« Le rugby breton se porte bien »

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Publié le , mis à jour

Si le monde du rugby français avait les yeux rivés sur la Bretagne et Rennes lors des demi-finales de Top 14, c'est évidemment une réussite mais certainement pas un hasard pour Jean-Paul Canaud, président du Comité de rugby breton.

Avant de commencer, racontez-nous comment s'est déroulée l'attribution des demi-finales ?

Comme je suis au bureau directeur fédéral, j'avais discuté avec le président de la Ligue il y a plus d'un an et il m'avait glissé qu'il avait peut-être un « truc pour moi ». Comme la finale allait se disputer à Barcelone, la LNR devait impérativement créer l'événement autour des phases finales et donc des demies. Et comme il avait un problème avec les stades, à cause des rencontres de l'Euro de football, il voulait les organiser au « nord de la Loire ». Ainsi, comme il ne les avait jamais organisé à Rennes il a trouvé que c'était une superbe opportunité.

 

Alors vous avez sauté sur l'occasion ?

Oui et non, car pour moi c'était délicat. Jusqu'à aujourd'hui, le Stade Rennais avait toujours refusé de me laisser son terrain. Je pense notamment à un France-Argentine qui nous était passé sous le nez il y a quelques temps. La raison ? La direction du Stade Rennais de l'époque refusait catégoriquement que l'on joue au rugby sur sa pelouse. Mais si jusqu'à maintenant c'était un échec total, je me suis dit qu'on ne pouvait pas laisser passer notre chance. Et à ma grande surprise, cette fois la mairie de Rennes et le club de foot ont répondu favorablement. C'est vrai que la période était propice, puisqu'il n'y a pas de foot en juin. On a alors sauté sur l'opportunité.

 

Et ensuite ?

Il a encore fallu prouvé au Stade Rennais que l'on pouvait faire du rugby sur leur pelouse. Enfin, nous avons été mis en concurrence dans une ultime short-list avec le Havre et le Mans, mais notre dossier a été très bien défendu par la ville de Rennes, le Stade Rennais et le Comité. Ainsi nous avons obtenu ces demi-finales.

 

C'était important pour vous de recevoir cet événement ?

C'est évident, dans la mesure où nous essayons et nous sommes arrivés aujourd'hui à faire que le rugby breton soit visible de la métropole et dans le monde entier ! Dans ce sens, ce genre d'événement est fondamental pour nous.

 

Et quand vous avez compris que vous organiseriez les demi-finales de Top14, qu'avez-vous mis en place ?

Des rencontres ont immédiatement eu lieu entre les trois acteurs (N.D.L.R. la ville, le Stade Rennais et le Comité). Tout s'est très bien passé. Nous avions chacun des responsabilités différentes. Nous nous occupions notamment de créer l'événement autour des rencontres, en mettant en place un village rugby tout le week-end, dans le but de sensibiliser les jeunes bretons au rugby mais également pour leur permettre, dans un cadre ludique, de rencontrer leurs idoles (N.D.L.R. Émile N'Tamack, Pierre Bernard, Dimitri Yachvili ou encore Vincent Clerc étaient présents).

 

Et tout ce qui concerne la billetterie ?

Ça a été une autre grosse problématique. Et il faut remarquer qu'aujourd'hui, le public est principalement breton. Ce qui constitue pour moi une énorme réussite, une réelle satisfaction. Nous avons eu l'opportunité d'avoir deux matchs de très haut-niveau sur le sol breton et la France du rugby a ainsi constaté que le public breton se passionne de plus en plus pour le ballon ovale.

 

De l'avant-match, au feu d'artifice en passant par la rencontre, c'est un véritable spectacle auquel a assisté le public …

Ça a été exceptionnel ! Déjà le cadre était serein et le temps était de la partie. La météo a été moyenne toute l'après-midi et comme par hasard le soleil est arrivé une heure avant le coup d'envoi. Et puis surtout nous avons eu le droit à un match exceptionnel ! Je disais encore le matin que j'étais très inquiet que la tactique prime sur le jeu. Le moins que l'on puisse dire, c'est que ça n'a pas été le cas. Et je dirais que les prolongations sont arrivées comme une cerise sur le gâteau, offrant vingt minutes de rugby en plus à un public déjà conquis.

 

On retient donc que c'était un spectacle, tant par le sport que par l'engouement ?

Oui, et c'était le but ! En Bretagne, le rugby à XV est en train de rattraper son retard, notamment sur le rugby à VII qui offre une formule plus ludique et qui parle au plus grand public. Mais la Ligue a su révolutionner le rugby à XV et propose aujourd'hui de véritables spectacles populaires.

 

Pensez-vous que c'est par des événements comme ceux-ci que vous pouvez pérenniser le rugby en Bretagne ?

Pérenniser, le mot me vexe (rire). Non, ce qui nous intéresse aujourd'hui c'est de développer le rugby de haut-niveau sur notre territoire et ça c'est un challenge énorme. Mais nous sommes sur la bonne voie. Si pour Vannes la saison prochaine risque d'être compliquée, je pense que d'ici trois à cinq ans nous aurons plusieurs équipes de très haut-niveau en Bretagne. C'est évident.

 

Attendiez-vous l'arrivée du rugby professionnel en Bretagne depuis longtemps ?

Longtemps ? Nous l'attendions depuis 30 ans ! On nous demandait régulièrement « Comment ça se fait que l’Écosse, le Pays-de-Galles ou l'Irlande aient des équipes de haut-niveau et pas la Bretagne ? ». C'est vrai que nos terres ont de nombreux points communs, mais je pense qu'il fallait simplement prendre le temps et on y arrive aujourd’hui.

 

Une expérience comme les demi-finales est à reproduire ?

Oui oui ! On n'aura plus de demi-finales, mais je promets que l'an prochain nous aurons des matchs de haut-niveau en Bretagne. 

 

C'est à dire ?

Je pense à des matchs internationaux, mais tant que rien n'est fait je préfère attendre (il réfléchit) … En fait World Rugby m'a déjà attribué la rencontre Fidji-Japon lors des tests de novembre et il ne me reste qu'à trouver un accord avec la municipalité de Vannes qui est emballée par le projet mais craint de ne pas pouvoir nous prêter le stade de la Rabine (N.D.L.R. le stade où évolue le club de Vannes).

 

Et quel est l'objectif désormais pour le comité de Bretagne ?

L'objectif c'est de continuer sur cette voie. Nous avions déjà prouvé que nous étions capables d'optimiser un événement après la Coupe du monde 2007, puisque le rugby breton avait gagné 52% de licenciés, pour une infime perte de 4% la saison suivante. L'idée c'est donc de surfer sur cette vague. Ça nous fait beaucoup de boulot, et c'est un challenge énorme, mais je suis certain que nous y arriverons.

 

Avant-même la deuxième demi-finale, peut-on dire que c'est une réussite ?

C'est déjà gagné pour nous. On a eu plus de 29 000 spectateurs lors de la rencontre Clermont-Racing 92, on aura un stade plein ce soir... Ça nous offre une visibilité incroyable. Les gens découvrent que le rugby peut exister face aux autres sports en Bretagne. Et ça c'est déjà une belle victoire. On a organisé un événement qui semblait utopique il y a de cela trois-quatre ans, on progresse. Il reste encore des choses à améliorer, mais le rugby breton se porte bien. Propos recueillis par Pierrick Ilic-Ruffinatti

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