Technique : où sont passés nos drops ?

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    Technique : où sont passés nos drops ?
Publié le , mis à jour

Dans un rugby toujours plus cloisonné, l’usage du drop se raréfie (quand bien même les demi-finales sont venues apporter un léger bémol à cette observation, enjeux obligent). Un étrange paradoxe qui ne s’explique pas seulement par l’agressivité des défenses…

Qui est le meilleur « dropeur » du Top 14 cette saison ? À l’heure où nous écrivions ces lignes, ils étaient quatre à égalité, à savoir le Montpelliérain Demetri Catrakilis, le Girondin Pierre Bernard, l’Oyonnaxien Nicky Robinson et surtout le Clermontois Camille Lopez, auteur d’un drop en demi-finale (tout comme son compère Brock James). Les quatre avec le chiffre édifiant de deux coups de pied réussis cette saison, symbole d’une incroyable raréfaction si l’on veut prendre en compte que l’an dernier, le Parisien Jules Plisson en avait réussi sept… Alors, comment expliquer que le drop-goal soit devenu ainsi une espèce en voie d’extinction, quand bien même ces demi-finales l’ont un tantinet ressuscité? Difficile à expliquer. On aurait aimé avancer, bien sûr, avancer l’explication d’une saison post-Coupe du monde orientée sur l’offensive à outrance, avec l’unique obsession pour chaque équipe de marquer plus d’essai que l’adversaire. Mais ce serait rêver, au vu du quotidien du Top 14… De quoi renforcer cet étrange paradoxe, tant le drop-goal semble particulièrement à même de meubler un score dans les rencontres ultra-défensives.

 

Sept points plutôt que trois

 

La raison ? Elle demeure, à en croire les acteurs du jeu, par la prise de risque que constitue le drop dans un jeu où le moindre ballon vaut de l’or. « Taper un drop, c’est évidemment prendre le risque de le rater, et donc de se passer d’une munition précieuse puisque les ballons disponibles pour un éventuel drop-goal se situent pas trop loin de l’en-but adverse, nous expliquait récemment un joueur toulousain, auprès duquel on s’étonnait du fait que son équipe n’ait inscrit aucun drop cette saison. De fait, dans cette portion du terrain, on préfère tenir le ballon pour tenter de marquer, ou au pire provoquer une faute de l’adversaire. » Sauf que là encore, on se heurte à un paradoxe. Car même en situation d’avantage aujourd’hui, les équipes répugnent à tenter le drop. « Avant, en situation d’avantage, on ne finassait pas et on tentait un drop, qui permettait de revenir à la pénalité en cas d’échec. Mais aujourd’hui, les situations où l’on peut se permettre d’envoyer du jeu et de prendre de risques sont si rares que le moindre avantage est plutôt utilisé pour marquer un essai. Pour faire court, on préférera monter une grande chandelle dans l’en-but ou une diagonale pour l’ailier plutôt que tenter un drop. En clair, mieux vaut tenter de marquer sept points plutôt que trois. »

 

Travail de préparation collectif

 

Voici posée l’explication. Le drop ne devenant qu’un instrument pour faire basculer une rencontre en fin de partie. « Il peut encore être le fruit d’une inspiration purement spontanée et personnelle, comme Carter en finale de la Coupe du monde, nous confiait voilà quelque temps Philippe Doussy, spécialiste du jeu au pied du FC Grenoble. Mais la plupart du temps, le drop est le fruit d’un travail de préparation collective. Comme les drops répondent à des impératifs stratégiques, les défenseurs savent très bien lorsque l’attaque cherche à en taper un. Il faut donc le préparer du mieux possible, avec des cellules d’avant, pour placer le buteur dans les meilleures conditions.» C’est-à-dire le plus possible dans l’axe des poteaux, bien en profondeur et protégé par ses avants. D’où la multiplication de séquences de jeu à une passe et de rucks, soit autant de nids à fautes potentielles, de plus en plus sanctionnées par des arbitres qui ne fuient plus leurs responsabilités en fin de match, et s’en arrogent parfois même plus que de raison. Ultime raison de la raréfaction des drops qui, n’en doutez pas, ne sont pas plus difficiles à inscrire que par le passé…  

Nicolas Zanardi
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