"Somos Argentinos"*

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Mardi après-midi, les dix-sept joueurs du XV de France présents depuis vendredi dernier en Argentine, exception faîte de Raphaël Lakafia encore ménagé, ont affronté dans une opposition dirigée le Tucuman Rugby Club. Une bande de gamins pour qui l’instant valait le coup d’être vécu...

« C’est un jour historique pour mon équipe ». Les propos sont exempts de toute ambiguïté.Julio Farias Cabello, ancien troisième ligne des Pumas qui a passé six ans à Rouen entre Fédérale 2 et 1, est aujourd’hui à la tête du Tucuman Rugby club, situé à Yerba Buena, une banlieue plutôt chic à l’ouest de San Miguel de Tucuman.

Fondé le 5 septembre 1942, ce club a vu grandir quelques-uns des Pumas d’hier. Ils forment encore ceux d’aujourd’hui. Ce mardi, ils ont pu côtoyer ce qui se fait de mieux en Europe. Et pour cause. A la demande de Yannick Bru, l’entraîneur des avants du XV de France, les « tucumanos » ont offert une opposition d’environ quarante minutes à Jules Plisson et ses partenaires. C’était pourtant un mardi en plein milieu d’après-midi, à l’heure où habituellement ils sont à la Fac, à l’usine ou encore dans les bureaux de l’administration locale. « Tout le monde a fait l’effort de se libérer", sourit Julio Farias Cabello. "Personne ne voulait rater cette chance unique de jouer contre le XV de France. Et pour le coup, les patrons se sont montrés très compréhensifs. » Et l’ancien Puma de détailler : « Ici, à Tucuman, nous sommes des fous de rugby. Alors quand les gamins ont dit à leurs patron qu’ils avaient la possibilité de jouer contre l’équipe de France, aucun n’a refusé. » Sur la pelouse du stade Carlos Griet, ils étaient une trentaine prêt à en découdre.

Certains d’entre-eux sont déjà dans l’anti-chambre de la sélection nationale, trois figurent dans le squad des Jaguares. Tous ont entre vingt et vingt-quatre ans et l’espoir un jour de percer au plus haut niveau. « Désormais, ils ne rêvent plus de partir en Europe pour jouer au rugby, souligne Farias Cabello. Depuis que la fédération a mis en place son plan de développement (ndlr : le pladar), ils font tout pour rejoindre les centres de formation et les Jaguares. Ceux qui partiront à l’avenir, ce sont ceux qui n’auront pas le niveau pour évoluer au plus haut niveau en Argentine. » Un changement radical. Sur la pelouse de ce complexe sportif, bâti à l’image de ces clubs huppé réservés à la bourgeoisie locale où l’on trouve en vrac une piscine, des terrains de tennis en terre battues, plusieurs terrains de rugby ou de hockey sur gazon, un club house où il fait bon siroter un « maté » après l’effort, les « Tucumanos » ont parfaitement joué leur rôle. Les Bleus ont répété essentiellement leurs gammes défensives, laissant les ballons à leurs hôtes du jour. Et ces derniers en ont profité pour se montrer à leur avantage. « C’était le match ou plutôt l’entraînement de leur vie », sourit Julio Farias Cabello. Et quand on l’a interrogé sur la crainte ou l’appréhension que pouvaient ressentir ces gamins à l’idée d’affronter l’équipe de France, dans un haussement d’épaules, comme pour mieux souligner l’incongruité de la question, il a simplement rétorqué : « Somos Argentinos* ». * Nous sommes argentins !

Par Arnaud Beurdeley, envoyé spécial à Tucuman

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