Frères d’armes

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Publié le , mis à jour

L’ancien Montpelliérain Mamuka Gorgodze, le futur Héraultais Konstantin Mikautadze et leur compatriote Levan chilachava seront alignés pour cette demie.Le RCT a pris l’accent géorgien cette saison. Une mini-révolution devant.

Les glorieuses campagnes toulonnaises de la décennie ont été profondément marquées du sceau des légendes du Sud, Carl Hayman, Bakkies Botha,AliWilliams et Juanne Smith.Un an après le crépuscule de trois de ces Dieux, le grand huit rouge et noir affiche un tout autre visage : aux Blacks et Boks ont succédé une armada venue des rives de la Mer Noire. Trois des huit avants alignés pour cette demi-finale portent fièrement l’étendard géorgien : Levan Chilachava, Konstantin Mikautadze et Mamuka Gorgodze. «Sur le papier, leur nom claque moins que Hayman, Botha etWilliams, témoigne Jacques Delmas.Mais je suis content de pouvoir compter sur eux. C’est une garantie. Je sais que je peux aller à la guerre avec. » Les mots de l’entraîneur des avants sonnent juste.La guerre, le combat, les duels : la thématique colle à la peau des Géorgiens.Une caricature ?Non si l’on s’en réfère à cette anecdote narrée par Konstantin Mikautadze: « En 2008, quand nous avons appris l’invasion de la Russie, j’ai voulu m’engager avec mes copains dans l’armée. Mais, à 17 ans, ce n’était pas possible. Imagine un étranger menacer ta maison, tu ne peux qu’avoir envie de réagir. C’est dans les gênes des Géorgiens de se défendre. Il y a eu tellement de conflits sur nos terres. » à la même époque, Montpellier avait lutté pour retenir Mamuka Gorgodze, désireux de repartir dans le Caucase défendre sa patrie. Avec le recul, ce dernier évoque avec parcimonie ce particularisme : « Il n’y a pas que les Géorgiens qui ont un tempérament de combattant. Les autres pays également ont une histoire faite de souffrances

 

« Kote a pris une nouvelle dimension »

 

La présence des trois Géorgiens confère en tout cas un état d’âme indispensable au RCT nouvelle génération.Cet hiver, leurs entraîneurs ont établi ce constat : le paquet d’avants se devait d’être plus rude, tenace, accrocheur. Les hommes de la situation étaient tout trouvés : « Mamuka, c’est un leader qui apporte ce que nous donnait Bakkies dans l’agressivité et la capacité à défier, décrit Jacques Delmas. «Kote» a véritablement pris une nouvelle dimension. Il a gagné en vélocité et en compréhension du jeu. Il avait le sentiment que ça ne tournerait jamais en sa faveur.Je lui avais dit que son travail allait finir par payer. Enfin, Levan est une référence en termes de tenue en mêlée. Le tout nous fait un côté droit géorgien.» Gage d’engagement, les trois compères ont en chemin su apprendre de leurs pêchés mignons: « Ils sont très généreux, alors ils peuvent aller au-delà de la limite. Mais Bernard a tellement insisté auprès d’eux sur l’importance de la discipline qu’ils ont mûri.» Forts de leur progression, Mamuka Gorgodze et KonstantinMikautadze ont tout particulièrement bousculé la hiérarchie :« Je suis content, c’est allé crescendo pour moi, confie le premier. Je n’ai rien lâché et j’ai pu jouer de plus en plus. » Le deuxième ligne a même dépassé ses attentes initiales : « à Toulon, je dois attendre qu’un grand joueur se blesse pour avoir ma chance», nous confiait-il en février. Paul O’Connell n’est certes jamais arrivé mais RomainTaofifenua, Jocelino Suta et Thibault Lassalle restent en lice.

 

Gorgodze : « le cerveau me dit d’être au max»

 

Les hommes du Caucase tiennent en partie le destin du RCT entre leurs mains.Ce samedi, l’issue du combat d’avants se révélera assurément déterminant.Une épreuve de vérité.Au goût particulier.Mamuka Gorgodze va affronter son club d’hier et Konstantin Mikautadze son équipe de demain : « C’est toujours un moment fort personnellement, raconte l’aîné. Je n’ai gardé que des bons souvenirs de Montpellier même si je n’ai plus beaucoup de copains... C’est un adversaire de plus en plus dangereux. » à l’inverse, «Kote» nous avait ainsi évoqué son choix de rejoindre l’Hérault : « Je veux jouer davantage pour progresser. Le coach me voulait et il y aura moins de concurrence. Je suis triste de quitter Toulon après six ans mais, pour ma carrière, c’est mieux. » Le natif de Tbilissi va, en attendant, croiser le fer avec la nouvelle terreur des pelouses et son futur rival, PaulWillemse. L’opportunité rêvée de prouver ses qualités avant de s’en aller. à ses côtés, Levan Chilachava va poursuivre son opération rachat : sa faute en quart de finale de Coupe d’Europe avait précipité la chute des siens.Enfin, le chef de famille Mamuka Gorgodze va aborder cette rencontre couperet avec la ferme intention d’écrire enfin une première ligne à son palmarès collectif. « à un moment, j’ai senti que j’étais bien fatigué cette année. Mais c’est bon, j’ai retrouvé de la fraîcheur. Tout part de la tête. C’est le cerveau qui commande le corps : et là, il me dit d’être au maximum. Je n’ai jamais gagné de titre avec Toulon. La Coupe d’Europe, la saison dernière ? J’étais content mais je ne l’ai pas remportée. » Les trois remplaçants d’hier sont depuis devenus titulaires. à eux de jouer maintenant. Et de transposer à l’échelle du RCT la devise de leur nation: «La force est dans l’unité.»  

Vincent Bissonnet
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