faire mes adieux petit à petit la semaine dernière, en anticipation, mais je me disais quand même que j’aurais le temps… Quand j’ai su qu’on avait rendez-vous mardi matin, il a fallu que j’accélère pour tout régler avant mon départ. J’ai croisé rapidement l’équipe qui rentrait de Paris, lundi. J’ai vu certains joueurs, mais pas tout le monde. C’est comme ça… Et puis, je n’allais pas non plus faire une réunion pour dire au revoir !

Avez-vous dit au revoir au président et au staff technique ?

Je ne les ai pas croisés, non. Je l’avais fait sur le terrain, comme à tout le monde.

Imaginiez-vous votre départ de cette manière ?

C’est surtout que ça s’est fait brutalement. Tout a changé en trois ou quatre jours. Je suis passé d’une situation d’attente en espérant rejouer un peu avec Montpellier à une situation où je m’envolais pour une tournée en Argentine. C’est un nouveau défi, qui arrive à point nommé. Je me suis tourné vers ce nouvel objectif à 200 %, plutôt que de ressasser quoi que ce soit. Et puis, je sais que je pars pour de belles aventures alors il n’y a aucun regret, aucune tristesse.

N’êtes-vous pas triste de partir comme ça ?

Non, parce que je l’ai choisi. Et parce que de très belles choses m’attendent. Mais je suis un peu nostalgique, évidemment. C’est dur de partir d’un endroit où on a passé tant de temps et vécu de telles choses.

Êtes-vous parti fâché ?

Non. J’ai fait mes adieux auprès du public et je suis parti comme ça. Je préfère retenir les bonnes choses que m’a apportées ce club. Au contraire : même si c’est encore un peu chaud, j’arrive à faire la part des choses et à garder en mémoire les merveilleux moments que j’ai vécus et les merveilleuses personnes que j’ai rencontrées là-bas. Et puis, je savais qu’il y aurait des conséquences, à court et à moyen terme, quand j’ai pris ma décision de partir et de signer dans un autre club. Donc, je n’ai pas été surpris.

Cependant, imaginiez-vous être écarté à ce point ?

On ne s’imagine jamais tout…

Avez-vous tourné la page ?

Je ne sais pas. Peut-être…

Vos adieux après le match contre Toulon avaient été pleins d’émotion. Comment les aviez-vous vécus ?

Je suis quelqu’un d’émotif alors c’était dur, forcément. Il fallait dire au revoir, remercier les gens… Je suis très attaché aux relations humaines, aux entraîneurs, aux éducateurs ou aux bénévoles qui font ce club, alors ce n’était pas simple. Mais c’était mon choix et je ne vais pas me plaindre.

Les larmes de Fulgence Ouedraogo ou Benoît Paillaugue avaient marqué. Vous aussi ?

Cela m’a touché forcément. Mais je n’ai pas été surpris.

Le soutien que vous avez reçu de la part du public et du monde du rugby vous a-t-il touché aussi ?

Ca fait du bien de se sentir soutenu. ça aide parce qu’on sent le plus grand nombre derrière soi. Mais ce qui m’attristait surtout, c’était de ne pas jouer pour mon club. Pas le fait qu’on me fasse une fête ou un feu d’artifice… Ce qui me manquait, c’était le rugby.

Auriez-vous envie que Montpellier soit champion de France ?

Je ne me suis pas posé la question. Il reste pas mal de matchs avant que ce soit le cas. Je n’en suis pas à ce genre de considérations.

Allez-vous regarder le barrage contre Castres dimanche ?

Oui, si je le peux. Mais je ne sais pas où on sera et si on aura accès à la retransmission.

Emilie Dudon
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